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Redressons la production : valorisons notre industrie

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Et si nous pouvions réintégrer l’industrie en ville et favoriser sa visibilité ?


Ca fait longtemps que je suis fasciné par l’iconographie industrielle. Je me laisse volontiers bercer par l’univers photographique de David Lynch sans éprouver le besoin d’essayer d’interpréter ses films, ce qui facilite grandement les choses considérant le trouble cérébral qu’on peut légitimement lui prêter. Très récemment, j’ai aussi vu un film réalisé par le photographe canadien Edward Burtynsky, Manufactured Landscapes qui, bien que critique à l’égard des méthodes modernes de production, rappelle à quel point l’industrie – dans son sens large – est présente dans la vie des hommes.

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En ces temps où notre industrie nationale est un peu malmenée par LA CRISE, qu’en 2011 le secteur manufacturier français représentait 16% de la valeur ajoutée là où en Allemagne il pesait 30%, que les Mittal et autres Petroplus mettent la clé sous le paillasson, je prends délibérément le contrepied, des fleurs et des oiseaux et je vous propose un portrait plus optimiste dans la perspective prétentieuse de vous envoyer au lit ce soir avec le cœur allégé.

Aujourd’hui on voit bien que notre gouvernement n’a plus la mainmise sur la politique industrielle du pays et que c’est « pour une bonne part dans les salles de marchés et les directions des achats des grandes entreprises que le travail, les capitaux ainsi que les connaissances et savoir-faire du monde entier sont combinés pour s’inscrire dans des chaînes de valeur globales » (F. Gilli). Pour cet auteur, les pouvoirs publics doivent aujourd’hui avoir un rôle de création des conditions locales de l’innovation en démultipliant les chances de provoquer des rencontres, d’explorer des idées, apprendre à les détecter et à les organiser efficacement, ce qui, pour moi, se conçoit plus aisément dans un contexte urbain. Parallèlement, il s’agit pour les industriels de prendre leur b*** et leur couteau pour démontrer la qualité du savoir faire de l’industrie Made in France.

Favoriser la mixité territoriale

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* Travelling sur une friche industrielle et voix off * : Depuis les années 60, l’industrie lourde a progressivement déserté Paris, sous la pression des pouvoirs publics désireux de procéder à un rééquilibrage territorial et du coût du travail moins élevé dans certaines régions. Renault ferme ses usines de l’Ile Seguin et part s’installer au Mans et le long de la vallée de la Seine en aval de Paris ; Citroën fait de même et quitte le quai de Javel pour de nouvelles installations à Rennes et Caen. Ce mouvement est toutefois limité et l’agglomération parisienne concentre encore aujourd’hui 20% des emplois industriels contre 25% il y a 20 ans.

Récemment, un parlementaire posait la question des orientations de la politique gouvernementale en matière d’implantations industrielles en milieu urbain. Le ministre interrogé a souligné l’aspect casuistique du sujet, en avançant d’une part les contraintes liées à la présence d’usines en ville (nuisances sonores, odeurs, circulation, risques technologiques, coût du foncier) mais aussi les avantages qu’elles peuvent présenter en termes de mixité urbaine et sociale, de réduction des déplacements et de valorisation du tissu industriel.

Il existe ainsi à Paris intramuros quelques incubateurs, pépinières et hôtels industriels fruits d’initiatives privées ou publiques et destinés à accueillir des entreprises industrielles ou de services à tous les stades de leur développement. S’agissant des derniers, la mairie de Paris les décrit comme faisant « bénéficier les entreprises des surfaces d’activités économiques à des prix conformes à leurs capacités financières ». Rue Losserand, dans le XIVème arrondissement, on trouve par exemple un pôle de 6000 m2 installé dans une ancienne centrale d’EDF au sein duquel le concepteur du robot Nao, Aldebaran Robotics, a installé ses bureaux d’étude. Le développement de ces pôles favorise la mixité urbaine et sociale, raccourcit les déplacements, rapproche le tissu industriel des habitants et par-là, excite le sens de l’innovation de nos petits chercheurs (que ceux qui travaillent pour les Moulages Plastiques de l’Ouest dans le Nord-Mayenne acceptent mes excuses).

Aujourd’hui, de nombreux cas illustrent la pertinence de cette mixité dès lors qu’on ne s’amuse plus à coller une usine classée Seveso près d’une école. Le programme d’aménagement du territoire des Ardoines sur la commune de Vitry-sur-Seine montre qu’il est possible de faire coexister l’habitat avec les activités économiques (entre autres une chaudronnerie d’Air Liquide, un centre de recherches de Sanofi, etc.), le tout en zone inondable s’il vous plait.

J’ai récemment entendu parler d’un projet de ligne ferroviaire directe entre Roissy et Paris dont la création était évoquée avant la présidentielle de 2012 ayant pour cible le tourisme d’affaires. Moi qui croyais naïvement qu’un homme d’affaires était encore capable de se satisfaire d’un trajet en taxi ! Dois-je également continuer à penser que ce même homme d’affaires aura du temps devant lui pour faire une petite promenade dans les allées du domaine de Lorgerie (oui, oui, toujours dans le Nord-Mayenne) ? Il faut se rendre à l’évidence : l’industrie en milieu urbain favorise aussi sa visibilité.

Développer le tourisme industriel

Le français connaît assez mal son industrie, votre serviteur au premier chef. Alors que jusque dans les années 80 l’industrie était plus visible et inscrite dans le quotidien qu’actuellement, on ne sait plus vraiment à quoi ça ressemble aujourd’hui. J’ai visité une ancienne mine de charbon à Douai (en fait, c’était du cinéma, à la fin de la visite on m’a dit que c’était une fausse mine, avec un faux ascenseur et tout), une fabrique de canne à sucre, un laboratoire dédié au design de coques de brise-glaces et les chaines de montage d’un gros-porteur. A chaque fois, je me suis senti comme un gamin devant une nouvelle découverte, reluquant ces grosses machines au fonctionnement opaque.

Quand un industriel ouvre au public, il a bien sûr plusieurs choses en tête, notamment donner une bonne image de sa maison et fidéliser ses clients. Un simple coup d’œil à la photothèque présente sur le portail de l’Agence de Développement de la Visite d’Entreprise (ADEVE) – qui recense l’ensemble des entreprises ouvertes au public en France – permet de se rendre compte de la densité du secteur. Le site en profite par ailleurs pour afficher au compteur 5.000 entreprises ouvertes au public. Le champion de France du secteur est incontestablement le barrage de la Rance, « fort » de ses 200.000 visiteurs annuels (Notre Dame accueille par comparaison 10 millions de visiteurs par an, soit « seulement » cinquante fois plus). A Paris, l’association Paris Par Rues Méconnues ou encore le comité départemental du tourisme du 9-3 organisent des promenades et visites intéressantes d’industries présentes ou passées.

L’inclusion de l’industrie en milieu  urbain et le développement du tourisme industriel méritent à eux deux une importante réflexion : leur potentiel de valorisation de l’industrie est important pour l’un comme pour l’autre. La métropole lilloise, qui concentre presque 25% des friches industrielles, constitue en ce sens un laboratoire d’observation des futures politiques de mixité industrie-habitat intéressant.