20131202

Quelque chose de pourri au Royaume d’Angleterre

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Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir, dans les rayons d’un bouquiniste parisien, ce livre de Cook et, de surcroît, d’occasion. Mon dernier roman dévoré, et « analysé » ici-même, est « J’étais Dora Suarez », du même auteur… Et j’en frissonne encore en l’évoquant, tellement ce titre m’a réellement marqué!


Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir, dans les rayons d’un bouquiniste parisien, ce livre de Cook et, de surcroît, d’occasion. Mon dernier roman dévoré, et « analysé » ici-même, est « J’étais Dora Suarez », du même auteur… Et j’en frissonne encore en l’évoquant, tellement ce titre m’a réellement marqué!

Sans hésiter, alors, je me suis plongé dans ce « Quelque chose de pourri… ». Et je suis passé par un certain nombre d’étapes, oscillant constamment entre espoirs, déceptions et joies… Bref, vous l’aurez compris, une lecture pas de tout repos.

UN TITRE EXCEPTIONNELLEMENT LONG

Comme d’habitude chez Robin Cook, les intrigues ne sont pas des plus développées. Ne vous attendez donc pas à mille rebondissements et encore moins dans ce livre au titre particulièrement intrigant et exceptionnellement long dans sa traduction française – dans sa langue d’origine, cela donne un plus sobre « A State of Denmark ».
Le livre a été rédigé dans les années 70, époque de fortes contestations sociales (en Angleterre entre autres), et où les dictatures existaient encore en Europe. Il appartient à cette catégorie littéraire de l’uchronie politique, assez classique. Ici, l’Angleterre est tombée sous le joug du Premier ministre Jobling, lequel met gentiment en place sa dictature après s’être désolidarisé de l’Ecosse et du Pays de Galles.
Richard Watt, ancien journaliste politique anglais, farouchement opposé à Jobling, a fui le pays pour l’Italie avant la prise de pouvoir de ce dernier, non sans avoir critiqué le futur dictateur. Il va tout perdre lorsque ses ennemis, désormais dotés des pleins pouvoirs, vont venir le chercher de force.

DES DEBUTS POUSSIFS MAIS CA S’AMELIORE TRES VITE

Contrairement à « Dora Suarez » j’ai été déçu par le début du livre, où Watt, réfugié en Italie, réfléchit sur son sort et celui de son pays, seul, sous forme de dialogues. Ses réflexions m’ont paru légèrement enfantines et puériles.
Mais l’intérêt du livre monte progressivement en puissance et Cook réussit parfaitement à décrire la colère de Watt, quand ce dernier est contraint de rentrer en Angleterre, privé de tous ses biens matériels, séparé de son amie, battu presque à mort… Au début, il lutte, se bat, provoque ses tortionnaires et cherche à les déstabiliser, avant de finir par réclamer – et attendre vainement – son procès. Son état psychologique se détériore au même titre que son état physique, et cela est remarquablement retranscrit. Cet homme, un battant pourtant, sûr de lui et de ses opinions, travailleur acharné, va se décourager, baisser la garde et tomber aux griffes de l’ennemi.

UN LIVRE COMPARE A 1984 D’ORWELL

La fin du livre est à ce titre insoutenable et terriblement attendue : que réserve Le Nouvel Elan (le mouvement du Premier ministre Jobling) à un opposant qui refuse de promouvoir internationalement et publiquement le parti? Qu’arrive-t-il aux réfractaires qui refusent de plier?
Le livre est comparé au « 1984 » d’Orwell. A juste titre bien que la portée politique des lignes de Cook soit moindre, et le propos ailleurs. L’auteur se concentre effectivement plus sur la solitude et la déchéance d’un personnage réduit à un état de solitude invivable.
Fiction politique, roman d’anticipation et véritable brûlot anti-régime liberticide, je ne peux que vous conseiller ce « Quelque chose de pourri au Royaume d’Angleterre ».

 

Quelque chose de pourri au Royaume d’Angleterre
Robin Cook (Rivages / Noir, 1970)