20140217

American Bluff, festival capillaire mais c’est à peu près tout

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Back to the 70’s avec American Bluff. Un film qui, cependant, si on lui enlève ses excès capillaires et vestimentaires, marche dans des sillons déjà bien trop creusés. C’est propre mais finalement très classique, sans surprise. Par conséquent, décevant même si cela se regarde sans déplaisir.


Attention, American Bluff, ça fait… mal aux yeux. Ambiance « back to the 70’s », avec fringues d’époque, cols pelle à tarte, papiers peints psychédéliques et art capillaire conçu sous LSD. Le grand retour, en somme, du bigoudi et du fer à friser. C’est peu banal et cela nous rappelle à quel point l’humanité revient de loin. À côté de ces années de folie pure, la guerre froide, avec ses index bouffis posés sur le bouton nucléaire, ce n’était rien d’autre qu’un banal épiphénomène. On aurait tous dû crever, étouffés sous les pantalons pattes d’eph. On est des survivants. Savourons-en le plaisir.
Oui mais voilà. Une fois qu’on s’est amusés — ou effrayés, c’est selon — de ces années 1970, que reste-t-il de cet American Bluff ? Sinon, d’ailleurs, le sentiment d’un grand bluff, justement. Le rappel du pitch est à lui seul parlant. « Irving Rosenfeld (Christian Bale) et sa complice, Sydney (Amy Adams), se retrouvent obligés par un agent du FBI, Richie di Masso (Bradley Cooper), de nager dans les eaux troubles de la mafia et du pouvoir pour piéger un homme politique corrompu. Le piège est risqué, d’autant que l’imprévisible épouse d’Irving, Rosalyn (Jennifer Lawrence), pourrait bien tous les conduire à leur perte. »

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BRADLEY COOPER EN BIGOUDIS

Vous avez l’impression d’avoir vu cela dix fois déjà ? C’est bien le problème. Et, il faut avouer, sans cette transposition dans les 70’s, avec le décorum baroque qui va avec, on s’ennuierait assez vite. David O’Russell, le réalisateur, livre en effet une mise en scène un peu plate. C’est sans surprise. Ni mauvaise, ce qui est bien, ni bonne, ce qui l’est moins…
L’intrigue est d’un grand classicisme. On en repère très vite les influences. Elles sont bien choisies cela dit. Mais American Bluff marche trop fidèlement dans leurs traces. Quelque chose entre Les Affranchis, pour le rapport à la mafia, et les films de Ben Stiller, pour le côté déconnant, second degré.
Pour ce qui est des Affranchis, la seule présence de De Niro justifie l’impression. Besoin d’un mafieux dans votre film ? Pas de problème, Bobby est là. Il y est très bon d’ailleurs, De Niro, dans un petit rôle. Mais n’en a-t-il pas marre de jouer encore et encore ce même mafieux italien ? C’est parfois lassant à voir, alors à jouer, on n’imagine même pas…
Mais tant que c’est bien fait, après tout, c’est l’essentiel. Il en va ainsi, d’ailleurs, pour le second degré, inhérent au film. Bradley Cooper retrouve, avec un plaisir qui déteint, ses belles années de Very Bad Trip. À ce titre, la scène du frisage de cheveux est particulièrement exemplaire. Et drôle, surtout.

JENNIFER LAWRENCE? SUBLIME AVEC LIVE AND LET DIE

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Et puisqu’on en est à entrer dans le détail — sans spoiler, qu’on se rassure… Il y a d’autres scènes très bonnes, qui viennent réveiller un intérêt sur le point de s’effriter, par la mauvaise grâce de longueurs quasi abyssales. La musique est ainsi très présente dans American Bluff. Et ce pour le meilleur. Surtout, O’Russell a l’intelligence de savoir marier cette musique au jeu de ses acteurs. Le film prend parfois, dans ces conditions, et c’est un putain de grand compliment, de belles allures de Pulp Fiction dans les scènes chantées. Enfin « chantées »… Disons que la musique part et que les acteurs, eux, chantonnent en playback.
C’est là que Jennifer Lawrence, avec Live and let die, trouve à s’exprimer dans le plus savoureux moment du film. On aurait d’ailleurs aimé la voir davantage, Jennifer Lawrence, parfaite dans le rôle de la ravissante idiote — plus ravissante qu’idiote, soit dit en passant. Car, si peu présente qu’elle soit, elle a en effet tendance à éclipser, à chacune de ses apparitions, une plus fade Amy Adams.
Quoi qu’il en soit, cet American Bluff repose quasi essentiellement sur les excès capillaires… pardon les épaules, de Christian Bale et Bradley Cooper, dont le duo fonctionne bien. La scène d’ouverture, avec un Bale méconnaissable dans la peau d’Irving qui, devant sa glace, se mue en artiste capillaire, donne le ton. Bale, excellent dans le tragi-comique, illumine le film de son aura. Sauf que, justement, à trop osciller entre le tragique et le comique, American Bluff s’avère en réalité assez déroutant.

Ce virage permanent entre les deux permet cela dit, sans déplaisir, de traverser les 2h18 de film. C’est déjà cela. Pour autant, si on passe un moment plutôt agréable, on en ressort avec un sentiment mitigé. C’est efficace, propre, et sans doute trop d’ailleurs. Mais… so what ? Quoi de plus par rapport à ce qu’on a déjà vu ailleurs ? Quoi de mieux ? Rien de grandiose en somme. Ni d’inoubliable.