20131217

Casse-tête chinois, casse-gueule mais réussi

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Attention, terrain glissant. Dix ans après le succès de L’Auberge espagnole, faire une suite… Casse-gueule, sur le papier, ce Casse-tête chinois. Mais, sur la pellicule, en réalité plutôt plaisant à suivre.


Un film avec des morceaux de Schopenhauer, de Hegel et de « vieux françois » dedans. Du rire, aussi. Pas tout le temps, pas toujours, mais un peu quand même. Suffisamment pour faire de ce Casse-tête chinois un film réussi. Pas inoubliable, ça non, mais réussi. Ce qui n’est déjà pas si mal.
D’autant que ce n’était pas forcément gagné. Les suites de film, au cinéma, même quand elles ne disent pas leur nom, ça fait peur. Il est si tentant d’y voir le résultat d’un manque d’imagination… Cruel symptôme Bronzés 3.
Klapisch évite cet écueil, grâce lui soit rendue. Il fait même mieux. Le garçon a un certain talent pour signer des films générationnels. Et, dix ans après L’Auberge espagnole, il parvient, plutôt très agréablement, à faire vieillir ses personnages. Xavier, Isabelle, Martine et Wendy ont pris dix ans dans la tronche. Ça ne se voit pas trop, il faut avouer. Ni physiquement ni, surtout, moralement. Ils ont beau flirter avec la quarantaine, ils sont toujours aussi immatures, ces quatre-là.

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59 euros la livraison Ikea nan mais sérieux, faut pas déconner

UN SCENARIO TRES CALIBRE MAIS QUI TIENT LA ROUTE

Xavier se sépare de Wendy. Laquelle Wendy ne trouve rien de mieux que de s’énamourer d’un Américain. Du coup, hop, voilà-t-il pas qu’elle s’installe à New York, avec ses deux enfants. Et donc Xavier aussi, par contrecoup, pour rester pas trop loin de sa famille. A Chinatown en l’occurrence. D’où le titre, tout s’explique, c’est magique. Il retrouve, là-bas, Isabelle, qui vit avec son amie, veut un enfant, et demande à Xavier de bien vouloir se prêter, s’il te plait, allez, s’il te plait, au petit jeu du donneur de sperme. Bref, une vie un brin compliquée. Oui oui, c’est ça, un casse-tête – hop, double ration d’explication au titre…
A la clé, quelques situations qui, si l’on ne fait pas trop la fine bouche, sont assez plaisantes. Rien de bien transcendant mais, en dépit de grosses longueurs – quasi 2h de film, c’est long – un bon moment quand même.
Il y a d’abord New York, bien filmé, en dehors des sentiers battus. On échappe aux sempiternelles vues sur ses gratte-ciel. Cela change un peu… Il y a, aussi, un scénario qui tient la route. Gentiment calibré, certes, avec un gros creux en plein milieu mais, dieu merci, une fin qui s’emballe et permet de rester sur une bonne impression. Les dialogues sont franchement pas mauvais non plus. Et, enfin, la mise en scène de Klapisch est bien maîtrisée, avec quelques effets de style plutôt sympathiques. Pour dire les choses autrement: de jolis plans qui viennent prouver que le réalisateur sait faire des films.

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On a repeint la cuisine en Celadon bleuté de chez Farrow and Ball sympa hein?

DES ROLES FEMININS QUI NE SONT GUÈRE QUE DES FAIRE-VALOIR

Après, il est de bon ton de critiquer le cinéma populaire. Parce qu’il l’est, populaire, justement. On s’insurge contre les facilités – il y en a : la scène du don de sperme, par exemple, on l’a déjà vue mille fois que c’en est presque affligeant – mais il faut passer outre. Prendre du champ. Observer l’ensemble. Et juste se remémorer son état d’esprit en sortant de la salle de cinéma.
Dans ce cadre alors, oui, pardon, mais oui, ce Casse-tête chinois est réussi. Romain Duris (Xavier) trouve là un rôle parfait pour lui. Mi-léger, mi-sérieux. Mi-classe, mi-négligé. Avec son petit harem autour de lui pour le mettre en valeur. Un homme qui s’échine à jouer à l’adulte, mais est sans cesse rappelé à son état de vieil étudiant par ses copines des glorieuses années Erasmus à Barcelone.
Nostalgie, quand tu nous tiens… Et ambiance petit bilan d’une vie, aussi. C’est peut-être là que le bât blesse. Car ils ont beau qualifier leur vie de « compliquée », elle n’est quand même pas si mal. Ça pue un peu le pognon facile, faut avouer: un écrivain à succès, une auteur de scénar, une businesswoman, et une autre, dont on ne sait pas trop ce qu’elle fout mais qui vit dans un sublime loft à New York… Pas très crédible, tout ça. Mais bon, passons. Ils ont leurs petits tracas, eux aussi. Et c’est plaisant à suivre.

Que c'est dur d'être un bobo quarantenaire, pfffff

Que c’est dur d’être un bobo quarantenaire, pfffff

Tout juste si l’on peut regretter que les rôles féminins ne soient guère autre chose que des faire-valoir. Kelly Reilly (Wendy) a droit, la pauvre, à une version assez caricaturale de la femme hystérique, quand Audrey Tautou (Martine) doit, elle, se coltiner une scène en chinois qui frise le ridicule. C’est, heureusement, loin d’être l’ambiance générale du film. Ces quelques lourdeurs sont balayées par de jolies trouvailles qui suffisent à faire de ce Casse-tête chinois un film très regardable, à défaut d’être génial.