20130711

Pour une femme : trop convenu pour être bon

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Intemporel. Dans le sens « ce sera encore vu dans 30 ans? » Non, plutôt dans celui « ça aurait pu être tourné il y a 30 ans »… Pas franchement un compliment. Trop plan-plan et trop convenu pour être bon, ce Pour une femme.


C’est un film de 2013. Il aurait pu être tourné il y a dix ans, vingt ans, même trente et un. Pour une femme, de Diane Kurys est d’un classicisme fou. Tellement carré qu’on le dirait calibré pour le dimanche soir de TF1. A peine si on ne se surprend pas à repérer les futurs emplacements des écrans publicitaires… Je dis ça mais il se peut très bien que ce soit France Télé le producteur, auquel cas il n’y aura point de pub, mais vous voyez le genre…
Oh ! on ne peut pas dire que c’est mauvais – objectivement, ça ne l’est pas. Mais à trop vouloir tout contrôler, on finit avec un film sans âme, insipide. C’est dommage parce que les acteurs sont bons et que le scénario, bien que souvent très prévisible, n’est pas dégueulasse.

ENTRE TRIO AMOUREUX ET SECRET DE FAMILLE

pour une femme duvauchelleUne histoire vraie en réalité. Celle de Diane Kurys, justement. Sa jeunesse. Ses parents, Michel (Benoît Magimel) et Lena (Mélanie Thierry) au sortir de la guerre. Leur vie à reconstruire, du côté de Lyon. Leur militantisme communiste et la vie de la cellule locale du Parti. Ça fleure bon l’après-guerre. C’est dur mais plein de promesses et d’espoirs. Le couple s’aime. On sent bien que tous les deux n’ont pas les mêmes aspirations, mais ils s’aiment. Un enfant naît. Une petite Tania.
Et puis, un beau jour arrive Jean (Nicolas Duvauchelle), le frère de Michel que tout le monde croyait mort. Gentil et prévenant Jean. Débrouillard et mystérieux, aussi, ce qui n’est pas pour déplaire à Lena.
Un classique trio amoureux, avec jeux de regards et séduction qui ne dit pas son nom. Le tout teinté de secret de famille car le récit est fait du point de vue d’Anne, la seconde fille, incarnée par Sylvie Testud, très fine dans son rôle de voix-off.

NI RECHERCHE ESTHÉTIQUE NI PRISE DE RISQUE

web-trio-voiture-pour-une-femmeLe film débute dans les années 1980. La mère, Lena vient de mourir et les deux sœurs épaulent leur père et rangent quelques affaires. Anne découvre une vieille photo. Sa mère, radieuse, un enfant dans les bras, et un homme, qui n’est pas son père, à ses côtés. Jean, évidemment. Le début d’une quête familiale.
Le récit est bien construit, en dépit de cette utilisation du flashback qui, de prime abord, fait peur. Elle n’alourdit pas le film, comme c’est trop souvent le cas. Mais n’apporte en revanche aucune originalité. Même chose avec l’autre partie, se déroulant en 1947, à Lyon. L’histoire est assez belle, pourtant, complexe, juste ce qu’il faut, mais terriblement plan-plan, convenue.
La platitude de la mise en scène — sans aucune recherche esthétique — nuit à la qualité de l’ensemble. L’absence de prise de risque est patente. C’est pourtant ce qui fait la différence, ce qu’on attend. On n’a finalement qu’un film paresseux, pour lequel on a du mal à s’enthousiasmer. Ni bon, ni mauvais, juste sans aspérité. Et tant pis si le trio d’acteurs, Magimel, Mélanie Thierry et, surtout, Nicolas Duvauchelle, entre subtilité et retenue, trouvent ici une belle occasion de montrer leurs qualités. Ce n’est pas suffisant pour inciter à aller voir Pour une femme.