20130718

Raging Bull, un livre et un film

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Raging Bull raconte la vie tumultueuse du boxeur Jake Lamotta : le taureau du Bronx, surnom justifié par l’agressivité du bonhomme sur le ring qui attaque directement ses adversaires en frappant fort et vite, comme un taureau donc !


Les sports de combat, c’est pas mon truc. Et encore moins la boxe. Pourtant, Raging Bull m’a frappé. Ce sportif voyou, très populaire dans les années 1950 – époque où la boxe attirait autant que le football aujourd’hui – réussit à captiver. Il admet ses erreurs, son arrogance et tente désespérément d’expier ses péchés. Rappelons le contexte : c’est l’après guerre dans le Bronx, un quartier dominé par les Italiens qui s’avouent être de redoutables gangsters… très pieux !

Une autobiographie à quatre mains

Le livre est une autobiographie écrite à quatre mains : « Comme un taureau sauvage » a été publié pour la première fois en 1971 en France, réédité 10 ans plus tard et à nouveau dans les bacs cette année pour le Salon du livre (aux éditions 13e note). C’est dire le succès que l’ouvrage a pu rencontrer et c’est également, je pense, très caractéristique de la fascination que les gens peuvent développer à l’égard des stars déchues. Moi le premier, évidemment.

Star déchue ? Oui. Lamotta est parti de rien, voire moins que rien, pour arriver aux sommets de sa discipline ; pour retomber presque plus durement ensuite, à la limite du KO, en tant que gérant de night-club et entertainer.

Au départ, on découvre sa jeunesse minable menée dans le Bronx en compagnie de parents perdus et pas très bavards. Lamotta n’a alors rien d’autre à faire que de traîner avec les caïds de la pègre du quartier et finit par se faire piquer la main dans le sac. C’est en maison d’arrêt pour mineurs que Jake découvre la boxe. Il ne lâchera alors plus jamais les gants, jusqu’à devenir champion du monde des poids moyens. Dans un combat réputé d’une violence extrême, et encore aujourd’hui inégalée, il bat Marcel Cerdan, notre célèbre coq français en 1949. Juste avant sa disparition dans un accident d’avion.

Mais Raging Bull, c’est surtout l’histoire d’un mec incapable d’accorder une once de confiance à qui que ce soit. Quelqu’un de très peu sûr de lui, finalement. Complètement paranoïaque et destructeur, qui ne sera lui-même que sur un ring, avec un adversaire en sang à ses pieds.

Le livre est relativement facile et rapide à lire. On le met Ko en moins d’un round. Et quelques passages vraiment drôles viennent régulièrement uppercuter le récit. C’est également un précieux témoignage sur l’univers de la boxe des années 50. Un sport tenu littéralement par la mafia. Elle organise et ramasse de juteuses sommes avec les paris sportifs, (non non ce n’est pas nouveau) et sur celui des boîtes de nuit à Miami… Comme de par hasard, notre oiseau a eu plusieurs vies !

Mais peut-on parler du livre sans évoquer le film qui a marqué toute une génération de cinéphiles ? J’insiste sur ce point. Voir le film de Scorsese de 1981 mettant en scène De Niro et Pesci est sans doute le meilleur moyen de comprendre au mieux le message que Lamotta a voulu faire passer à son public. Le film est une adaptation du bouqion, certes, mais les deux matériaux se complémentent parfaitement, bien que complètement différents.

Le livre s’attarde longuement sur la petite enfance miséreuse, sur ce délinquant juvénile dans le Bronx comme tant de familles italiennes immigrées aux US, puis sur sa carrière sportive étincelante. Le film, lui, raconte surtout le milieu et la fin de la carrière du boxeur. Et en met plein la vue avec des scènes de boxe inégalées sur pellicule, qui viennent ajouter au livre les images que l’on ne s’imagine pas.

On trouve très peu d’éléments sur l’après-ring dans le livre. Partie, en revanche, très développée et magnifiquement retransmise dans le film : où De Niro, grimmé comme un vieillard prend le micro dans des one man show comiques et tape-à-l’œil.

Vous l’aurez compris : pas question de choisir un matériau plutôt qu’un autre. Match Nul. Si le sujet vous intéresse, sautez sur le livre (trouvable d’occasion) et jouissez ensuite sans retenue sur les images granuleuses des rings en noir et blanc, mises en scène avec brio par Scorsese et magnifiées par un De Niro qui fait vraiment mal. Le monsieur a décroché pour ce rôle son 3ème oscar bien mérité (après Taxi Driver et Deer Hunter).