20130627

Les anges de New York

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Je ne tournerai pas autour du pot, mes sentiments et mon avis sont très partagés sur le nouveau livre de Ellory (et non Ellroy comme beaucoup ont pu espérer, j’en fais partie).


Mitigé parce que la structure et la technique narrative de ce livre ressemble beaucoup à celle de Vendetta — son précédent opus —, que j’ai dévoré d’une traite et prêté à beaucoup de monde (retours très positifs également, je le conseille), une construction semblable mais en apparence seulement.

DE VENDETTA AUX ANGES…

Je m’explique : Vendetta narrait la vie d’Ernesto, tueur à gage cubain au service de la mafia italienne implantée en Amérique. Le récit faisait sans cesse des allers et retours entre l’enquête en cours menée par le FBI et dont Ernesto est la clé et le passé du tueur. Une enquête policière maîtrisée et énigmatique certes, mais sans grand intérêt en comparaison avec l’histoire du narrateur) et un passé, « récit dans le récit » à l’occasion duquel Ernesto raconte sa vie, condition de l’avancée de l’enquête, un texte absolument passionnant.

Dans les Anges, c’est censé être pareil : Frank Parrish, inspecteur au cœur brisé enquête sur un tueur de jeunes filles dans le milieu du « snuff movie » — film underground  à caractère pornographique très violent qui se termine avec le meurtre de l’actrice — et raconte le glorieux parcours de son flic de père dans la brigade anticriminelle de NYC. Glorieuse carrière en apparence uniquement puisque Frank est persuadé que son paternel était en réalité un corrompu de la pire espèce qui a largement profité du système et s’est enrichi via une organisation criminelle parfaitement rodée et introduite à tous les niveaux dans la ville.
Sur ce canevas et vous l’aurez compris, on attend beaucoup du « récit dans le récit » et malheureusement le livre est cette fois bien plus focalisé sur la minutieuse enquête menée par Parrish Jr, évidemment au détriment de l’histoire de la mafia new yorkaise. Et c’est bien dommage.

DU BODERLINE ATTENDU

L’image du flic solitaire qui gère désastreusement ses liens familiaux, qui n’a pas d’ami et qui s’enlise progressivement dans une sphère autodestructrice et obsessionnelle est très bien rendue, Ellory est un grand conteur et son récit est puissant, mais c’est aussi très et trop classique. Cette image du flic borderline, instable qui perd ses coéquipiers, enchaîne les avertissements et les verres mais reste tout de même dans la boutique parce qu’il est bon est inattendue de la part de Ellory qui avait su transcender les genres avec Vendetta (le seul autre livre que j’ai lu de lui).
La quatrième de couverture évoque les films policiers de James Gray et Sydney Lumet  mais j’aurais préféré retrouver ceux de Scorsese (Casino ou les Affranchis) qui multiplient les personnages, pratiquent la technique de la voix off pour faire des ellipses temporelles fréquentes, des films moins centrés sur une enquête, plus complexes peut être et à la narration plus éclatée sur le temps.

Des flics torturés, paumés et solitaires je n’en ai, je crois, que trop croisé (dans mes lectures, je vous rassure) et j’étais très attiré par l’histoire des anges déchus de NYC : ces flics corrompus sans scrupules, infiltrés partout. C’est décevant, mais je me suis fait piéger par une agréable découverte de lecture et on ne peut tout avoir n’est-ce-pas?
Dommage, même si ce récit « de simple enquête policière » tient parfaitement la route et démontre un grand savoir faire de la part de Ellory dont l’actualité est plutôt tourmentée en raison du scandale des critiques élogieuses de ses livres (et moins élogieuses sur les livres des autres) publiées sur Amazon par ses soins.
Malin mais l’auteur aurait du changer de style plutôt que de se griller bêtement…