20130503

Napoléon et l’Europe : la légende napoléonienne toujours en marche aux Invalides

naboléon

Napoléon? Encore ?! Oui, mais aux Invalides on sait bien faire les choses. C’est certes dans l’esprit habituel du lieu – c’est-à-dire souvent très pédagogique – mais, à condition d’aimer un peu l’histoire, toujours très éclairant.


Deux marbres pour résumer tout. Napoléon droit, jeune, fier, dans l’éclat de sa jeunesse, vu par Antonio Canova. Et, au terme du parcours de l’exposition consacrée à Napoléon et l’Europe, aux Invalides, Bonaparte malade, vieilli et las, à quelques jours de rendre l’âme, représenté par Vicenzo Vela. Entre les deux, pas même vingt ans d’une ascension fulgurante, d’un destin hors-norme.

Soucieux de sa propre légende – et s’emmerdant royalement, pardon impérialement, sur son caillou de Sainte-Hélène -, Bonaparte a utilisé ses années d’exil pour faire rejaillir, sous la plume de Las Cases, une gloire déjà presque passée : « Mon élévation est sans exemple. J’ai livré cinquante batailles que j’ai presque toutes gagnées. J’ai mis en vigueur un code de lois qui fera passer mon nom à la postérité. De rien je me suis élevé au rang du plus puissant monarque du monde. L’Europe était à mes pieds« , se souvient-il.

COQUINS D’ANGLAIS

L’Europe à ses pieds? Toute l’Europe? Non! Car une île peuplée d’irréductibles (Grands) Bretons résiste encore et toujours à l’envahisseur, toutes ces années… Et ne se fait pas prier de le faire savoir, surtout. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de cette exposition que de montrer, justement, sur quels ressorts jouait cette propagande anti-napoléonienne, essentiellement britannique. Coquins d’Anglais, certes, mais surtout sacrés farceurs, bourrés d’humour et de talent, dans les caricatures qu’ils font de l’ogre Napoléon.
C’est cet aspect le plus réjouissant – car le plus original. Pour le reste, on sa balade, salle après salle, dans une folie guerrière, qui n’en finit plus. De l’Italie à l’Egypte et encore l’Italie. Puis la marche vers l’Est, la Prusse, Vienne… En 1805, Napoléon dispose de la plus puissante armée d’Europe. 200.000 hommes, 350 canons. Des officiers talentueux pour le seconder. Des soldats aguerris pour l’accompagner, galvanisés par les idées de la Révolution, leur caractère universel. Ce n’est pas une guerre que l’on mène, c’est une campagne de libération. Ulm. Austerlitz. Iéna. Friedland. Wagram.

200.000 KM² DE PLUS QU’AUJOURD’HUI

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En 1810, l’Empire compte 134 départements et 44 millions d’habitants. Il s’étend sur 750.000 km² – 200.000 km² de plus que la France d’aujourd’hui – de Brest à Rome et de Barcelone à Hambourg. Et encore, on ne parle bien que de l’Empire… Il faut lui rajouter les royaumes et états satellites si l’on veut être exhaustif : le petit frère Joseph règle comme il peut en Espagne, tandis qu’à Naples s’exerce ce grand dadet de Murat, qui n’aurait jamais dû descendre de son cheval.
Mais c’est oublier un peu vite, tout ça, que ces victoires, dans l’autre camp, s’appellent des défaites. Et qu’elles font mal, suscitent rancoeur, haine, vengeance. Le libérateur français n’est qu’un occupant, comme un autre. Qu’il faut chasser, détruire. Ça s’agite en Italie, ça s’agite en Espagne. Partout.
Et on trouve aux Invalides, parsemés de-ci de-là dans les salles, mille petits exemples de ces soulèvements, mi-populaires, mi-guerriers, avec notamment ces témoignages audio, lecture moderne des écrits et journaux intimes des soldats d’alors. Il faut prendre le temps de les écouter, ces bandes, car elles sont la vraie richesse de l’exposition. De quoi saisir pleinement la folie de l’époque. L’escalade meurtrière qui, bien sûr, ne pouvait que déboucher sur le drame, la chute.

TURNER PEIGNANT WATERLOO 

« Animés d’un zèle fanatique et patriotique allumé dans leurs cœurs par les discours des moines, ils marchaient contre les Français, le crucifix d’une main et le poignard de l’autre », témoigne par exemple un militaire anonyme, combattant en Espagne. Ainsi, il n’y avait pas de paix possible, pas de concorde, jamais. Napoléon lui-même le savait. « Vos rois, nés sur le trône, peuvent y retourner vaincus. Moi, pour me maintenir, il me faut des victoires », disait-il en 1813.
1813… Les belles années sont derrière, déjà. La campagne de Russie est passée par là. C’est la défaite de Leipzig, la coalition qui fond sur Paris. Napoléon ne dispose plus que de 70.000 hommes. Ils sont 450.000 en face. Le reste appartient déjà à la légende. L’île d’Elbe, les Cent Jours et Waterloo. Avec, pour annoncer les joies artistiques de ce XIXème siècle encore naissant, la bataille peinte par un certain… Turner. Comme quoi, du sang versé par les hommes peut jaillir, parfois, une étincelle d’espoir.