20130830

L’étau d’Olen Steinhauer, de l’espionnage comme à la maison

letau

Le touriste, L’issue et enfin L’étau. Autant de titres minimalistes que de fabuleux livres d’espionnage… La trilogie Milo Weaver signée par l’américan Olen Steinhauer qui n’a pas grand chose à envier à John Le Carré.


Je ne suis pas l’indic le plus fiable de ce genre de bouquin – branche de la famille du polar, j’imagine – mais j’avais évidemment dévoré la trilogie « Jason Bourne » de Robert Ludlum, et plus ou moins bien digéré les films – mais jamais je ne suis tombé sur des livres d’espionnage aussi passionnants. 

Des espions, des vrais Hommes
L’ensemble des trois forme une trilogie, et nous propose de suivre les états de service de Milo Weaver dans un département particulièrement cloisonné et secret de la CIA : Le Tourisme. Forcément, les agents y sont les plus entraînés, les plus forts et leur aura est mythique.

Tout l’intérêt du récit et l’habileté de l’auteur tient dans le subtil mélange des états de services et des états d’âme des nombreux personnages. Espionnage oblige, les protagonistes sont tous de nature internationale : MI5, CIA, Home Security, DGSE, KGB et même chinois…Une sorte d’auberge espagnole littéraire. 

L’histoire personnelle de Milo et son évolution en tant que cadre de la CIA est fabuleusement restituée et c’est à se demander si Steinhauer n’a pas fait un stage de 20 ans à la CIA pour reprendre la formule de Robert Bauer dans son livre : « La Chute de la CIA : Les Mémoires d’un guerrier de l’ombre sur les fronts de l’islamisme!! ».

Entre Bond et Bourne ? 
Tout paraît crédible ou presque (osez seulement vous laisser doucement embarquer). Savoureux ! Certains l’ont caractérisé comme la synthèse entre Jason Bourne et James Bond. Soit. Pas moi ! Je m’oppose radicalement à cette comparaison. Du genre radical. Effectivement, notre héros est soumis constamment à rude épreuve. Mais l’espionnage est ici très politisé et ne revêt presque jamais l’aspect « ludique » présent dans les « Bond ». Au contraire, les intrigues sont tortueuses, compliquées et très cérébrales. L’action y est extrêmement minimaliste, toujours justifiée et riche en conséquences, d’ailleurs souvent négatives. Pas de surhomme : chacun est vulnérable directement ou via sa famille (classique). Pas de gadgets farfelus et pas non plus de conquêtes féminines multiples (je caricature un petit peu!). La tension et l’action sont psychologiques et l’auteur décrit parfaitement l’état moral et l’instabilité émotionnelle des personnages. On y retrouve beaucoup de dialogues, d’espions, de pas espions, de presque espions, d’intrigues mêlées, entremêlées… Et surtout, on voyage !

Si j’avais un conseil à vous donner : jetez vous sur cette trilogie et tâchez de ne pas vous accorder de trop longues pauses entre chaque tome. Avouons qu’ils sont parfois difficile à lire, qu’il peut être nécessaire de relire certains passages – avec concentration maximum en ce qui me concerne. Mais le jeu en vaut la chandelle… Pour tout vous dire, j’ai lu les deux premiers rapidement et ai découvert cet ultime tome récemment (au moins 3 ans plus tard). Quelle surprise ! Je songe d’ailleurs sérieusement à reprendre les premiers, pour le plaisir… 

Cadeau Bonus
Pour établir un dernier parallèle et comme dernier conseil lecture (cadeau!) sur le même thème, je recommanderais  : On n’a pas toujours du caviar, qui traite également d’espionnage. Celui-ci se passe pendant la Seconde Guerre mondiale et la Guerre Froide. Thomas Lieven, nom fictif d’un vrai personnage réel en chair et en os, collaborera, de 1939 à 1957, très finement et intelligemment avec tous les acteurs de ce conflit. Sacrée performance n’est-ce pas ? Le livre date de 1966 mais il n’a pas pris une ride, est bourré d’humour, de recettes de cuisine (si si !) et l’auteur Johannes Mario Simmel a livré un classique du genre : intemporel et efficace. Convaincu ? 

L’étau
Olen Steinhauer (Liana Levi, 2013)
Tome 3 après Le touriste, et L’issue