20131122

Quai d’Orsay, une comédie un peu sage mais réussie

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Que demander de plus, à une comédie, que de faire rire. Oh! pas toujours, certes, mais suffisamment pour faire de ce Quai d’Orsay, adapté de la BD éponyme, un film sympathique et souvent drôle. En clair, un bon divertissement.


Que demander de plus, à une comédie, que de faire rire. Oh! pas toujours, certes, mais suffisamment pour faire de ce Quai d’Orsay, adapté de la BD éponyme, un film sympathique et souvent drôle. En clair, un bon divertissement.

C’est une prouesse rare. Que de rater une bande-annonce… Celle de Quai d’Orsay est plate et sans invention quand le film, lui, est en réalité plutôt réussi. Enlevons le « plutôt » : il est réussi tout court. Certes, on pourra trouver bien des objections, en notant les défauts – ils existent – mais il n’empêche.
Bertrand Tavernier signe une belle adaptation de la BD de Christophe Blain et Abel Lanzac. Deux mots, « adaptation » et « BD » qui, pourtant, souvent associés, donnent rarement du très bon. C’est donc tout à l’honneur de Tavernier que d’être parvenu à en faire une jolie comédie, souvent drôle, et savamment rythmée.

UNE ODE AUX FONCTIONNAIRES DE L’OMBRE

Une belle surprise, en somme, même si on peut regretter que Tavernier reste très mesuré avec le monde politique, se refusant d’engager son film dans une voie plus féroce. Donc plus mordante. Chaque coup de griffe donné se voit en effet contrebalancé par un coup de langue, parfois un peu trop baveux pour être honnête.
Pour dire les choses autrement, son Quai d’Orsay n’est pas un film de vieil anar voulant à tout prix faire sauter la République. Il est, au contraire, une ode à tous ces fonctionnaires de l’ombre, dévoués, petites mains anonymes, mais ô combien essentielles à la bonne marche de la diplomatie française.
Le ministre, lui, et par extension les hommes politiques, sont un poil plus égratignés. Mais gentiment, alors. Tellement gentiment que même Villepin, qui a très officiellement inspiré la BD, trouve ça « très proche de la réalité », suivant l’aveu de Tavernier, c’est dire…
Dans le film, le ministre des Affaires étrangères s’appelle Taillard de Worms, et pas Villepin, mais c’est son portrait tout craché. L’homme est fantasque, plein de panache et imbibé de l’Histoire de France. Ce n’est pas lui qui parle. C’est la France. Une France puissante et dynamique, qui n’existe plus vraiment. Le ministre n’en a cure. Elle existe encore si on la fait vivre, c’est aussi simple que cela. Exalté, il est prêt à dire tout et son contraire, suivant son humeur.

 LA FRANCE, VIEUX PAYS D’UN VIEUX CONTINENT…

Son grand sujet du moment, c’est la guerre en Irak qui se profile. Nous sommes en 2003, et les « néocons » Américains sont bien décidés à en finir avec Saddam. Taillard de Worms doit porter la voix de la France à l’ONU. Un enjeu à sa hauteur, enfin. Bien plus que de faire gouzi-gouzi avec son minable et insignifiant homologue Danois. Le ministre veut briller. « La France, vieux pays d’un vieux continent… »
Quai d’Orsay, c’est l’histoire de ce discours. De sa rédaction. De la vie du ministère en somme. On suit ainsi, outre Taillard de Worms, l’ensemble des membres de son cabinet et ses conseillers. Une merveille de machinerie parfaitement huilée bien que, de prime abord, bordélique à souhait. Les conseillers, professionnels jusqu’au bout des ongles, maîtrisant toutes les subtilités techniques et politiques de leurs dossiers, sont là pour, doucement, subtilement, faire « atterrir » le ministre vers des points de vue disons… plus diplomatiques.
Et ça avance, même si c’est chaotique. Ça avance même si le ministre est là, complètement exalté. Ça avance même, figurez-vous, grâce au ministre. Il apporte son souffle à sa fonction. Une petite étincelle dont ses hommes, derrière, dans l’ombre, se nourrissent. « La France, vieux pays d’un vieux continent« . Le discours est parfait. A vous foutre la chair de poule.

LHERMITTE VAUT MIEUX QUE SON IMAGE 

quai stabilos

Voilà pour le cadre général. Place, maintenant, au vif du sujet. Au cœur du problème si on peut dire : Thierry Lhermitte… Un jour, il faudra prendre le temps de se pencher sur le pourquoi d’une si mauvaise réputation. Lhermitte à l’affiche d’un film, c’est l’assurance de recueillir, avant même d’avoir vu la moindre séquence, une volée de critiques acerbes. L’homme n’est pas une quiche pourtant. Il a quelques bons films à son palmarès. Bizarre, bizarre… Je ne suis moi-même pas exempté de cet a priori. Et, il faut avouer, les extraits de la bande-annonce ne rassurent guère.
Pourtant, dans Quai d’Orsay, il se débrouille pas mal du tout. Il incarne avec cohérence le ministre, et se montre même franchement hilarant dans quelques scènes phares. Celles avec les stabilos jaunes, par exemple, vraiment très drôles. Le ministre ne jure que par ces stabilos. Qui lui servent à annoter, surligner, tous les documents qui passent sous ses yeux. Même les écrans d’ordinateurs, parfois.
Lhermitte, à ce petit jeu du burlesque, excelle. Il n’est d’ailleurs jamais meilleur que dans l’excès. Quand il déboule en coup de vent, claquant les portes et faisant voler les papiers dans les pièces. Il est en revanche moins convaincant quand il s’engage dans des tirades plus longues, des scènes plus sérieuses.

A ce titre, la scène de fin, celle du fameux discours devant la tribune de l’ONU, est ratée, avec un Lhermitte qui ânonne son discours quand l’original, Villepin, se montrait plus flamboyant. Une manière, cela dit, pour Tavernier, de mettre le ministre dans l’ombre pour, une fois n’est pas coutume, mettre en avant ses conseillers.

TRES IMPRESSIONNANT ARESLTRUP 

quai global

Il y a là  le jeune Arthur Vlaminck (Raphaël Personnaz), engagé justement pour se charger du « langage ». En clair, écrire les trames des discours… C’est lui le fil rouge du film. On entre, avec lui, dans ces coulisses assez folles du Quai d’Orsay, ruche où l’on s’affaire jour et nuit… On suit un extraordinaire Niels Arelstrup, dans le rôle du directeur de cabinet, ombre magnifique qui sert de pilier à la lumière du ministre. Son éminence grise. Celui qui tient la baraque. Aussi flegmatique que le ministre est fantasque. Aussi retenu qu’il est volcanique. Arelstrup est très impressionnant dans ce rôle. En parfait contre-emploi de ce qu’on imagine de lui. Un rôle bien plus important, dans sa filmographie, qu’il n’y paraît.
On suit, aussi, dans la cohorte des conseillers, un très bon Bruno Raffaelli, dans le rôle du spécialiste du Proche-Orient. Il connaît tous les petits détails de la région. Son savoir encyclopédique est la meilleure arme pour désamorcer les conflits, éviter que cette poudrière ne saute à la gueule du monde entier. Et son boulot, à ce pauvre conseiller, est de tempérer les ardeurs du ministre. Et d’éviter ainsi qu’il ne dise, ou fasse trop de conneries.
Raffaeli, par sa présence bonhomme, s’inscrit, comme Arelstrup, en parfait contrepoids du ministre. Un savant jeu de bascule dont s’amuse Tavernier dans ses ruptures de rythme. Tavernier qui, au final, livre un film sympathique. Pas d’une audace folle dans sa mise en scène, mais néanmoins efficace. Un bon divertissement, qu’on aurait aimé voir plus audacieux, avec davantage de parti pris. C’est un peu trop sage, un peu trop propre, mais efficace.