20140106

Pourquoi je n’irai pas voir… Yves Saint-Laurent

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Yves Saint-Laurent aura droit, cette année, à deux biopics. C’est deux de trop si vous voulez tout savoir. Alors hop, ni une ni deux, je n’irai voir… aucun des deux. Non mais! Et que ce soit bien clair : le seul couturier dont j’accepterai un biopic, c’est Paco Rabanne, et personne d’autre.


PARCE QU’YVES SAINT LAURENT VIVANT JE M’EN COGNAIS DÉJÀ PAS MAL…

Mort, je ne vous raconte pas. Et je ne vous parle même pas de Pierre Bergé. Cela dit, quitte à choisir un biopic, il eut mieux valu Bergé. Au moins, l’histoire d’un gars qui voit tomber Prévert de sa fenêtre, un beau jour de 1948, en arrivant à Paris, cela peut donner une scène d’ouverture assez funky…
Mais YSL, sérieusement ? L’histoire, haletante, d’un dépressif qui dessine des robes ? Sur 1h40, j’ai peur que ça ne soit un peu longuet. A moins que… Oh ! Mon dieu, non ! Un accroc à la robe, là, juste là, avant le défilé ! Mon Dieu mais c’est terrible !
Non… Vraiment, non, c’est au-dessus de mes forces, je n’irai pas.

PARCE QUE LES BIOPICS SONT UN PEU AU CINÉMA CE QUE LE JAZZ EST À LA MUSIQUE (POUR EXTRAPOLER TONY WILSON)

Les biopics… On sait ce que ça vaut, hein. Oui ? Quoi ? Ah ! une réponse, vous voulez une réponse ? Vous avez vu Diana, vous ? Vous avez vu Jobs ? Hitchcock ? Jappeloup ? Cloclo ? La Dame de Fer ? The Lady ? Putain, The Lady… SÉRIEUSEMENT, quelqu’un a  vu The Lady de Besson ?
C’est bien simple, quand un scénariste n’a pas d’idée, il pond un biopic. Biopic, ça rime avec merdique. Et qu’on n’aille pas me dire que je suis de mauvaise foi. Sans déconner: La Môme… Quiconque normalement constitué a vu La Môme se trouve immunisé à jamais contre les biopics. Rappelez-vous comme c’était déjà chiant avec une chanteuse. Alors un couturier.
Non… Vraiment, non, c’est au-dessus de mes forces, je n’irai pas.

PARCE QU’UN FILM ÇA VA, DEUX BONJOUR LES DÉGATS

Quand bien même, d’ailleurs, je serais fan d’Yves Saint-Laurent – pourquoi pas, après tout ? Comment je sais, moi, quel biopic je dois aller voir ? Eh oui, car il y en a deux, oui. Celui-là, Yves Saint-Laurent, sorti le 8 janvier ? Ou Saint-Laurent, annoncé pour le 14 mai ? J’en sais fichtrement rien, moi. Et je ne vais quand même pas me coltiner les deux. Ça non alors. Tiens, ça me rappelle ce dilemme, terrible, de la Guerre des boutons revisité. Eh bien, à l’époque, j’avais tranché de manière radicale. Hop, ni une ni deux… aucun des deux. Zou, faut pas me provoquer, moi.
Pierre Niney ou Gaspard Ulliel pour incarner YSL ? Guillaume Gallienne ou Jérémie Renier dans le rôle de Bergé ? C’est trop me demander, tous ces choix. Je renonce. Hein ? Quoi ? Il n’y en a qu’un qui a l’assentiment de Bergé: c’est Yves Saint-Laurent ? Ah, voilà qui change tout…
Non, vraiment, non, c’est au-dessus de mes forces, je n’irai pas.

HALETANT OUI C’EST LE MOT QUE VOUS CHERCHIEZ
(essayons en remplaçant la musique par le générique des Feux de l’amour ou celui du Manège enchanté c’est encore plus violent)


En revanche…

Cela dit, avec un autre couturier, je ne dis pas… Paco Rabanne par exemple. Voilà un gars qui mériterait un biopic. J’ai le pitch en tête. Je suis prêt à le développer avec n’importe quelle boîte de prod’ qui passerait par ici. Une construction en flashback – c’est un biopic, oui ou merde ?

Paco, aujourd’hui. Bientôt 80 ans. Intérieur nuit. L’homme se déplace avec difficulté dans un long couloir, seulement éclairé, au fond, par une faible lumière déclinante. Vous l’avez, cette subtile allusion au couloir de la mort, la lumière blanche au bout du tunnel, tout ça ? J’ai un putain de talent, quand même. Continuons.

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Caméra de côté, qui suit les pas difficiles de Paco. Derrière lui, un homme. Non, une femme. Blonde. Gros seins. Mini-jupe ras la touffe. On va en faire des entrées, ça oui alors ! Elle trottine sur de hauts talons. Elle rattrape Paco, pose sa main sur son épaule. Musique. Coup de cymbale unique. Arrêt sur image. Puis reprise. La caméra zoome sur cette main en un mouvement saccadé. Nouvel arrêt sur image. Nouvelle reprise. La caméra pivote vers la femme. Zoome sur ses lèvres.

–   Vous êtes un grand couturier. Je vous admire. Je veux écrire sur vous.

Paco Rabanne se retourne. Son visage, impassible, n’exprime rien.

–   Vous me faites penser à moi quand j’étais Djedkhonsouefânkh, grand prêtre de la XXIème dynastie en Egypte ancienne. Toujours impatient…

Musique comme un coup de tonnerre. Lumière du couloir qui, au fond, vacille. Quelques mouvements de caméras, fébriles. Puis accélération. La caméra, comme hors d’elle-même, brise les vitres de la grande fenêtre et s’en va, affolée, dans la nuit noire parisienne. Elle suit, à une vitesse folle, les méandres de la Seine puis, soudain, plonge dans les eaux brunes.
Plus que le bruit de l’eau et celui, aussi, de la caméra qui semble s’enfoncer dans la vase, dans la terre. Quelques craquements sourds. Un peu de lumière. Quelques fragments, d’abord. Puis la caméra sort de terre comme une éruption. Lumière éclatante. Caméra enfin calmée, qui se tourne à droite, à gauche. Puis encore à droite et encore à gauche. Nous sommes en Egypte ancienne. An de grâce 1046 avant notre ère.
Ah ! ça a de la gueule, hein ?! Après on décline, sans trop se faire chier – c’est un biopic, oui ou merde ? – On alterne scènes d’aujourd’hui – Paco qui se confie à la jeune femme – et scènes d’hier. En jouant entre les épisodes de la vie normale d’un couturier et ceux de sa vie mystique – quatre ou cinq exemples de ses vies antérieures palpitantes – on devrait s’en sortir avec talent.
Et on finit, bien sûr, en apothéose avec Mir qui se casse la gueule sur Paris pendant l’éclipse solaire du 11 août 1999. On filme la scène, comme si cela s’était passé. Ambiance Mars Attacks. C’est génial, ça explose de partout. Cinq millions d’entrées ! Cinq millions de putains d’entrées ou je mange le script !
Tout est détruit. La Tour Eiffel achève de se consumer. Noir sur l’écran. Petite musique douce. Retour image avec un énorme gros plan sur l’iris de l’œil de Paco. La caméra s’en éloigne, très doucement et se fixe sur son visage. Aucune expression, toujours. Ah ! si, une, ça y est. Un petit rictus au bord de la lèvre. Le coin de l’œil qui, imperceptiblement se plisse, en un air coquin.

–   Bon, là je me suis un peu planté, c’est vrai.

Clap de fin. Générique. César. Oscar. Sept millions d’entrées.
Alors là, oui, vraiment, oui, dans ce cas là j’irai voir !