20131219

« Là où le soleil ne se lève jamais », un peu de soleil dans ce monde de brute

laoulesoleilneselevejamais

Encore une fois, on ne peut que se réjouir de l’audace des éditions Rivages / Noir. Cette boîte a eu le génie de ressortir des traductions de certains romans de Scerbanenco. (A vos souhaits). Cette plume née en 1911 et disparue en 1969 est considérée comme le pape du roman noir italien (pape -> italien, vous l’avez ?).


Encore une fois, on ne peut que se réjouir de l’audace des éditions Rivages / Noir. Cette boîte a eu le génie de ressortir des traductions de certains romans de Scerbanenco (à vos souhaits). Cette plume née en 1911 et disparue en 1969 est considérée comme le pape du roman noir italien (pape -> italien, vous l’avez ?).

Écrivain prolifique, aussi bien dans le roman sentimental que dans le plus noir des écrins, ce padre du stylo a cependant su adapter son style très particulier à une multitude d’intrigues. Il a mêlé éléments populaires et personnages profonds tout au long de sa carrière.

LES AVENTURES D’EMANUELA

Ainsi en est-il des courtes aventures d’Emanuela Sinistalqui, fille d’un aristocrate italien récemment disparu. Emanuela est accusée d’avoir été complice d’un vol et a fui vers Rome pour une petite visite amoureuse. Rien de bien méchant, plutôt pour expliquer à son amoureux son innocence (et ensuite le reconquérir). Mais hélas. La police retrouve Emanuela rapidement et le roman débute lors de son arrivée à l’institut de rééducation pour jeunes délinquantes. Bim. C’est là que les ennuis et l’intrigue commencent. Ce centre est un véritable enfer sur terre. L’ensemble des gamines pensionnaires de cette espèce de maison de correction ont comme principale activité de pourrir littéralement les nouvelles venues tout en faisant leurs dents sur les plus faibles du groupe. 

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Scerbanenco est très méticuleux dans ses descriptions de mineures enfermées malgré elles et vivant au sein d’une espèce de prison. Il soigne particulièrement le portrait psychologique de son héroïne, Emanuela, qui sait autant se montrer résolument déterminée que psychologiquement faible et désarmée face à certaines situations. Très « Well-balanced », comme disent les anglais, avec l’accent. 

UN POLAR SOCIAL

Le roman est très descriptif, l’intrigue est minimaliste (et parfois caricaturale) mais les émotions sont traitées avec tellement de profondeur que le livre en devient passionnant : cette fille va t’elle échapper à l’engrenage de la machine judiciaire, va t’elle retrouver son amour sans perdre son innocence enfantine (et combien de plumes laissera-t-elle pendant son « road trip » ?). Le livre relève très clairement de la catégorie du polar social. Ne vous attendez pas à un roman violent bourré de psychopathes sanguinaires typiques de cette rubrique. On se rapproche ici du roman à l’eau de rose : une seule « scène d’action », rudement bien menée, par ailleurs, et deux personnages amoureux l’un de l’autre qui parviennent difficilement à se comprendre !! Très réel donc.

Un peu de sensibilité dans ce monde de brutes, un peu de douceur dans ce monde agressif, ça ne peut que faire du bien n’est ce pas ? Si vous pensez que non, vous êtes un bisounours. Félicitations. Honnêtement, je n’avais encore jamais rien lu de pareil. Avouons que c’est une véritable découverte littéraire.

Sachez par ailleurs que cet écrivain a été moult fois adapté au cinéma avec plus ou moins de succès par des cinéastes importants comme Yves Boisset (Cran d’arrêt) ou encore Lamberto Bava, preuve de sa puissance d’écriture.

Là où le soleil ne se lève jamais de Giorgio Scerbanenco (Rivages / Noir 2013 )