20130626

3 TEUFS PAR SEMAINES

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Mathieu, rencontré au concert de SBTRKT à Londres et recroisé à la sortie du concert de Die Antwoord au Trianon m’épate. A 23 ans et seulement depuis 4 mois à Paris, il a déjà fait tous les clubs de la capitale. Dans sa bouche, on pourrait sortir 24/24h et 7/7j, les parisiens sont supers et ceux qui s’en plaignent ne vont sans doute pas au bon endroit. Où va t-il, que fait-il? Rencontre avec un hyperactif de la teuf qui nous réconcilie avec la nuit.


Comment as-tu trouvé le concert de Die Antwoord?

Très énergique, même si plutôt court. L’ambiance était bonne et le sol qui vibrait en disait long sur l’enthousiasme général. Je m’attendais tout de même à plus de mise en scène de la part du groupe vu le style dans lequel on a l’habitude de les voir évoluer, plus particulièrement dans leurs clips. A part ça ils ont vraiment assuré le show.

Tu n’habites pas à Paris depuis longtemps, où étais tu avant?

Dans le sud de la France, vers Nice. Ou il y a du soleil et… du soleil…

Et la fête ici, c’est comment comparé aux autres villes?

Comme dans chaque capitale, il y a beaucoup plus de demande et de ce fait plus d’offre. Ca permet généralement de voguer sur pas mal de styles de musiques électroniques différentes selon les envies et ça c’est très positif.

Où va t-on te croiser?

Personnellement, j’ai une préférence pour la Trap, la Dubstep et le Drum n Bass. Ce qui fait de moi un homme chanceux. La dubstep a l’air d’avoir beaucoup de succès ici et la trap se défend plutôt bien aussi. La DnB attire un peu moins de monde, ou plutôt moins de très jeunes, et il est forcé d’admettre qu’ils sont légion dans les sorties à Paris. Pour l’écoute, les vraies salles de concerts restent le top, le soundsystem est incomparablement meilleur qu’en club, mais il y en a quand même quelques-uns qui se défendent par leur coté atypique comme la péniche du Batofar, ou le cabaret sauvage en mode « cirque ».

Ici, tu sors combien de fois par semaine? Et comment sais tu où aller?

Ca dépend, je sors pour voir tel ou tel artiste jouer plus que pour satisfaire une envie insoutenable d’aller en club. Entre 1 et 3 sorties par semaines disons. Pour être sûr de savoir ce qu’il se passe, je vais sur Resident Advisor, Illegal Party et Songkick qui se synchronise avec mon agenda Google!

Comment fais-tu pour tenir le choc?

Je ne picole pas quand je sors, je suis persuadé que ça joue énormément. Il existe de bien meilleurs moyens pour se lâcher en soirées sans être en vrac le lendemain.

Lesquels?

… Avec modération bien sûr, mais jusqu’à présent la MD (MDMA) ne me déçoit pas, tout ce que j’apprécie déjà me parait encore meilleur, je reste moi-même et j’arrive encore à parler – une bonne tambouille pour aimer ce que j’entends et échanger. Les nuits ne m’ont jamais paru aussi courtes que depuis que je fréquente ce milieu.

Y a-t-il une grande différence pour toi avec d’autres villes musicalement?

Les artistes ont tendance à rendre leurs sets plus « sweet » lorsqu’ils passent en France ; UZ par exemple au social m’a paru bien sage alors que sa Trap est assez énervée et underground. Les gens à Paris ont beaucoup de mal à apprécier la musique expérimentale ou qui sortent trop de l’ordinaire hors du contexte de l’écoute personnelle à la maison. Je ne pense pas qu’un « Boiler Room » aurait réellement de succès à Paris par exemple. Les Anglais en revanche ont une culture musicale très développée et ce depuis longtemps, ils n’ont pas la même approche que nous sur le point des sorties – même une sortie en club est avant tout un concert. En revanche je parle à beaucoup de monde ici qui sortent en fonction de la cote de popularité des soirées, sans forcément savoir qui va jouer..

Tu fais souvent des rencontres en soirée?

Pratiquement toutes les personnes avec qui je suis encore en contact à Paris sont des rencontres de soirées. La musique nous rapproche, ce n’est pas comme une banale sortie en boite de nuit où les filles cherchent à se désinhiber par l’alcool et les mecs pour s’y frotter. Il existe une vraie communauté sur la scène de la musique électronique à Paris et il n’est pas rare non plus de recroiser les mêmes personnes aux soirées qui nous intéressent, quoi de plus logique que de démarrer une conversation sur nos goûts musicaux?

Trouves tu qu’il devrait y avoir une plus grande offre de soirées ici?

L’offre est assez importante ici, et adapté à sa cible – à Paris il y a beaucoup de jeunes ; il n’est pas rare de croiser des mineurs en club et à 23 ans je suis souvent parmi les plus âgés aux soirées DnB / Dub. Je pense que l’offre est suffisante, et puis ce qui fait le charme de ce milieu, c’est aussi qu’il faut se déplacer pour découvrir la scène Anglaise, la scène Berlinoise etc, tout ne peut pas venir à nous.

Fais nous un top trois de tes souvenirs en soirée toutes villes confondues!

Haha. Mon top trois n’est pas politiquement correct. « Faire l’amour » (non pas vulgairement !) devant une centaine de personne à une warehouse à Londres et que ça ne choque personne ; tout le monde était assez perché faut dire. En parlant de perche, ma première à Londres était assez mémorable, ils n’ont pas les même drogues que chez nous, c’était à la Fabric, en « réunion de famille » avec des potes de longue date. Puis le concert de TNGHT à la Villette enchantée à Paris. J’ai rarement eu autant de frissons par le biais de la bass musique. Viennent les soirées splash qui débordent d’énergie au Cabaret sauvage, j’ai été agréablement surpris. Puis un after à mon appartement avec une demi-douzaine de personnes rencontrées en soirée à Paris. On s’est réunis alors que nous n’étions pas du tout au même soirées – il y a toujours moyen de continuer la nuit à Paris, sur ce point nous pouvons remercier les services de transport en commun et le fait que ce soit une ville compacte, aller d’un point A à un point B n’est pas une mission en soit, comme dans beaucoup d’autres villes.

A être aussi positif, on pourrait croire que Paris est la capitale de la fête, si tu devais faire une critique ça serait laquelle?

Les sorties sont chères, les places de concerts, les consommations – quelles qu’elles soient…Depuis que je suis arrivé à Paris, mon compte en banque a complètement fondu.

Que dis-tu aux gens qui pensent que les soirées à Paris sont mortes, que les gens sont snobs et qu’on s’ennuie?

Qu’ils ne se renseignent pas assez sur ce qu’il se passe ; Paris bouge c’est un fait, à sa manière. De grands noms passent régulièrement dans la capitale, dans tout style de musique. Si les gens étaient snobs je n’aurais jamais rencontré autant de monde en si peu de temps. Il faut se donner les moyens de s’amuser et communiquer avec les autres, finalement les gens qui nous entourent pensent comme nous – ils ont envie de s’amuser et de discuter avec quelqu’un de souriant, parce qu’après tout on ne va pas en soirée pour se remémorer à quel point on subit l’enculage patronal. Je généralise, mais c’est pour l’image. Prenons exemple sur les anglais, on oublie les apparences, pas de préjugés, chaque personne qui se trouve dans le même établissement que toi est potentiellement ton pote, après tout vous êtes venus voir la même chose.