20131108

J’étais Dora Suarez

jetaisdorasuarezrobincook

Le polar est un de mes genres de prédilection. Petit à petit, je commence à en connaître les ficelles. Mais je suis toujours surpris. C’est justement pour découvrir des livres comme J’étais Dora Suarez que je continue à m’acharner dans cette catégorie: les polars glauques et violents.


Le polar est un de mes genres de prédilection. Petit à petit, je commence à en connaître les ficelles. Mais je suis toujours surpris. C’est justement pour découvrir des livres comme J’étais Dora Suarez que je continue à m’acharner dans cette catégorie: les polars glauques et violents.

Dora Suarez m’a captivé instantanément. De la première page à la dernière lettre, sans jamais le lâcher. Fini en trois jours. Ce livre appartient à la famille des romans qui restent en vous longtemps. Ceux auxquels vous repensez souvent. Je peine d’ailleurs à sortir un autre livre de ma bibliothèque de peur d’être instantanément déçu.

Pourtant on pourrait croire qu’il est basique. Tous les ingrédients classiques et usés jusqu’à la corde sont réunis : un psychopathe extrêmement nerveux, trois victimes retrouvée atrocement mutilées dans un périmètre de 1km, et un flic particulièrement tenace, obsédé par la justice et par la principale et innocente victime : Dora Suarez. Il lit le journal de la madame au fur et à mesure de son enquête.

Classique aussi puisque les exécutions sont violentes à coup de massacre à la hache. Les indics et témoins sont peu loquaces et le flic très borderline. Malheureux et insomniaque bien sûr. Sinon, ce n’est pas drôle.

Des premières pages anthologiques

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Le bouquin démarre en décrivant les mouvements et pensées du tueur. En quelques pages, le lecteur est immédiatement happé par son univers dérangé et malsain. Les premières feuilles figurent parmi les meilleures que j’ai jamais lues. Et dignes du commencement de l’ouvrage de Maurice Dantec : « Les racines du mal » narrant le road trip sanguinaire d’un homme totalement désorienté, persuadé d’être persécuté… Ces pages m’ont même rappelé un des premiers bouquins de Ellroy qui sert encore aujourd’hui de modèle pour les académies de police : « Un tueur sur la route », c’est dire le niveau !

Ensuite c’est le flic qui raconte son enquête en découvrant progressivement la vie de Dora Suarez (pas folichonne vous vous en doutez). Ce type, au même titre qu’une Clarence Sterling et Hannibal, est tellement proche psychologiquement de son assassin traqué sans relâche qu’il en devient un personnage extrêmement attachant dans sa folie et sa soif de justice. Justice très personnelle, avouons le.

Tom refuse effectivement toute promotion et voit son métier comme un sacerdoce : son travail consiste à se salir les mains et pour cela il estime ne pas avoir à rendre de compte à ses supérieurs bureaucrates. En refusant toute ascension professionnelle il s’isole, devient incompris et se fait de nombreux ennemis au sein de la police même. Le fait, pour lui, de travailler à l’A14 : service des morts non élucidées de Londres (et j’imagine un des plus durs) n’est pas un hasard : il le fait bien, certes, mais visiblement trop à sa façon.

Vous l’aurez compris, il est ici inutile de s’attarder sur l’histoire en elle même tant elle frôle le classicisme. Retenons ce livre pour l’ambiance qu’il dégage : les décors urbains glauques, les bordels, la folie d’un tueur particulièrement cinglé et brutal… Et surtout la descente aux enfers d’un flic déjà borderline qui se persuade que ce dossier est personnel et met toute son âme et ses ressources dans la résolution de ce cas…

Et même si tous ces éléments vous paraissent lus et relus, laissez vous tenter par la découverte d’un auteur doté d’une puissance d’écriture phénoménale qui vous fascinera littéralement.

J’étais Dora Suarez de Robin Cook (Rivages/Noir, 1990)