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Inside Llewyn Davis, douce et tendre ode aux losers magnifiques

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Les anti-héros sont forcément des personnages intéressants. Quand ils passent sous le tamis des frères Coen, ils deviennent même attachants. Inside Llewyn Davis est une jolie, douce et mélancolique ode à tous ces losers magnifiques, purs parmi les durs, qui ne sacrifient rien à leurs idéaux.


Les anti-héros sont forcément des personnages intéressants. Quand ils passent sous le tamis des frères Coen, ils deviennent même attachants. Inside Llewyn Davis est une jolie, douce et mélancolique ode à tous ces losers magnifiques, purs parmi les durs, qui ne sacrifient rien à leurs idéaux.

Ce qui est bien avec les frères Coen, c’est qu’on peut aller voir leurs films les yeux fermés. Sans même savoir de quoi cela va parler. C’est toujours bien, fin et intelligent. Et surprenant, en même temps, car tellement différent des précédents… Inside Llewyn Davis ne déroge pas à la règle. Les Coen passent du western, avec True Grit, à une douce, tendre et mélancolique vision de l’Amérique des 60’s, via la retranscription d’une semaine dans la vie de Llewyn Davis, chanteur folk, talentueux, mais un peu crève-la-faim.

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ODE AUX LOSERS MAGNIFIQUES

Un de ces losers magnifiques, artiste qui ne veut rien sacrifier à ses idéaux de jeunesse quand bien même la société, elle, cette grosse biatch qui n’aime pas les excentriques et les fortes têtes, ne fait rien qu’à vouloir le faire rentrer dans le rang. Comme tout le monde. Comme les autres. Mais Llewyn Davis n’est pas comme tout le monde.
C’est un pur au pays des durs. Pensez donc… Un poète dans l’Amérique toute-puissante des sixties… Oh! il n’est pas seul à résister ainsi. Ils sont une tripotée, comme lui, à écumer chaque soir, pour un cachet de misère, les bars de Greenwich Village.
Et c’est justement cela, Inside Llewyn Davis. L’histoire de tous ces pauvres gars et filles, la tête remplie de rêves de gloires, qui se jurent de réussir. C’est-à-dire pas faire fortune, non, même pas. Juste vivre de leur musique. Certains y sont parvenus. D’autres non.
Les premiers ne sont guère intéressants – c’est chiant, une success story, souvent trop attendu, toujours trop parfait. Les seconds, eux, tous ces oubliés, sacrifiés sur l’autel de l’art, forment de sublimes (anti)-héros, merveilleusement mélancoliques.

LLEWYN « DROOPY » DAVIS 

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Mais mélancoliques ne veut pas dire tristes. Juste nostalgiques. Et c’est beau la nostalgie. En tous cas, c’est beau quand ça passe sous le tamis des Coen. Le scénario, pour simple qu’il soit – une semaine dans la vie de Llewyn Davis, personnage directement inspiré de Dave Van Ronk – est parfait. D’une grande sobriété.
Les dialogues sonnent tous justes, tandis que la mise en scène, évidemment excellente, vient sublimer tour à tour le désarroi ou les espoirs de Llewyn. Oscar Isaac, qui l’incarne, est assez incroyable. Ténébreux comme il faut, avec sa barbe noire. Mais aussi avec cette petite flamme qui brille toujours dans ses grands yeux. Quelque chose de Droopy en lui. Cette même lassitude dans des traits un peu fatigués. Mais sans jamais sombrer dans le désespoir, vraiment. Ce cynisme. Cette foi, toujours en lui. Merveilleux poète maudit, comme on les aime. De quoi éviter de sombrer dans le glauque.

SOMBRE ET BELLE MUSIQUE 

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Ballotté par Inside Llewyn Davis, ça oui, on l’est. C’est sombre, parfois assez pathétique, aussi. Mais on n’en sort pas meurtri. Pas abattu. La musique y est pour beaucoup. Omniprésente, elle accompagne le récit, pour ne pas dire qu’elle le porte. Et c’est beau. Délicat.
Cela commence par Hang Me, chantée d’une voix chaude et suave par Oscar Isaac, qui trouve là un rôle qui le marquera assurément. Hang Me… L’histoire d’un gars qui demande à être pendu… Triste, ça oui, mais qui trotte longtemps dans la tête, et laisse finalement un doux souvenir. Ce qui est vrai pour Hang Me, qui forme la scène d’ouverture, l’est aussi pour le film, dans sa totalité. Une réussite. Mais comment pouvait-il en aller autrement avec les frères Coen, décidément jamais décevants ?