20140120

Pourquoi je n’irai pas voir Joey Starr dans Une autre vie

Deux ans pour trouver le titre!

Le titre? A pleurer de rire. L’affiche? A vomir de mièvrerie. Les dialogues? A mourir d’ennui. Un film français dans toute sa triste splendeur.


PARCE QUE JOEY STARR DANS UNE BLUETTE, C’EST JUSTE RISIBLE

On ne maudira jamais assez Coluche. Sous prétexte que Coluche, à l’époque, s’est acheté une légitimité d’acteur en sortant de son registre, toutes nos célébrités vieillissantes veulent maintenant occuper ce créneau. On appelle cela faire son Tchao Pantin. Coluche passait du comique au drame, et Joey Starr passe du gros dur aux dents en or au sentimental à deux balles.

Ah nan zut, c'est pas la bonne jaquette!

Ah nan zut, c’est pas la bonne jaquette!

À la réflexion c’est même carrément terrifiant: Joey, que se passe-t-il ? Change d’agent, boudiou, il te veut du mal. C’est quoi l’étape d’après ? Le rôle titre d’un biopic sur Henri Salvador ? C’est ça que tu veux ?! M’enfin ! Joey, allons, allons, ressaisis-toi. Si tu passes par ici, appelle-moi. On fera de grandes choses ensemble, tu verras.
Je vois grand pour toi. Je vois Samy Naceri. Toi qui joues Samy. Un rôle de composition. La drogue, les bagarres. Putain, Joey, tu y seras à ton aise, tu verras. Et non, non, Joey je te vois venir d’ici. Tu veux prouver au monde que tu peux faire passer des émotions, c’est ça ? Tu veux  faire pleurer dans les chaumières. Mais on va faire pleurer, Jo, tu verras. Une descente aux enfers comme celle de Samy, bordel, y en a pas tant que ça.

Deux ans pour trouver le titre!

Deux ans pour trouver le titre!

PARCE QUE LES SCENARII QUI TIENNENT SUR UN TICKET DE METRO, CA SUFFIT

Joey, mon bon Joey. Tu veux faire pleurer dans les chaumières ? Ah ! mais mon pauvre, tu vas y arriver, crois-moi. Dans quel état tu étais en acceptant ce film, enfin ? Je cite le pitch: « Jean (c’est Joey), électricien, pose des alarmes dans des demeures du sud de la France. Il y rencontre Aurore, célèbre pianiste. Malgré leurs différences, ils tombent immédiatement amoureux l’un de l’autre et envisagent ensemble une autre vie. Jean veut quitter Dolorès, sa compagne de toujours. Mais celle-ci est prête à tout pour le garder… »

Franchement, Joey? Soyons raisonnable. On dirait le scénario d’un boulard à l’ancienne. Si encore c’en était un, pourquoi pas… On regarde rarement ça pour la qualité du script. Mais là, le pire, c’est que ça se veut sérieux. Je crains même que, du côté des scénaristes et du réal’, on se sente très intelligent d’avoir pondu ça.


Le scénariste (avec un accent à la Dali, me demandez pas pourquoi, c’est ainsi):

–   Mais si, tou verras, on va faire oune histoire d’amourrr romantique et poignante, mâtinée dé considérazionne soziaale, avec oune grandé  bourgeoise qui tombe amoureuse d’oune ouvrier. Oune homme manouel avec oune femme dé la haute soziété.

 Le réalisateur (qui se prend pour Godard)

–   Huuum… Pas mal, pas mal. Un homme, une femme. Une histoire impossible mais plus forte que tout. Huuuum… Huuuum…

 Le scénariste

–   Wouii, c’est ça, oune histoire d’amouurrr pyramidale et sphérique à la foââ.

 Le réalisateur

–   Oui. Et on appellerait ça « Une autre vie ». Comme un hommage à Claude Barzotti. Et pour l’affiche, on mettra un homme qui enlace une femme, un baiser en devenir, et la mer en fond. On a du budget pour filmer à Deauville ?

Joey en francishustérisation avancée

Joey en francishustérisation avancée

PARCE QUE DES DIALOGUES AUSSI FORTS, C’EST PLUS QUE L’HUMANITÉ NE SAURAIT SUPPORTER

N’écoutant que mon courage, j’ai regardé la bande-annonce. Je l’ai écoutée, surtout, puisqu’il n’y a strictement rien à voir. Et je n’ai pas été déçu.
Ceci est malheureusement authentique. Voilà ce qu’on peut entendre.


Elle, en grande tragédienne :

–   Ne me dis rien, je suis heureuse.

Lui, en pleine crise de Francis-Hustérisation :

–   Je ne suis pas sûr que tu sois heureuse.

Lui encore, plus tard, Francis-Hustérisation niveau 48 :

–   Vous n’êtes pas assez forte pour aimer.

EN REVANCHE… 

On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise. Imaginez un peu. Et si derrière ce mièvre Jean, joué par Joey Starr, se cachait un serial-killer sadique (pléonasme) ? S’il la tronchait à la manière de Nymphomaniac sa grande bourgeoise pianiste de mes deux ? S’ils formaient un couple SM, bien décidé à faire disparaître Dolorès, la femme bafouée ?
Et si, finalement, c’était avant l’heure directement inspiré de la vie de notre queutard de président ? Joey dans le rôle de François. Et, au milieu, la seconde dame qui cherche à se fritter avec la première ?

Alors là, oui, vraiment, oui, si c’est ainsi, j’irai voir.