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Les garçons et Guillaume, à table… et à voir, surtout !

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Ce n’est pas un chef-d’oeuvre, c’est bourré de petites imperfections, mais ça reste très joyeusement jouissif. Ce premier film de Guillaume Gallienne, tiré de son spectacle, est une belle réussite. Souvent très drôle, parfois touchant.


Ce n’est pas un chef-d’oeuvre, c’est bourré de petites imperfections, mais ça reste très joyeusement jouissif. Ce premier film de Guillaume Gallienne, tiré de son spectacle, est une belle réussite. Souvent très drôle, parfois touchant.

Jouer à Sissi et à l’archiduchesse Sophie, déguisé dans sa chambre, quoi de plus normal? Ce n’est ni mieux, ni pire, que de jouer avec des poupées Barbie après tout… Oui mais voilà, Guillaume est un garçon, et ça passe mal, très mal. En tous cas, chez son père, ça passe mal. Sa mère, elle, elle trouve ça plutôt normal. Enfin disons qu’elle s’en tamponne joyeusement.
L’expression « Les garçons et Guillaume, à table!« , vociférée dans les longs couloirs bourgeois de la demeure familiale, vient d’elle. C’est dire si elle l’a fait sienne, la petite particularité de son fiston. Guillaume, enferré dans un corps de garçon, est une fille. Sa fille. Presque son jouet.

DE GRANDS MOMENTS DE GRACE

Voilà pour le pitch, assez effarant, du premier film de Guillaume Gallienne. Largement autobiographique, et surtout tiré de son spectacle, joué à partir de 2009, ce « Les garçons et Guillaume, à table! » est pour le moins déroutant.
Un Ovni. Peut-être même pas un film. Plutôt une psychanalyse en direct live. Très inégal, flirtant durant toute sa première partie avec les écueils d’une seule succession de sketchs, le film trouve, sur la fin, des moments de grandes grâces, et en devient touchant. Troublant. Donc intéressant.
Et drôle aussi, drôle surtout. Là où on s’y attend le moins. Comme pour mieux faire crever l’abcès, qui aurait pu alors se former. On oublie la théorie du genre, on oublie tout ça, ces sujets sérieux, souvent douloureux, et on plonge dans la comédie. Guillaume Gallienne, c’est déjà bien, a su éviter ce piège. Son film reste léger, flottant bien haut au-dessus de la ligne de gravité. Du burlesque pur. Rarement génial, mais toujours efficace.

GALLIENNE, DANS LE ROLE DE SA MERE, ECLIPSE TOUT

gallienne droite

Et Gallienne, dans tout cela, n’est jamais aussi bon que quand il joue… sa mère. C’en est bluffant d’exactitude et de maîtrise. A des années-lumière de la triste caricature habituelle d’un homme endossant les costumes d’une femme. Il faut dire que c’est quelqu’un, sa mère. Une tornade. Quelque-chose entre la grande bourgeoise, coincée du derche, et la poissonnière, au langage de charretier (ou le contraire, c’est selon: la charretière, au langage de poissonnier).
Bref, c’est du grand art, et cela éclipse tout. Cela éclipse même, et c’est quand même très paradoxal, Gallienne quand il joue… Gallienne. Normal, cela dit, puisque le rôle exige de se placer sous la férule, dominatrice, de la mère. C’est cela qui déroute, d’ailleurs. Pas tant ces rapports mère-fils – inépuisables – mais le fait que le film les traite de manière linéaire.
Je m’explique. C’est Guillaume Gallienne, adulte, qui revient sur son enfance, et la filme, mais tout en jouant lui-même son personnage. Gnn? Vous n’avez rien compris? C’est normal, au début moi non plus. Pour dire les choses plus simplement, le Guillaume Gallienne d’aujourd’hui, avec son physique d’homme – le garçon a maintenant dépassé les 40 ans, eh oui, ça file ma bonne dame, ça file – joue le rôle d’un enfant. Lui, mais plus jeune.

UN ENFANT POUR JOUER LE ROLE, ET GAGNER EN CLARTE?

gallienne gauche

C’est bon, maintenant, tout le monde suit? Bon. Eh bien alors disons que c’est déroutant. Et que, peut-être, je dis bien peut-être, aurait-il pu prendre un acteur – un petit nenfant – pour jouer son rôle, jeune. Le film en aurait gagné en clarté. Et moi avec.
Qu’on se rassure, cela dit. Le résultat est malgré tout très positif, avec des scènes franchement hilarantes. Dans le lot, en vrac, et sans déflorer le film, quand il s’imagine dans la peau de Sissi et de l’archiduchesse Sophie, quand il est en pension ou quand il se rend en Bavière. Les dialogues, toujours justes, souvent savoureux, donnent un joli rythme à l’ensemble, qui mérite amplement d’être vu.