20130916

« Tirez la langue, mademoiselle » : à baver d’ennui

tirez la langue affiche

Ce Tirez la langue, mademoiselle n’est pas bon. Mais alors pas bon du tout. Un ratage sur quasi tous les plans – au sens propre et figuré – et pas grand-chose à sauver, à part Louise Bourgoin, qui surnage agréablement.


J’ai ri. Mais alors, qu’est-ce que j’ai ri… De dépit, de colère, de hargne. D’ennui, aussi. Et puis pour me moquer, surtout.
Le genre de film qui vous atterre. Vous afflige. Oui, c’est cela. Tirez la langue, mademoiselle est un film affligeant.

A se demander comment on peut écrire ça, le financer, le tourner ensuite, le distribuer. Et puis le voir, au final. Bon, pour ce qui est de le voir, je ne suis pas inquiet: nous ne serons pas nombreux, et ce sera tant mieux. Mais quand même, les rares qui, comme moi, se seront fait avoir, pourront en vouloir à la terre entière. Et surtout au cinéma français. Qui se crève d’être mauvais. Qui se crève de mettre sur les écrans des bouses pareilles, qui ne devraient même pas avoir leur place dans le plus pourri programme de la plus obscure chaîne de la TNT.

UNE HISTOIRE D’AMOUR A LAQUELLE ON NE CROIT PAS UNE SECONDE 

tirez la langue bourgoinUn non film. Ni bien écrit, ni bien réalisé. Une photo de merde, qui veut faire dans le « réel ». Des plans gris, des plans sombres, pour filmer des acteurs gris et sombres. Attention, je ne dis pas que le cinéma doit être le lieu où vivent des enfants trop sages, avec des parents aux dents trop blanches, dans des maisons trop grandes. Surtout pas. Mais quitte à filmer le « vrai », autant que ce soit intéressant, bouleversant, dramatique ou comique. Là, c’est un réel de routine. Pure, et dégoulinante.
Avec, en toile de fond, une histoire d’amour à laquelle on ne croit pas une seconde, tellement elle est mal amenée. C’est dommage parce que, avec le titre, pas si mauvais, cette base pouvait s’avérer intéressante. Boris (Cédric Kahn) et Dimitri (Laurent Stocker) sont frères, médecins dans le même cabinet, à Paris. Tous les deux très pris par leur travail, et sans guère de vie en dehors. Et voilà qu’un beau jour (ou peut-être une nuit, je ne sais plus trop, près du fauteuil de la salle, je m’étais endormi…) débarque Judith, dont ils tombent chacun amoureux. La belle et envoûtante Judith, jouée par Louise Bourgoin
Et c’est vrai qu’elle est belle et envoûtante, cette Judith. Il y avait quelque chose à travailler. La solitude de cette femme-mère, obligée de travailler de nuit pour gagner sa vie. La solitude de ces deux frères, trop proches l’un de l’autre pour se construire une vie. Et l’amour, bien sûr, l’amour qui vient tout balayer, les certitudes et les mensonges que l’on s’adresse à soi-même.

DEUX SECONDES DE GRACE POUR UN FILM D’1h42, C’EST COURT… 

Il y avait là de la chair à triturer, des tensions à montrer, des sentiments refoulés à faire exploser. Axelle Ropert, la réalisatrice, en fait un ensemble creux, sans aspérité, alourdi, encore, s’il en était possible, par des dialogues d’une faiblesse à peine croyable. Si bien que ça tombe à plat. Tout tombe à plat. Les moments de tension sont risibles, et quand le film veut faire dans l’émotion, il ne réussit qu’à faire rire, tellement c’est mièvre, à côté de la plaque.
La déclaration d’amour de Boris à Judith, par exemple. Celle de Dimitri, aussi, d’ailleurs, comme ça il n’y a pas de jaloux… Les séances des alcooliques anonymes, enfin, qui, paradoxalement, et finalement de manière très amusante, s’avèrent plus saoûlantes qu’une bonne vieille cuite au whisky…
Rien à sauver, donc, où si peu. Juste Louise Bourgoin, rayonnante. Cela donne envie de la voir ailleurs, dans un film bien meilleur, plus ambitieux. Et une scène aussi. Seulement une. Jolie, mignonne. Quand Judith et sa fille Alice se trouvent devant une porte automatique, et que les deux, de concert, sautillent sur place pour la faire s’ouvrir. C’est le seul moment de grâce de ce Tirez la langue, mademoiselle. Il dure deux secondes. Le film, lui, s’étire sur 1h42.