20140129

Au royaume de Jacky, l’ennui est roi

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Vous avez adoré Les Beaux Gosses? Pas sûr, malheureusement, qu’il en aille de même avec ce Jacky au royaume des filles, décevant de bout en bout.


C’est terrible de devoir dire du mal de quelqu’un qu’on adore. C’est même cruel. Dura lex, sed lex… Riad Sattouf, parfait de maîtrise et d’humour avec Les beaux gosses, rate complètement son Jacky au royaume des filles. C’est lourdaud quand ça se veut fin, presque grotesque quand ça se veut drôle… On en tremble de peine rien qu’en écrivant ces lignes. Et on en vient même à se demander si, du fait du souvenir, grandiose, qu’a laissé en nous Les beaux gosses, on ne voit pas en noir ce qui ne serait finalement que gris. Allez, grisâtre…
On se passe le film en tête, encore et encore, et doit tristement se rendre à l’évidence. A trop vouloir en faire, à trop vouloir calibrer son film, avec des gags qui n’en sont pas, Riad Sattouf est passé à côté. Cela manque cruellement de subtilité. Et, pire, c’est superficiel quand cela aurait pu – aurait dû – être une jolie et hilarante critique politique.

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UN PARTI PRIS, RATE, DU TOUT BURLESQUE

Une histoire de Cendrillon inversée, mâtinée de critique sociale se voulant acerbe. Nous sommes en République démocratique et populaire de Bubunne. Bubunne… Quelque-chose entre la Corée du Nord et l’Afghanistan des Talibans, les exactions sanguinaires en moins (encore que). Un Etat matriarcal où règnent les femmes, quand les hommes, eux, sont relégués à la maison et portent le voile. A la tête du pays, la Générale (Anémone), vieille acariâtre un peu agitée de la gâchette, qui entend bien laisser le pouvoir à sa fille, la Colonelle (Charlotte Gainsbourg).
Mais, avant cela, encore faut-il qu’elle trouve son « Grand Couillon » (c’est comme ça qu’on dit pour mari, en République de Bubunne), la Colonelle. Un Grand bal est donc organisé, avec tous les célibataires du pays. Jacky (Vincent Lacoste) est de ceux-là. Le prochain Grand Couillon, ce sera lui, c’est sûr. La seule manière de se sortir de son état d’être inférieur. Quitter sa vie pourrie, dans sa ville pourrie. C’est là, bien sûr, que les ennuis commencent, quasi tous calqués sur le mythe de Cendrillon, la pantoufle en moins.
Riad Sattouf, qui aurait pu donner à son film une portée politique intéressante, prend le parti du tout burlesque. C’est plein d’audace mais, aussi, sacrément casse-gueule. Car Sattouf, en traitant par l’ironie de sujets sérieux, prend le risque de s’enfoncer dans un mélange des genres pernicieux. Ce qui ne manque pas d’arriver, malheureusement. Cela se veut couillu, ça n’est finalement que couillon. Dommage.

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N’EST PAS JEAN YANNE QUI VEUT

Oh! on retrouve de petits airs, bien savoureux, de Jean Yanne parfois, dans la manière de filmer l’absurde : ainsi, en République de Bubunne, sachez-le, on place bien haut la spiritualité, tout entière tournée vers les… poneys, pardon, des Chevalins, qu’on adule et dont on invoque volontiers les arbitrages. Sauf que n’est pas Jean Yanne qui veut. Et ce même si le grand Jean Yanne, lui aussi, a commis quelques ratés retentissants, il faut avouer.
De quoi d’ailleurs se dédouaner d’être si cruel avec Riad Sattouf. Car, à y bien réfléchir, ce n’est pas lui qui est en cause. C’est son sujet. Une chance sur deux de se planter. Ou de réussir un chef-d’oeuvre, c’était selon. Pas d’autre alternative. On adhère ou non. On entre dans son univers ou on en est irrémédiablement exclu.
Je me suis moi-même exclu du mouvement. D’emblée. Refusant de croire une seule seconde à cette farce, cette potacherie, qui nous est offerte.

DES PROMESSES NON TENUES

C’est dommage car j’y allais avec joie, heureux de retrouver la bande à Sattouf. On en retrouve un bon nombre, embarqués dans l’aventure de Bubunne. Vincent Lacoste (Jacky) et Anthony Sanigo, notamment, tous les deux sans grande envergure ici. Le casting est élargi à de plus grandes têtes d’affiche. Dans le désordre. Charlotte Gainsbourg, qui semble gentiment cachetonner sans rien vraiment donner. Valérie Bonneton, qui devait souffrir d’une grave rage de dents, tant on ne comprend à peine qu’un mot sur deux de ce qu’elle baragouine. Didier Bourdon, engagé dans une sorte d’auto-caricature un peu gênante pour lui. Michel Hazanavicius, excellent lui – c’est le seul j’en ai peur – dans un rôle de révolutionnaire défenseur des droits de l’homme (au sens strict du mot: l’homme, avec un petit « h » et une grosse b…). Et, enfin, Anémone, parfaite dans ses premières apparitions en tant que Générale, mais dont la présence s’essouffle ensuite.
En somme, d’ailleurs, une Anémone qui résume à elle seule parfaitement le film. Prometteur au début, mais qui peine à tenir sur un bon rythme jusqu’à son terme. Si bien que l’on s’ennuie malheureusement, et ce en dépit de quelques passages rigolos.