20130513

Sous surveillance : à l’ancienne, mais efficace

sous surveillance affiche

Une traque à l’homme à l’ancienne, sous fond de quête de la vérité. C’est-à-dire sans cascades ni effets spéciaux démesurés. Intemporel, d’un classicisme extrême, mais somme toute assez reposant. Sous surveillance a le charme des films surannés. Les inconvénients, aussi.


C’est propre, mais sans invention. Carré. Cadré. Classique. Et puis lent, si lent, tellement lent… Le dernier plan, par exemple… Ça s’éternise. Des plombes et des plombes. Alors que, quand même, au bout de 2h, on a mérité le droit que ça s’achève. Ces 2h, pourtant, on ne les voit pas vraiment passer. C’est bon signe pour ce Sous surveillance, en dépit de cette langueur qui s’installe d’emblée.
Un film hors du temps, signé par un Robert Redford qui, lui, commence à bien être marqué par ce temps, justement. Bientôt 77 ans, mine de rien. Forcément, à son âge, on a du mal à courir. On sent que ça couine quand il faut sortir de voiture. Mais, d’une certaine manière, ça repose des cascades et des montages à la mode clip, saccadés, cauchemars des épileptiques.

FILM INTEMPOREL 

Ça couine un peu en sortant de la voiture...

Ça couine un peu en sortant de la voiture…

Sous surveillance aurait pu être tourné il y a dix ou vingt ans, on n’y aurait pas vu de différence. Il raconte l’histoire de vieux militants pacifistes rangés des bombes et des braquages. Des pacifistes terroristes? Saperlipopette! C’est pourtant bien cela. L’Amérique de la fin des années 1960. La guerre du Vietnam. Les morts, loin, si loin de leur pays. Pour une cause pas si évidente, à première vue. Bref, la jeunesse est mobilisée, politisée. Certains plus que d’autres. Et, parmi les plus radicaux, ceux regroupés au sein du Weather Underground. Des enragés. Jusqu’à ce qu’un braquage, un jour, tourne mal. Un mort. Le vigile de la banque.
Tout ce beau monde s’éparpille dans la nature, comme il peut, où il peut. Changement de nom et changement de vie. Plus de trente ans à se fondre dans la masse, à se construire un destin, à oublier. Jusqu’à ce que Sharon Solarz (Susan Sarandon), l’une de ces activistes, se fasse arrêter. Pas question de trahir ses amis d’antan, pourtant.

UN JOURNALISTE DROIT SORTI DES HOMMES DU PRESIDENT 

Un jeune reporter d’un journal local s’en chargera, en menant son enquête : Ben, joué par Shia LaBeouf. La caricature du journaleux comme on n’en fait plus. Petites lunettes, cravate et sac bandoulière. Bon… passe pour les lunettes et le sac bandoulière (moi-même, voyez-vous…), mais la cravate… La cravate! Le jean troué, oui, les converse dégueulasses, oui, mais la cravate?! Soyons un peu sérieux s’il vous plait.
On sent clairement, avec ce personnage de journaliste, l’inspiration des Hommes du président, c’est assez terrible… Et cela prouve bien, surtout, que ce Sous surveillance est très intemporel. Qu’on s’entende bien, hein: Ben/Shia LaBeouf travaille sur ordinateur, un Dell, et ne se sépare jamais de son téléphone. Mais, pour le reste, on est dans ce cliché du journaleux fouille merde, ambitieux et dénicheur de scoop. A charge pour ce brave Ben, tout ce qu’il y a de plus gentil garçon, soit dit en passant, de démêler les fils de l’intrigue, et remonter le temps pour retrouver, un à un, les protagonistes de ce vieux braquage.
La première pièce du puzzle le mène à Jim Grant, un avocat sans histoire joué par Robert Redford. Je ne dévoile rien, rassurez-vous, on est là encore dans le premier quart d’heure. Et quand bien même, de toute manière : on flaire tout à 15 kilomètres, tellement c’est cousu de fil blanc.

ÇA GRINCE DANS LES ARTICULATIONS 

Sac bandoulière et air un peu niais, voici venu le gentil journaliste dénicheur de scoop

Sac bandoulière et air un peu niais, voici venu le gentil journaliste dénicheur de scoop

Lent, sans surprise ni trouvaille de mise en scène particulière et, donc, sans non plus de rebondissements scénaristiques qui viennent nous cueillir à la gorge… N’en jetez plus… Prière de fuir? Non, même pas. Etonnamment non. On suit l’enquête de Shia LaBeouf sans déplaisir parce que, même si c’est très linéaire, c’est finalement bien fait. Même chose avec la traque de Jim Grant/Robert Redford. A défaut d’être spectaculaire, c’est à l’ancienne, obéissant à des codes qu’on n’a plus trop l’habitude de voir. J’allais dire que c’est reposant. Il y a un peu de cela. Et puis un peu de nostalgie, aussi…
Ce petit côté reconstitution de ligue dissoute, autrefois anarchiste et aujourd’hui arthritique, avec Redford, Sarandon, Julie Christie et, surtout, un très bon Nick Nolte, prend parfois des allures touchantes. On peut d’ailleurs regretter que Redford n’est pas joué du second degré, avec ces petits vieux, rangés des voitures, qui doivent reprendre du service. Car si on sent que ça grince dans les articulations, Redford, lui, s’échine à le cacher, et souvent assez maladroitement.