20130627

La mangrove, filtre 100% naturel

Lundi 2 - Siracusa - 062 - 2011-08-01 à 10-56-01

La mangrove est une forêt de palétuviers se développant à l’interface entre la terre et la mer.
Et a son utilité…


La mangrove couvre presque tous les littoraux tropicaux, soit près de 200 000 km2.

En Nouvelle-Calédonie, elle occupe 80 % de la côte ouest de l’île, constituant une zone tampon entre le lagon et les massifs miniers, caractérisés par leur grande richesse en éléments métalliques (fer, manganèse, nickel, chrome et cobalt, pour la plupart des polluants toxiques). La Nouvelle-Calédonie, 3e producteur mondial de nickel, avec 30 % des réserves planétaires, connaît une activité minière particulièrement intense depuis la fin du XIXè siècle.

Depuis lors environ 300 millions de m3 de stériles riches en métaux lourds ont été remaniés. Une bonne partie de ces déchets a été transportée vers les zones littorales à la faveur d’épisodes climatiques (orages et tempêtes tropicaux, cyclones), intervenant régulièrement dans cette région. Cette érosion représente la plus importante source de dégradation du littoral, de la mangrove, des récifs frangeants et du lagon.

Les palétuviers déploient donc un véritable arsenal de survie pour s’affranchir des contraintes extrêmes de leur milieu naturel. Pour pallier l’absence d’oxygène au sein de la vase, ils développent notamment des systèmes racinaires remarquables, permettant à l’air de pénétrer dans le sol.

Les Rhizophora, situés en front de mer, ont développé des racines échasses, émises depuis les branches, afin de lutter contre la houle et les courants. Il en résulte une forte accumulation de litière dans le sédiment, où se déroulent des processus anoxiques, conduisant à la précipitation de minéraux de type « sulfures ».

Dans ce type de forêt, les métaux peuvent alors s’associer aux matières organiques en décomposition, ou co-précipiter avec les sulfures, donc être piégés par la mangrove.

Les Avicennia sont quant à eux caractérisés par un système racinaire en étoile, se développant en sub-surface et projetant des excroissances vers le ciel. Ces formations appelées « pneumatophores » permettent au palétuvier de puiser son oxygène dans l’atmosphère. Cependant, ces organes de respiration ne sont pas étanches, et perdent une partie de leur oxygène dans le sédiment.

Ainsi, sous cette végétation, les éléments métalliques associés aux oxydes de fer peuvent être dissous et transférés vers les palétuviers. Cette meilleure connaissance globale des processus régissant l’écosystème mangrove confime que celle-ci agit comme un puits à contaminants sur le long terme*.

Hélas, sa surface diminue de 1 à 2 % par an à cause de la croissance démographique le long des littoraux tropicaux et l’urbanisation, ainsi que la prospection et l’exploitation des ressources naturelles telles que le nickel en Nouvelle-Calédonie.

Sans le réseau végétal dense que constituent les palétuviers, les sédiments chargés en polluants pourraient être remobilisés vers le lagon, joyau de la biodiversité mondiale et importante source de revenus pour les populations locales à travers la pêche et l’aquaculture.

<p align=center>*<small> I.R.D. Nouvelle-Calédonie, CNRS et Univ. P. et M. Curie.</small></p>