20130927

Le point sur la consommation de protéines animales: Steak ou pastèque ?

vache

La viande, c’est la vie (pour extrapoler Karadoc). A condition de ne pas en faire n’importe quoi, et de ne pas en mettre partout inutilement. Sinon c’est la mort.
Alors steak ou pastèque ?


Manger de la viande, on le fait depuis la nuit des temps. Mais cela a toujours été un truc de patricien car la production en est onéreuse. La plèbe, elle, se contente de pain. Alors dans nos pays occidentaux, comme on avait tous très envie de consommer et de faire tout comme les riches pour se sentir égaux, les industries se sont mises à faire de l’intensif. Super youpi ! On peut manger de la viande matin, midi et soir, dans les nuggets, les saucisses, les lasagnes, les yaourts et tous ces bons plats préparés dans lesquels ils mettent les morceaux dont personne ne veut.  On a pris nos habitudes, on en met dans tous nos plats: un peu de poulet par ci, un peu de viande hachée par là. Seulement voilà, cette pratique est un nid à problèmes (qu’on va énumérer, miam miam).  Non seulement la situation actuelle est déjà quasi-intenable mais, double-cheese sur le gâteau, il y a plusieurs milliards de personnes qui commencent à nous copier et à vouloir faire la même chose.
Et là on va avoir un très gros problème, mon petit Michel.

 

L’ombre portée de l’élevage

La sonnette d’alarme a été mollement tirée par la FAO (Food and Agriculture Organisation) en 2006. L’organisation onusienne a publié un rapport intitulé L’ombre portée de l’élevage afin de quantifier l’impact environnemental de l’élevage. Le constat ne fut pas franchement jobard. Depuis, de nombreuses associations et ONG se sont penchées sur le sujet et l’on peut retrouver un certain nombre de leurs conclusions dans un livre, La vérité sur la viande. Qui fait froid dans le faux-filet, c’est moi qui vous le dis.

DOUBLEMENT DE LA DEMANDE VS PLAN D’OCCUPATION DES SOLS

Premier constat, la demande en viande va doubler d’ici 2050 : en gros tout le monde s’accorde pour dire qu’on sera aux alentours de 9 milliards sur la planète. Et comme les pays émergents vont de plus en plus émerger (logique imparable), ils vont vouloir eux aussi goûter aux lasagnes de poney.  Et ça, c’est absolument inenvisageable pour un paquet de raisons.

Aussi énorme que cela puisse paraitre, 26% des terres émergées et libres de glace sont occupées par des pâturages. C’est-à-dire des enclos pour gigots. En plus de cela, 33% des terres arables, c’est-à-dire cultivables, sont destinées à la production fourragère. Donc à produire de la bouffe pour toutes les bêtes qui n’ont pas la chance de glander dans un pré, mais qui squattent 1m² à 10 dans un loft, atelier d’artiste, hangar.  Au total, ce sont 70% des terres agricoles qui sont occupées pour l’élevage, soit 30% de la surface de la planète !
Cela met une pression énorme sur les terres encore disponibles. En Amazonie, 70% des terres autrefois boisées servent aujourd’hui aux pâturages, et une grande partie du reste à produire du fourrage. Si vous avez tout bien suivi au raisonnement chiffré (ce dont je doute, parce que moi-même je me suis un peu perdu) voici la situation : on occupe déjà quasiment tout ce qui est possible comme espace disponible pour produire de la viande, et si l’on continue à défricher, c’est principalement pour étendre cette production.

DOUBLEMENT DE LA DEMANDE VS COUTS DE PRODUCTION

De même, produire de la viande est extrêmement couteux en ressource et en énergie.

Pensez : Produire 1kg de protéines animales demande en moyenne 100 fois plus d’eau qu’1kg de protéines végétales. Il est difficile de donner plus précis qu’une moyenne parce qu’évidemment un poulet et un bœuf, ça n’a pas la même descente. Mais le principe est là : produire de la viande engloutit un paquet de flotte.
S’il n’y avait que ça encore… Mais en plus de cela, il faut 5 fois plus de protéines végétales pour produire 1 kg de protéines animales : le truc le plus absurde, il est là.

On a besoin de protéines si on veut rester en bonne santé, voir tout simplement vivant, d’accord. Mais qu’elles soient animales ou végétales, c’est à peu près la même chose. Rationnellement, il est stupide de produire des kilos et des kilos de céréales et de fourrages, donc de protéines végétales, pour les refiler à un animal qui va les transformer majoritairement en bouse. Et accessoirement en quelques kilos de viande.
Faire de la viande c’est un luxe énorme !  Si l’on évitait de monopoliser la plupart des terres dans le but de produire de la viande, on pourrait produire de la nourriture pour tout le monde sans ce problème récurrent de place et de quantité de céréales disponibles.

Alors certains diront peut être : mais non, de la place on en a assez, le problème ce sont les bio-carburants ! Vous savez, toutes ces plantes qu’on transforme en carburants verts.  Cela implique nécessairement de détourner une partie des produits alimentaires, puisque ce sont des plantes qu’on aurait pu manger. En 2008, il y eut une véritable crise alimentaire mondiale. Les commentateurs de tous bords ne furent pas longs à incriminer les bio-carburants. 100 millions de tonnes de grains détournées pour faire des bio-carburants, forcément cela accroit la malnutrition. Bouh, c’est pas bien, la planète meurt de faim à cause de tous ces bobos ! Je suis d’accord, les bio-carburants ne servent à rien (mais c’est un autre débat), cependant l’on oublie de dire quelque chose de capital : ce sont 700 millions de tonnes de grains qui sont détournées pour l’élevage.  La production de viande augmente deux fois plus vite que la population: entre 2003 et 2007, elle a progressé de 13%, passant de 253 millions de tonnes à 285. Et le stress permanent la production mondiale de céréales tiens sans doute davantage à ce détournement-là.

Récapitulons.
La planète est déjà recouverte pour un tiers de champs et de pâturages, il faut sans cesse produire plus de viande pour faire face à la demande, donc également 5 fois plus de protéines végétales pour nourrir ces animaux. A ce rythme-là, le moindre petit souci, comme en 2008 un problème de récolte dû au mauvais temps, et ce sont des millions de personnes qui meurent de faim. Beaucoup voient d’ailleurs dans cette crise alimentaire de 2008 un des déclencheurs (parmi d’autres) des printemps arabes, le prix du pain s’étant enflammé à cette époque à cause du prix du blé.

PRODUCTION DE MASSE, JOIES EN PAGAILLE


Comme vous le voyez, on n’a vraiment pas la place de produire autant de viande. Et continuer à en produire toujours plus est donc absurde et dangereux.  J’imagine déjà certains d’entre vous, accros à leur dose quotidienne de KFC, proposer des grandes tours poulaillers, avec des centaines de milliers de bêtes qui, promis, prendront très peu de place. On pourrait même les nourrir avec des carcasses de bœufs par exemple, comme ça, pas de détournement inutile de céréales, etc …

Ça sent bon l’idée à la con tout ça. Comme ça existe déjà, parlons un peu des ravages de l’intensif.  Quand vous mettez des milliers de poules dans des cages minuscules où elles n’ont pas la place d’étendre leurs ailes ou de se retourner, elles paniquent. Elles se chient dessus, certaines deviennent folles et s’étranglent entre les barreaux. Ils y a des cadavres en putréfaction un peu partout et les poules pataugent dans la fiente. Pour que tout se passe tranquillement et qu’on puisse déguster nos quiches lorraines à 1 euros, on les bourre d’antibiotiques. Et hop, magie, personne ne tombe malade. Cette pratique massive est pourtant la plus risquée de celle pratiquée par notre civilisation. Oui, plus risquée que le nucléaire ou les ch’tis à ibiza.
Je déconne pas Michel.

Et si on inventait de nouvelles maladies?

Les maladies que l’on connait ne sont pas si vieilles que cela. Elles se sont développées lorsque l’homme a réussi à domestiquer les animaux et que des zones à fortes densités démographiques se sont formées. Ainsi, les oreillons ne seraient apparus qu’autour de 400 avant JC et la lèpre en seulement 200 avant JC !
Ensuite, avec l’avènement des antibiotiques et compagnie, le XXème siècle a vu les maladies infectieuses quasiment disparaître. En 1900, aux Etats-Unis, il y avait plus de 800 décès par an de maladies infectieuses pour 100 000 personnes. Ce nombre est tombé à 36 en 1980. Cependant, depuis lors, la production intensive a permis l’émergence de nouvelles maladies ainsi que le retour d’anciennes.

Les petits virus, petits microbes et autres conneries mutent très facilement.  Ils ne sont pas vraiment très compliqués, donc de petites variations de leur ADN (ce qui arrivent en permanence, dans vos cellules aussi) suffisent à les modifier visiblement.  Si l’environnement est hostile, et que cette variation lui est plus adaptée, l’organisme va plus facilement se reproduire et transmettre cette adaptation à une large descendance. Et ouais mon pote, ça s’appelle l’évolution.  Et quand vous bourrez d’antibiotiques toute une population de volaille, les maladies vont évoluer rapidement.  Petit exercice pratique, effectué par une équipe de chercheurs qui avait envie de nous foutre les chocottes, comme ça pour le plaisir d’être méchant : refilez une petite grippe toute simplette à un groupe de poulets. Attendez qu’ils soient tous malades, et que leur système immunitaire fasse un peu le ménage. Ce qu’il reste du virus dans le corps des poulets, ce sont les germes les plus costauds. On tue les poulets pour récupérer leur poumons (où se trouvent beaucoup des germes de la maladie) et on les mélange à de la bouffe pour contaminer une nouvelle génération de poulets. Répétez l’opération plusieurs fois. A chaque fois le virus sera un peu plus fort. Au bout de 24 fois, il est devenu tellement mortel qu’aucun poulet ne survit à l’expérience, et qu’il n’est plus possible de continuer.

Voilà  où peut nous mener l’expérience somme toute sympathique, visionnaire et humaniste de l’élevage intensif. Quelques mutations malheureuses et hop: un virus tueur. Bien sûr ces mutations peuvent arriver dans la nature, n’importe où, comme ça. Mais en batterie, l’on force le virus à muter pour lutter contre les antibiotiques et on le répand ; on voudrait fabriquer le virus le plus mortel du monde qu’on ne s’y prendrait pas autrement. La preuve, c’est déjà arrivé. Dans The origin and control of pandemic influenza, on trouve le résumé d’une épidémie de ce genre : en 1983 en Pennsylvanie, un virus contamine un grand hangar à poulets. Les voilà tous cloués au perchoir avec une bonne grippe. Soudain,  le virus mute, devient mortel, décime toutes les volailles de la région. 17 millions d’oiseaux morts. L’épidémie n’est finalement contenue qu’en abattant systématiquement les oiseaux malades et en plaçant en quarantaine tous les autres. Les chercheurs qui ont étudié le virus ont découvert qu’il était devenu mortel par un seul changement de base dans le segment ARN codant les protéines H. Alors les grippes aviaires, grippes porcines et fièvres aphteuses, pas besoin de chercher d’où elles viennent. Imaginez notre civilisation disparaitre à cause d’une épidémie de la sorte, devant le Créateur demandant comment ça se fait de s’être foiré comme ça : « Ouaaaais, mais tu vois les nuggets c’est vachement bon quand même … ».

Et si on bousillait les sols (histoire de plus pouvoir rien produire du tout)?

L’intensif ne fait pas qu’être un potentiel danger. On aura beau croiser les doigts très forts, se dire qu’on a des supers chercheurs en blouse blanche qui trouveront toujours un vaccin pour sauver la planète et les chicken wings, il existe déjà des dégâts non négligeables.
Comme on force les animaux à manger du grain plutôt que de l’herbe, pour qu’ils grossissent plus vite, ils ne digèrent pas super bien.  La carcasse moyenne de bœuf est passée de 200 kg à 260 kg en 50 ans en Australie.  Aux USA c’est maintenant 350 kg. Toujours trop fort ces américains. Donc les animaux, dont c’est le désordre à l’intérieur (le stress des exams ?), font des excréments plein de maladies. On ne peut même pas appeler ça de l’engrais tellement c’est un ramassis de microbes. On en fait des tas, en attendant que les bactéries meurent. Mais pendant ce temps, ça s’infiltre dans le sol, tranquillou et ça vit sa vie.  Ces produits plein d’azote réactif sont très fertilisants. Ils se répandent n’importe où, détruisent la biodiversité en favorisant  le développement insensé d’algues, par exemple. Vous avez une jolie zone côtière de 22 000 km² dans le golfe du Mexique complètement morte à cause de ces rejets venant du Mississipi.  Pour vous donner une idée de ce que ça fait 22 000 km², cela représente la surface totale des cours d’eau Français. Oui Môssieur, ça commence à faire. C’est aussi la surface de l’Empire Byzantin en 1450, mais il dit qu’il ne voit pas le rapport.

Et pour ceux qui trouve que le Missipi c’est pas sur la ligne 13… Et bien, il y a la VF direct depuis Montparnasse, en Bretagne.

Les Américains, comme toujours, ne sont pas super scrupuleux. Effectivement en Europe il y a une législation stricte sur les antibiotiques, pas aux USA. On pourrait dire « Et bien il n’y a qu’à les forcer à mettre en place une législation sur le sujet ! ». Dans ce cas-là je vous renvoie au livre de Marion Nestlé, Safe Food, qui vous raconte comment le lobby industriel américain s’oppose à toute législation, en allant jusqu’au meurtre. Je vous laisse mener le combat tout seul moi j’ai piscine. De toute façon pour vous dégouter complètement de faire des efforts de ce côté-là, les défenseurs des animaux ont réussi à faire passer des lois au congrès américain après moultes négociations : par exemple il est obligatoire sur un trajet de bétail de plus de 18h de faire une pause pour dégourdir les pattes et donner à manger aux animaux. Vous y voyez la preuve qu’il est possible de faire avancer les choses? Comme vous êtes naïfs… En pratique, et sans que ce soit précisé nulle part, cette loi ne s’applique pas aux transports en camion ( ?!). Voilà voilà.

ET LE POISSON AUSSI…


Mine de rien l’intensif représente une grosse partie du problème, et manger moins de viande parait la seule solution : 67% du poulet produit vient de l’intensif, 50% des œufs, 42% du porc. Et 42 % du poisson ! Car le poisson aussi, c’est dégueulasse en élevage. On doit mettre plein de biocides pour qu’il n’y ait pas de maladie, on leur donne des farines de poissons, on arrête de leur donner à manger avant de les vendre pour que leur estomac soit plus propre, alors ils ont faim et se bouffent entre eux… Et il ne faut pas croire que ça préserve les poissons sauvages : pour nourrir 1 tonne de saumon, il faut pécher 5 tonnes de poissons sauvages. 37% des poissons pêchés sont transformés en farine de poissons ! Le problème de la pêche mériterait un sujet à lui tout seul, tant les ravages qui sont fait dans nos mers sont préoccupants.
HORIZON VEGGIE?

Que faire alors ? Ne plus manger que du tofu ? Je ne sais pas si vous l’avez bien regardé, mais Michel n’est pas du genre à manger du tofu. Encore moins des galettes de riz soufflé ou du lait de soja.

Déjà, manger moins de viande ne signifie pas ne plus manger de viande du tout. Dans les pays riches, nous mangeons actuellement en moyenne 250 g de viande par jour. Il faudrait descendre à 90 g. De même les pays pauvres, qui mangent en moyenne 50 g par jour, peuvent nous rejoindre à ce niveau de 90 g par jour. C’est un palier raisonnable, qui permettrait de ne plus faire d’intensif, mais de la bonne viande en pâturage d’un côté et plein de légumes de l’autre. On peut donc encore manger des œufs au bacon et des côtes de bœuf au barbecue (ouf), mais il faut se réhabituer à ce que ce soit une ou deux fois par semaine et non tous les jours.
A Gand par exemple, une grande campagne a été faite dans ce sens pour promouvoir les plats végétariens. Ils ont institué le Jeudi Veggie pour inciter les gens à manger des plats à base de légumes le… jeudi! C’est la ville où il y a le plus de restaurants végétariens par habitants. Des plats sans viande sont proposés dans les cantines.

Ce genre d’initiative permet de faire changer les mentalités : manger moins de viande, c’est même bon pour la santé, alors pourquoi s’en priver ?  Modifier ses habitudes alimentaires implique une prise de conscience général, afin qu’on nous propose de vraies alternatives. Car il vrai que se faire plaisir avec des plats végétariens est toujours compliqué. Rien qu’à la cantine, végétarien ça veut dire assiette de légumes vapeur libre-service: on a vu plus sexy. Mais il semble aujourd’hui plus que nécessaire de faire un pas dans cette direction. Parce que des mille-feuilles d’aubergines et des steaks de champignons, je suis prêt à en manger à tous les repas. Si tant est qu’on me le propose.