20130523

Va te faire rencontrer toi-même!

Meetic-Les-ventres

Il était une fois un monde merveilleux, dans lequel il tombe des cordes au mois de mai, des portes de métro se referment sur vous au son strident d’une alarme et où les murs et les sols de béton entourent les quidams, marchant d’un pas pressé vers leurs ultimes destinations .


Ce monde, c’est Paris,
Paris aujourd’hui.

Et dans ce monde, malgré les nombreuses âmes qui vivotent, il paraît qu’il est difficile de se « rencontrer ». Enfin, c’est ce qu’affirme le géant leader du « love at first sight », j’ai nommé Meetic. Dans les nouveaux spots publicitaires, la société tente de montrer, via un arsenal marketing redoutable, à quel point sa stratégie est efficace.

D’abord, des chiffres : il paraîtrait qu’une nouvelle histoire sur 3 commence sur Internet.

J’aime bien le concept « nouvelle histoire ». Enfin, de quelles histoires parlent-ils ? Plan cul? Engueulades? Une histoire d’un soir ? De quelques mois ? Ça s’arrête où ? Au premier baiser ? A la première dispute ?
Bref, il semblerait donc qu’un tiers des gens soient concernés par cette nouvelle histoire et les promesses qu’elle contient.

Ensuite, on voit le portrait d’un ou d’une célibataire.

Toujours Blanc.

Toujours Jeune (en âge de procréer quoi).

De classe moyenne ou légèrement supérieure (il faut qu’on puisse s’identifier, on évite le genre Deschiens).

Présentant bien sur lui.

Parlant bien le français (au moins sur l’affiche, on attend de lire un mail dudit gendre idéal hein).

Bref, un candidat qui fait propre.

Et qui pratique le « Moi non plus, j’y croyais pas, et pourtant. »

On les voit évoluer dans leur vie quotidienne, les tâches ménagères qu’ils se tapent seuls, forcément : le linge des enfants ou le repassage, les sorties entre copains, les « Ma vie n’est pas toute rose / Je suis maman célibataire / J’ai plus de 30 ans ».

Et de finir sur la nouveauté Meetic : les soirées pour célibataires. (eurk NDLR)

Avec une conclusion qui se veut particulièrement efficace : « Au moins, le garçon qui me plaît n’est pas en couple, hi ! Hi ».

Ahlala (et je reste polie).

 

NAN MAIS SÉRIEUSEMENT?

Si c’était si simple, ça se saurait quand même, non ? Le constat c’est qu’aujourd’hui, la génération de désenchantés que nous sommes (Merci Mylène) est frappée de plein fouet par un mal rongeant : la solitude. On a besoin d’être deux. Ça nous rassure. On a besoin de l’amour, et on est prêt à payer pour ça un abonnement de 30 euros par mois sur le net et à cliquer sur de nombreux profils, en se posant la question : est-ce toi my soulmate ?

Pitié.

Meetic a même développé des tests de personnalité afin de mettre en relation des personnes dites « compatibles », utilisant pour cela des logiciels qui croisent les données, un peu comme Mickey qui s’éclate en jouant l’apprenti sorcier. Il y a du narcissisme légèrement pervers dans ce type de demande. On veut quelqu’un qui nous ressemble, au moins qui réponde à des critères pré-déterminés arbitrairement par soi-même, sur la base d’on ne sait quelle idée préconçue qu’on a de soi-même, avec l’assurance que cette fois-ci ça marchera, puisqu’il/elle est tout(e) comme moi / comme je veux.

En fait, en pariant sur l’efficacité et surtout, cette sorte d’absence de risque, la rencontre perd sa saveur. Ce quelque chose, un inattendu, qui lui donne tout son piment et sa force. Le côté préparé anesthésie tout cela et est servi à la sauce 21ème siècle : rapide, efficace, indolore. Comment commencer le chapitre d’une nouvelle histoire si on décide d’écrire la fin avant même le début ?

Ça me fait penser à cette réflexion qu’avait dit un monsieur, concernant le clonage : il considérait que celui-ci devait être interdit parce que chaque être humain a un droit, le droit d’être une surprise pour lui-même. Je rajouterais une surprise pour lui-même, pour les autres et être surpris par sa propre vie. Parce que c’est ça qui lui donne tout son éclat et toute sa folie.