20131031

Alternative 101 – Les Slow Tech : en finir avec la société haut débit

IMG_7292

Surabondance d’informations, hyper-connectivité, accélération des flux … on se calme ! Le mouvement Slow Tech demande aux machines de nous aider à ralentir. À l’heure de l’instantané en sommes nous encore capables ?


La révolution Slow est en marche. Cette tendance à privilégier le plaisir plutôt que vitesse et rendement se décline en moultes mouvements. La Slow food veut nous faire retrouver le plaisir des mets délicieusement préparés, les Slow cities valorisent la nécessité d’un « bon vivre en ville », la Slow money investit dans le local et le Slow parenting nous rappelle que nos têtes blondes comptent peut-être plus que nos carrières. Quel que soit le domaine ciblé, avoir l’esprit « Slow » c’est penser qu’un bon coup de frein serait pas mal pour la planète, mais aussi et surtout pour l’individu. Émancipons nous un peu de ce monde à cent à l’heure et retrouvons les plaisirs simples du temps long. Un peu de bonheur dans ce monde de brutes ! Moins de tension pour plus d’attention !

Alors bien sûr avec le débit toujours plus haut et les ordinateurs toujours plus rapides, le bombardement d’information sature un peu notre « temps de cerveau disponible ». Et si il était possible d’utiliser nos nouvelles technologies pour ralentir nos vies et s’octroyer des moments de repos cérébral ?

UN ENVIRONNEMENT PLUS PROPICE À LA RÉFLEXION

C’est ce que proposent les Slow Tech : encourager l’émergence de machines qui permettraient la mise en place d’un environnement plus apte à la réflexion. La Slow food c’est remplacer le hamburger par un plat meilleur sans nécessairement être plus nourrissant. La Slow Tech c’est pareil : gagner du temps pour faire mieux sans pour autant faire plus, favoriser plaisir et réflexion plutôt que rendement et vitesse. Un monde merveilleux, donc, où notre ordinateur arrêterait de nous bouffer du temps mais nous encouragerait à en prendre.

Quelques prototypes amusants ont déjà été élaborés comme le iRock, un « Rocking chair – station d’accueil d’iPod ». Le balancement recharge l’appareil tandis que des enceintes idéalement situées donne à son heureux utilisateur l’occasion de redécouvrir l’intégralité de sa bibliothèque musicale. L’intégralité ? Oui parce qu’en une heure de balancement sachez que vous aurez à peine rechargé un tiers de votre précieux iPod. Il faut pas être pressé, mais c’est justement le but !

Le Decelerator Helmet

Le Decelerator Helmet

Pas convaincu ? Vous serez peut-être séduit par le Decelerator Helmet : un casque qui vous offre une vision au ralentie ! À l’intérieur de cette espèce de scaphandre, vous voyez sur un écran ce qu’il se passe devant vous. L’intérêt est de pouvoir contrôler la vitesse à laquelle les images défilent. Une molette vous permet de ralentir la vitesse de défilement ou l’accélérer pour rattraper le temps réel (pas encore possible de faire marche avant hélas …). Que ce soit un vol d’hirondelle, une figure de BMX ou le vent dans les cheveux d’une belle inconnue, il s’agit de ralentir le temps pour mieux profiter des détails et favoriser nos instincts contemplatifs.


MY NAME IS FERNAND AND I’M AN ADDICT !

C’est donc par une interaction plus subtile entre l’homme et la machine que nous pourrions nous libérer de l’esclavage 2.0.

« Gaston y’a l’téléphon qui son’ et y’a jamais person’ qui y répond »

« Gaston y’a l’téléphon qui son’ et y’a jamais person’ qui y répond »

Pour Phil Marso (un Slow Tech made in France) il est urgent de se protéger du flux continu d’informations, d’appels et de SMS. L’instigateur des « Journées mondiales sans téléphone portable » réanime ce débat tous les 6 février (jour de la saint Gaston) depuis une dizaine d’années. Un sondage réalisé cet été aux Etats-Unis[1] révèle en effet qu’aujourd’hui plus de 60% des possesseurs de smartphone ne peuvent passer plus d’une heure sans le consulter et que pour une personne sur dix, il est difficile de s’octroyer 10 petites minutes sans y jeter un œil … La nomophobia : notre nouveau fléau ? (attention néologisme ! comprendre : « no-mobile-phobia » ou encore « angoisse de perdre son téléphone »).

Baudelaire revendiquait en son temps le « droit de s’en aller », pour le philosophe Maurizio Ferraris, il est aujourd’hui temps d’exiger un « droit à ne pas être joint », mais peut-on encore se passer de nos smartphones ?


INTO THE WILD

Paul Miller, jeune webjournaliste américain, a tenté l’expérience : survivre sans Internet pendant un an. Ce spécialiste des nouvelles technologies à voulu s’échapper, dit-il, du « flux constant d’information qui noyait [sa] santé mentale ». Le 30 avril 2012 il débranche et commence ce qu’il appelle son « big trip » sans Wifi ni smartphone, seul un Ipad pour lui permettre de continuer à écrire, mais en mode avion bien sûr ! Plus qu’une expérience c’est aussi une quête personnelle, « qui suis-je sans Internet ? ».

C’est une vrai libération ! Il gagne un temps considérable qu’il met à profit pour lire, faire du vélo, retrouver sa famille et ses amis en chair et en os et commence même la rédaction d’un livre intitulé Comment quitter Internet ? pour aider ses contemporains à sauter le pas. Il réapprend à profiter du monde réel et cela lui procure un plaisir certain à même de le faire douter de revenir un jour sur le web.

En dehors du cyber espace personne ne vous entend crier …

En dehors du cyber espace personne ne vous entend crier …

L’euphorie laisse pourtant rapidement place à l’ennui d’un individu habitué à être bombardé d’informations, mais surtout à la solitude et la désagréable impression que le monde tourne sans lui. Il s’enferme progressivement, accablé, abattu et sombre dans la dépression. Pas fâché de sortir de sa torpeur, il a rallumé le Wifi en Avril dernier pour son grand retour sur la toile, après avoir quand même tenu son défi jusqu’au bout.

Un bilan mitigé donc pour notre ermite des temps modernes qui ne regrette pourtant pas son aventure. Il ne sait pas vraiment comment finir son livre, ni même si il le finira un jour. Cette expérience lui aura appris qu’ « Internet n’est pas un passe temps individuel, c’est quelque chose que nous faisons les uns avec les autres. Internet est là où se trouvent les gens ».

Drôle d’époque que la notre ou éteindre l’écran est synonyme d’isolement. La société à cent à l’heure a encore de beaux jours devant elle …