20130614

The bling ring : Sofia Coppola plonge un peu plus dans le vide

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A force de filmer le vide, Sofia Coppola est tombée dedans. Son bling ring est totalement mou du genou. On s’y ennuie ferme, et ce n’est pas dans la mise en scène, sans aspérité aucune, qu’on trouvera un quelconque secours. A oublier très vite.


Sofia Coppola a un don pour filmer les jeunes filles en petites culottes. C’est une qualité intéressante, loin de moi l’idée de dire le contraire. C’est cependant assez court pour faire un bon film. The bling ring est raté. Raté parce que léger, pour ne pas dire vide. Alors oui, bien sûr, Sofia Coppola, c’est justement ça son truc, filmer le vide, la vacuité… Ok. Mais là, non. Même avec la meilleure volonté du monde, non…

Son bling ring est paresseux, sans imagination. Tout juste si la deuxième partie – ou plutôt le dernier tiers – est un peu plus enlevée. Et encore… Sofia Coppola esquisse des thèmes potentiellement attachants, mais ne prend pas la peine de les approfondir.
Le grain de l’image, tout comme le sujet – un gang d’ados, quatre filles, un garçon – s’amuse à visiter les maisons des stars d’Hollywood – et la sexualité latente (disons la lascivité), tout cela, de loin, fait penser à un Gus van Sant. Mais là où le bon Gus réussit, par une savante mise en scène, à donner du corps à ces choses-là, la fille Coppola, elle, ne parvient qu’à tomber à plat.

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SUS A PARIS

Nicki (Emma Watson, très transparente) et Marc (Israel Broussard), accompagnés de Sam, Chloe et Rebecca, sont de jeunes ados désœuvrés. Tous piquousés à la vie des pseudos people. Des pauvres rêvant à être riches. Après tout, si cette gourdasse de Paris Hilton y arrive, pourquoi pas eux… L’histoire est tirée d’un fait divers réel. Le gang des cinq s’ennuie à mourir dans une vie tristement banale.
Un coup d’oeil dans le journal. Paris Hilton est en vadrouille à Miami ? Elle est partie pour au moins trois jours ? N’habiterait-elle pas Los Angeles habituellement ? Oh que si. Où ça ? Google est pour ce genre de questions ton meilleur ami. Quelques recherches bien senties et voilà que s’affiche, sous leurs yeux qui soudain prennent de l’éclat, l’adresse de la pouffe – pardon la starlette. Sur place, des gardiens ? Même pas. Hop, le mur est escaladé. Si tout était parfait, la clé serait bêtement sous le paillasson. C’est le cas. Ils entrent. A l’intérieur, c’est Disneyland. Un nouveau monde qui s’ouvre à eux.

VOLER LES RICHES, CE N’EST PAS DU VOL

C’est leur premier cambriolage. Mais voler les riches – a fortiori ceux qui n’ont rien fait pour le mériter – est-ce vraiment voler ? Assurément pas. Les casses se multiplient, et c’est là que Sofia Coppola nous perd, déjà. Une litanie d’effractions, toutes semblables. Plus de trois millions de dollars de butin. Mais rien, dans la mise en scène, pour varier les plaisirs. C’est d’un plat affligeant.
Vide d’images marquantes, mais vide, aussi, de sens. Je disais plus haut que voler les riches, ce n’était pas du vol. C’est intéressant comme concept. Ça se plaide. En tout cas ça se développe. Pas chez Sofia Coppola, qui nous laisse en plan avec cette idée. N’en fait pas davantage, non plus, sur les rapports ambigus entre les cinq protagonistes.

SUPERFICIALITE MAXIMALE 

Le personnage de Marc donnait par exemple prise pour quelque chose de plus approfondi. Sa sexualité pas complètement claire, son corps pas assumé… Plutôt que de nous infliger cette succession insupportable de cambriolages, elle aurait pu se pencher sur cela, Sofia.
Trop ambitieux, sans doute. Pas assez superficiel. C’était visiblement plus simple de nous abrutir d’une bande-son difficilement audible. Son film dégueule de décibels à défaut de nous livrer des moments de cinéma. Rien, ou si peu, à sauver de son Bling ring.
La fin peut-être, seulement, quand les cinq apprentis voleurs se font arrêter (ce n’est pas spoiler, rassurez-vous, on le sait d’entrée de jeu): ici se jouent une ou deux scènes plus captivantes, avec les personnalités des ados qui s’affirment, et chacun qui cherche à sauver, pour sa propre peau, ce qui peut l’être encore. C’est là, aussi, à la toute fin, qu’Emma Watson, dans un moment assez savoureux avec sa mère, parvient un peu à légitimer sa célébrité naissante. C’est bien mince.