20140124

Impact, le Bourne qui se moque de Kennedy

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Philip Kerr ? Je l’ai découvert en lisant les premiers – et les derniers – tomes de sa trilogie berlinoise. Progressivement, je suis tombé amoureux de son détective antihéros, véritable star de l’entre deux guerres : Bernie. (Rien à voir avec le hérisson de Spontex) Avec du recul, je crois que l’écriture de Kerr est […]


Philip Kerr ? Je l’ai découvert en lisant les premiers – et les derniers – tomes de sa trilogie berlinoise. Progressivement, je suis tombé amoureux de son détective antihéros, véritable star de l’entre deux guerres : Bernie. (Rien à voir avec le hérisson de Spontex) Avec du recul, je crois que l’écriture de Kerr est appréciable. Sans être compliquée, elle reste riche. Sans être véritablement drôle, elle réserve une bonne part d’ironie et d’humour noir à qui y est sensible. 

Sans hésiter, je me suis précipité sur cet ouvrage dont l’intrigue se situe à nouveau pendant une période « trouble » de l’histoire : les années 60 aux Etats-Unis. Epoque ou le pays se voit contraint de composer avec un futur président coureur de jupons (Kennedy), les différentes organisations gouvernementales rivales (CIA, FBI…), les Cubains – un certain Castro « le barbu », et la mafia italienne extrêmement bien implantée dans ce paysage. (Paysage qui laisse rêveur, on est d’accord)

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« simple à dire, mais pas facile à vivre »

Tom Jefferson est un ancien marine d’élite reconverti en tueur à gages de qualité puisqu’il alterne entre contrats privés et publics. Oui, il tue pour la Mafia et il lui arrive encore de tuer pour le compte de l’Etat américain. Ne demandez pas comment cela est possible, nous dirons simplement que l’époque le permettait, probablement (et puis c’est un roman, donc il n’y même pas de question à se poser, Ok?). Embauché par un proche de la CIA et la mafia pour tuer Castro, juste avant l’épisode calamiteux de la « baie des cochons », Tom va se retrouver impliqué dans une histoire invraisemblable où de multiples protagonistes se croisent, se mélangent et s’entremêlent. Pour résumer : la Mafia comme le gouvernement voudra sa peau. C’est simple à dire, mais pas facile à vivre ! Je vous laisse le plaisir de progressivement démêler l’imbroglio que constitue son aventure, mais Oh-Gosh-croyez-moi-believe-me, attendez vous à des rebondissements, des intrigues parallèles, des retournements de vestes et quelques autres réjouissances macabres à souhait. Et même du suspens !

« juste un type en fuite et sans attache que tout le monde recherche »

Finalement, Impact est plus proche du roman d’espionnage que du récit purement « hard boiled » américain – type « Une balle dans la tête / Revanche / Vengeance» de Dan Simmons (ouvrages extrêmement recommandés par ailleurs, si vous ne les avez pas lus). Ici, attendez-vous à des dialogues précis et extrêmement nombreux entre barbouzes (tous plus pourris les uns que les autres, cela va sans dire). S’il arrive à s’en différencier, Impact se rapproche des romans d’Olen Steinhauer ou encore de la trilogie Jason Bourne de par son approche fuite/cavale et son aspect international. Pas d’explosions dans tous les sens, ni scènes de cul à la SAS (Les voyeurs iront ailleurs). Non, juste un type en fuite et sans attache que tout le monde recherche. Une traque au fantôme en quelques sortes. 

Je soupçonne également les éditions du Masque d’avoir cherché à surfer sur le 50e anniversaire de la mort de Kennedy pour ressortir ce livre originellement publié en 1999 : la couverture du livre parle d’elle même. Les archives étant désormais connues il est aujourd’hui plus aisé de présenter ce brave homme comme un véritable coureur de jupons, certes extrêmement populaire mais largement contesté au sein de sa propre administration et pétri de contradictions. Kerr s’en donne à coeur joie dans son récit et prend un malin plaisir à se moquer du 35e président des Etats-Unis (tout en restant courtois, rassurez-vous). A voir la quantité d’ouvrage sortis sur le sujet, on peut penser que c’est très 2013 de contester la légitimité de JFK, il doit par ailleurs se retourner dans sa tombe.

Impact de Philip Kerr aux Editions du masque (1999-2013)

 

Buc’h Hunter