20131119

Les voisins ont peur de vieillir (sociologie de palier)

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Pourquoi je vous parle des voisins ? Parce qu’ils sont la parfaite illustration de mes précédentes chroniques.
Je les soupçonne fortement d’avoir peur de vieillir. Voir d’avoir peur de la mort.
Surtout le week end. Dans la nuit de samedi à dimanche. Jusqu’à sept heure du matin.
Ils sont terrifiés.


Les voisins du 1er étage sont rigolos.
Ils vivent en colocation à 6 comme je rêvais de le faire quand j’avais quinze ans.
Ils ont mis Power Rangers sur la sonnette de l’interphone: c’est drôle.
Ils ont collé une photo d’un bonhomme ©Lego sur leur porte d’entrée: c’est leur coté artiste.
Ils habitent dans un quartier ou le m2 se négocie actuellement à 14.000 euros: c’est chic.
Ils ont des métiers d’adultes. Ils sont journalistes, architectes, et plein d’autres trucs sérieux. Ils fument, ils boivent, ils font la fête, ils sont cool: ils sont rigolos ces voisins. Ils sont rigolos, parce qu’ils ont trente ans.
Dans l’immeuble, il y a des vieux et des moins vieux. Il y a des familles et des retraités.

ET PUIS IL Y A LA COLOC…

meschersvoisins
Ça fait peur une coloc. Ça fait du passage, ça fait du bruit, ça dégrade. C’est comme une bande de jeunes, sauf que ça squatte pas les halls, ça paye son loyer. Une colocation dans un immeuble haussmannien, c’est comme un bar à chicha à Colombey-Les-Deux-Eglises, ça fait jaser.
Ils sont gentils, les voisins. Propres sur eux. Genre jeunes qui ont fait de bonnes études et qui travaillent dans les métiers un peu hype. Ils donnent envie d’utiliser les mots « hipster » ou « génération Y« , mais c’est aussi galvaudé que « bobo« , il n’y a plus que le Nouvel Obs pour parler comme ça.
Bref, les voisins du 1er étage sont des trentenaires en coloc un peu branchouille. C’est rigolo mais ça casse pas trois pieds à un lit ©Malm.

Pourquoi je vous parle des voisins ? Parce qu’ils sont la parfaite illustration de mes précédentes chroniques!

Je les soupçonne fortement d’avoir peur de vieillir. Voir d’avoir peur de la mort.
Surtout le week end. Dans la nuit de samedi à dimanche. Jusqu’à sept heure du matin.
Ils sont terrifiés.

SURTOUT LE WEEK END

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L’immeuble vibre. Les murs tremblent. La cour intérieure résonne. La cage d’escalier rythme des entrées et sorties des invités venus partager l’angoisse qui les étreint.
A l’âge où les humains payent une fortune des baby-sitters qui garderont leur écran plat, font des dîners sophistiqués trouvés sur marmiton.org, grignotent des plateaux-repas sous la couette et jouent à devenir comme leurs parents, les Power Rangers du 1er n’ont pas déposé les armes et continuent à se battre contre le temps qui passent.
Ils ne vieilliront pas tant que la musique sera forte, ils ne vieilliront pas tant que les joints et l’alcool leur feront tenir des discussions où l’on refait le monde autrement qu’en Ikea. Ils ne vieilliront pas tant qu’ils se coucheront plus tard que tout le monde. Ils ne vieilliront pas tant que Paris dort encore. Ils ne vieilliront pas tant que les voisins râleront.
Car si les voisins sont de vieux cons, alors ils resteront à jamais des jeunes cons.

Ils pensent que vivre comme des ados conjure le sort, ralentit les heures. Ils espèrent que dans leur île aux enfants du 1er étage, Peter Pan et Casimir resteront à jamais à l’after.

Mais dimanche matin, la petite du 2ème est allé chercher le pain. Et en passant, elle s’est amusé à scotcher la sonnette des Powers Rangers. Il était 9h. Petite vengeance d’enfant. Elle a peu dormi à cause du bruit. Mais elle s’en moque. A son âge, on récupère vite.
A l’intérieur de l’appartement, rien ne bouge, chacun espère que l’autre va s’en occuper. Les corps sont lourds, la gueule de bois tenace. Et cette sonnette qui reste bloquée…
Lève-toi vite, camarade, le vieux monde est devant toi.