20130709

Tiens, voilà du Boudin…

boudin marée basse à saint vaast
dans In Exhibit

Parmi les premiers, il est sorti dehors. Et n’en a rien raté. Variations sur le ciel, et ses nuages. La plage à marée haute, à marée basse, dans tous ses états. En parfait homme libre, Eugène Boudin chérissait la mer. Et pas que…


boudin falaises et barque jaune à étretat

Me voilà fort marri, je n’ai pas aimé. Ce qui est rare. Et sans vouloir faire des jeux de mots vaseux, de type « c’est caca, Boudin ». Même pas, non. C’est juste que je n’ai pas aimé. Pour de vrai. Je n’ai pas été touché par les 65 œuvres d’Eugène Boudin exposées au musée Jacquemart-André. Enfin par certaines, oui, évidemment, mais pas dans la globalité.

Attention, qu’on ne se méprenne pas. Je reconnais le talent du bonhomme. Je loue son caractère novateur dans l’histoire de l’art. Pensez donc : l’un des premiers — on est au milieu du XIXème siècle — à sortir de l’académisme et du romantisme. A sortir tout court, d’ailleurs. A peindre en plein air, à peindre le réel.

LE RÉEL, JE NE PEUX PAS LE VOIR EN PEINTURE

boudin portrieux

C’est sans doute cela qui me gêne, d’ailleurs : ce réel. « Les romantiques ont fait leur temps, il faut désormais chercher les simples beautés de la nature », avait coutume de dire Eugène Boudin. Le garçon s’en va donc dans sa campagne normande saisir sur le vif les bestiaux — des vaches, de nombreuses, très nombreeeeeuses études de vaches —, les paysages et les plages, les gens et les nuages, les bateaux et la mer… Surtout la mer. Surtout le ciel.

Il saisit l’éphémère avec passion, apparemment dans l’urgence si l’on en croit les aspects plus esquissés que finis de ses toiles, à une époque où la photo n’existe pas. Or j’ai grandi avec la photo, j’en connais les subtilités, qualités et défauts. Ce réel, croqué sur le vif, je ne peux pas le voir en peinture. Au sens propre : j’attends autre chose d’une toile, d’un peintre, qu’une représentation fidèle.

CLIC, CLAC, PEINTURE…

boudin l'entrée du port de trouville la marée basse

Boudin, lui, s’est abîmé les yeux à capturer l’image. Et c’est normal. C’était même révolutionnaire à son l’époque,  Clic, clac, peinture… La marée, par exemple. Ah ! ça, la marée, basse, haute, montante, descendante, on la voit sous toutes ses formes, la marée. Pareil pour le ciel. « De l’aube claire jusqu’à la fin du jour »… Il en a peints, des cieux. Et c’est beau, c’est vrai, plein de nuances, de couleurs, de formes. De poésie, en un mot.
Mais… mais il y a un « mais » difficile à expliquer. Je chéris les impressionnistes, qui vont succéder à Boudin. J’admire le côté suranné des romantiques et des académiques, qui l’ont précédé. J’ai plus de mal avec ces êtres, pourtant d’exception, qui ont fait le lien, rompant avec les uns et annonçant les autres. Des pionniers, assurément. J’ai eu finalement un peu le même ressenti avec les Macchiaioli, exposés à l’Orangerie. Pour les mêmes raisons.

Ce qui ne veut pas dire que tout soit à jeter, évidemment. Cette jetée, par exemple, n’est-elle pas belle cette jetée ? Et puis ça aussi, oui ça, là, juste en dessous ?

Eugène Boudin
Musée Jacquemart-André
158, boulevard Haussmann
75008 Paris
Jusqu’au 22 juillet 2013