20131115

Gravity, prouesse technique pour film subtil

gavity affiche

Prouesse technique assez extraordinaire, Gravity donne – enfin – à la 3D une raison d’être, autre que commerciale. Cette 3D, personnage principal du film, éclipse tout, et nous emporte loin au-dessus du commun 90 minutes durant. Du grand spectacle qui réussit, en plus, l’exploit d’être souvent fin et subtil.


Que dire de plus que les kilomètres et les kilomètres de dithyrambes déjà parues, à propos de Gravity ? Pas grand-chose, il faut bien l’avouer. A part, peut-être, que tous ces éloges ne sont pas usurpés. Ce qui, déjà, est une bonne chose tant il est fréquent que, par l’odeur du chef-d’oeuvre alléché, on soit parfois un peu déçu la séance venue.
Qu’on se rassure, donc. On peut gaillardement se précipiter voir Gravity, et faire la queue – toutes les séances, ou presque, sont complètes, c’est assez dingue. On en aura pour son argent. Et, d’ailleurs, il vaut mieux le dépenser maintenant, son argent, plutôt que d’attendre gentiment la sortie du DVD (car personne, bien sûr, ne télécharge illégalement, ici, hein? Hum, hein?). Gravity sans la 3D, ce n’est plus pareil.

LA 3D COMME PERSONNAGE PRINCIPAL 

Pour une fois que la technologie est au service du film, il faut s’en réjouir. La 3D est ici le personnage principal. La solitude et l’immensité de l’espace. Le silence. La gravité. La beauté de la Terre, au loin. Les levers de soleil et les paysages fabuleux. Mais aussi ces débris qui volent… pardon, flottent. Boulons, tournevis, extincteurs, casques… Et puis la navette Explorer, l’ISS, Soyouz, la station spatiale Chinoise, Tiangong… Tout est splendidement reconstitué, filmé.
Et sans sombrer dans la science-fiction, s’il vous plaît. Oh! je n’ai rien contre la SF, surtout pas, mais dès que l’on touche à l’espace, on craint de voir les petits hommes verts. Bien sûr, on peut discuter des heures sur la définition à donner du mot « science-fiction » (la mienne est un peu réductrice, j’en conviens), mais ce que j’entends par là, c’est que Gravity est magnifiquement humain.
L’homme face à la nature. L’homme face à quelque chose de plus grand que lui, qu’il s’évertue à maîtriser, explorer, mais qu’il ne peut contrôler, ne pourra jamais contrôler. C’est tout le talent de Cuaron de savoir effacer ses héros humains, tout petits face au vide intersidéral. L’homme dramatiquement seul, dans un milieu hostile, pas fait pour lui.

GRAVITY

DES PERSONNAGES QUI MANQUENT UN PEU D’EPAISSEUR 

Une histoire de survie techniquement sublime, qui prend aux tripes, fait crisper les mâchoires et bouger un peu connement la tête pour éviter la course folle d’un débris qui fonce sur nous – merci, la 3D. Matt Kowalsky (George Clooney) et Ryan Stone (Sandra Bullock) sont astronautes, envoyés dans la navette Explorer pour réparer le télescope Hubble. Une banale sortie dans l’espace qui tourne à la catastrophe. Nous voilà embarqués pour 1h30 de grand spectacle, intense, sans longueur, et au suspense assez implacable. Car même si l’on sent venir les multiples rebondissements – Gravity, c’est quand même la loi de l’emmerdement maximum poussée à l’extrême ou, autrement dit, quand ça veut pas, ça veut vraiment pas – ils arrivent quand même à nous cueillir.
Tout juste si, dans ce concert de louanges, et en cherchant la petite bête, on pourrait simplement déplorer le manque d’épaisseur des personnages. Clooney est somme toute relativement « quelconque ». Mais c’est surtout Sandra Bullock qui déçoit. Son jeu manque un peu d’expression. On eut aimé voir la terreur, l’espoir, la joie, puis la terreur, à nouveau, le désespoir, et encore l’espoir, dans ses yeux, dans ses traits. On eut aimé voir ce qu’elle a dans le ventre, avec plus de force, plus d’énergie.

gravity-debris

PROUESSE TECHNIQUE POUR FILM SUBTIL ET SENSUEL 

Ce qui fait avant tout de Gravity une prouesse technique plus que scénaristique. Ce qui ne veut pas dire que ce soit juste du « boum boum, tu l’as vu ma jolie explosion », oh que non. Gravity réussit l’exploit d’être un film d’action subtil. C’est si rare… C’est même par moment très sensuel, élégant, avec ce ballet tout doux, créé par l’apesanteur. Et c’est intelligent, surtout, quand le film aborde, l’air de rien, les grandes questions de la vie. La vie avec une grand « V », l’humanité, si l’on veut… La scène de fin est une métaphore assez magnifique sur les origines de l’homme.

Il se trouvera, ensuite, toujours des pisse-froid pour ergoter sur le caractère de chef-d’oeuvre à accoler, ou non, à Gravity. A vrai dire, une non-question. 90 minutes durant, on est emporté ailleurs, dans l’espace, et on sort de sa salle de cinéma un peu K.O. Le film est fini, mais on n’a pas vu le temps passer. Il est fini et on aurait voulu que cela continue encore. C’est tout ce qui compte. Une heure trente de pur plaisir, sans temps mort, ni temps long.