20130619

L’inconnu du lac : la fin justifie qu’on passe son chemin

l'iconnu du lac affiche

Ça démarre comme une bluette, certes un peu tristounette, et ça finit en mauvais thriller bâclé. Le tout saupoudré de scènes de sexe trop souvent gratuites. Bref, ça ne vaut pas branlette, pardon tripette.


Le sexe au cinéma, c’est très difficile. On pourrait dire « c’est très dur », mais ce serait sombrer dans la gaudriole facile. Comment ? Ca y est on y sombre ? Ok, mais alors pas plus que L’inconnu du lac, qui s’en délecte goulûment. Une grosse bite en érection et hop c’est le buzz… Facile, très facile… Trop.
Les scènes de sexe gay camouflent avec peine la pauvreté de la mise en scène et les maladresses des acteurs. Passe encore sur ces deux points, qui ne seraient rien sans le dénouement, bâclé comme rarement on peut voir. On sombre dans la vilaine caricature, et on sort abasourdi de sa salle de cinéma, en se disant que, décidément, cet Inconnu du lac ne mérite pas les louanges qui l’ont accueilli.
C’est dommage parce que c’était prometteur. Une bonne claque à Boutin et sa clique. Un vent de fraîcheur et de tolérance. Oui, des hommes peuvent s’aimer. Oui, c’est normal et ça ne devrait offusquer personne. On se disait que L’inconnu du lac allait normaliser tout cela… Au contraire. Le film d’Alain Guiraudie ne fait que renforcer les préjugés. On échappe quand même à l’image du gay maniéré ou efféminé… Il est ici plutôt du genre vieux et ventru. Mais il est forcément volage, le gay, sautant d’une bite ou d’un cul à l’autre, la capote en option trop souvent facultative. Ça existe, sans doute, ça existe…

 

TAILLER LE BOUT DE GRAS (LE BOUT DE GRAS, J’AI DIT ! )

♫ Promenons-nous dans les bois ♫

♫ Promenons-nous dans les bois ♫

Le personnage de Franck, joué par Pierre Deladonchamps, est cependant plus subtil, heureusement. Jeune homme avenant, gentil, plutôt bien dans ses baskets, il aime venir se prélasser sur une plage, connue pour être un lieu de drague gay. Il y est quasi tous les jours… C’est qu’on y passe du bon temps sur cette plage, on y rencontre des gens intéressants. Franck y a ses amis. Il les salue, s’assied à leur côté et taille le bout de gras.
Le bout de gras, j’ai dit. La pipe, c’est pour plus tard, dans le petit bois, derrière la plage. Et encore, ce n’est pas forcément sa motivation première que de baiser absolument. On le sent plus préoccupé par les relations humaines que par le cul même si, hein, faut bien que le corps exulte, parfois…
Non, Franck préfère nager, bronzer à poil et papoter. Enfin, ça, c’est vrai jusqu’à ce qu’il croise Michel (Christophe Paou), sosie parfait de Freddie Mercury. Etrange Michel, beau comme un archange, mais trop mystérieux pour être complètement honnête.
Ce mystère, à vrai dire, c’est la plus belle réussite d’Alain Guiraudie. Celui qui entoure Michel, lui donnant un air fascinant aux yeux de Franck, mais celui, surtout, qui plombe tous les autres. Car de ces gays, sur cette plage, on ne sait rien – et eux-mêmes, entre eux, ne savent que le minimum, ce que chacun veut bien donner. Ils arrivent en voiture, sur le parking improvisé, et en repartent le soir. Seuls, généralement. Pour reprendre une vie qu’on imagine tout autre, rangée.

 

POOR LONESOME BRANLETTE… 

Il a trouvé le loup

Il a trouvé le loup

Ils viennent pour du sexe facile, triste. Des plans cul à la va-vite. Ça pue la solitude. Ce gars, là, qui passe son temps à se branler en matant les autres, grassouillet débordant d’un short OM, version Jean-Pierre Papin et Chris Waddle, il pourrait nous tirer les larmes, tellement il est pathétique. L’ensemble crée une atmosphère inquiétante. Cette plage comme un endroit irréel, où tout peut arriver: le meilleur comme le pire.
Le meilleur ? Quand Franck tombe amoureux de Michel. C’est beau l’amour, après tout… Mais le pire, surtout. Et pas que dans le scénario… Par la faute de Guiraudie, aussi. D’abord parce qu’il croit utile de tout montrer, alors que ces bites à foison (et en érection) sont souvent de trop, pour ne pas dire qu’elles sont racoleuses. Et puis parce qu’il ne tient pas son film, l’embarquant dans un mauvais thriller, aux incohérences scénaristiques assez incroyables, et avec une fin qui sombre dans le ridicule. Sans cette chute bâclée, son Inconnu du lac, avec quelques scènes intéressantes, aurait pu être recommandé, sans être inoubliable. Il en devient juste oubliable, tout court.