20140211

Crime et Genre : où sont les femmes ?

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Alors que les « gender studies » défraient régulièrement la chronique, posons-nous la question du crime et du genre. Existe-t-il un crime féminin ? Les femmes sont-elles des criminel(le)s comme les autres ?


La différence entre hommes et femmes face au crime se lit dans les statistiques : les femmes ne représentent guère plus de 2% de la population carcérale française. Les femmes ne sont donc pas des criminel(le)s comme les autres et une femme passant à l’acte demeure encore une anormalité dans nos sociétés.              

CRIME + FEMME = INCOMPATIBILITÉ ?

Certains franchissent le pas allègrement, rappelant les qualités qui seraient le propre des femmes depuis la nuit des temps : douce, tendre, maternelle, pleine de bons sentiments… Bref, peu aptes à passer à l’acte, à commettre des crimes que l’on imagine d’ordinaire violents.

En effet, la femme symbolise la vie, elle donne la vie. Dès lors, comment intégrer le fait que la femme puisse reprendre la vie ? Longtemps, lorsque par hasard une femme passait à l’acte, on considérait soit qu’elle était une sorcière, soit qu’elle était folle. On rattachait la criminalité à des éléments quasi indépendants de la volonté de ces dames : une sorcière n’est pas une femme puisqu’elle est le diable. Quant aux folles, n’ayant pas agi consciemment, elles n’étaient pas reconnues coupables et devaient être enfermées à l’asile.

Cette non prise en compte des femmes comme criminelles potentielles a duré jusqu’à la Révolution. Et l’argument de la folie, lui, a perduré jusqu’au XIXe siècle pour expliquer la criminalité féminine. Ce sont à la fois les progrès de la psychiatrie et le changement de la symbolique autour de la femme qui ont permis de faire évoluer les choses.

Pourtant, s’il faut évidemment s’éloigner des stéréotypes relatifs à la féminité, le propos n’est certainement pas d’assimiler les femmes aux hommes (comme le font de façon absurde certains mouvements féministes…).

Par ailleurs, le crime ne se traduit pas nécessairement par un passage à l’acte violent. Pensez à l’escroquerie par exemple, qui se commet en ayant recours à la ruse, au stratagème, et à la mise en scène, ce en l’absence de tout recours à la violence (dans le cas contraire, il s’agirait d’une extorsion et non d’une escroquerie).

Pour autant, les femmes sont capables de violence, de brutalité, de désir de vengeance. Le concept de « violence fondamentale » (Jean Bergeret) réunit hommes et femmes : on naît avec une violence fondamentale (en lien avec la pulsion de vie), reste à savoir ce que l’on va en faire. Certaines personnes vont transformer cette violence fondamentale en énergie, mais d’autres qui n’ont pas les mêmes facultés psychiques, vont la transformer en perversion, agressivité vis-à-vis d’autrui.

QUAND LES FEMMES TUENT AUSSI…

Une femme n’est pas un homme, elle ne dispose notamment pas des mêmes capacités physiques. Conséquence : les criminologues observent des modes de passage à l’acte différents selon que l’auteur du crime est une femme ou un homme. 

Prenons le cas du meurtre ou de l’assassinat. Les femmes en commettent évidemment et en cela, pas de doutes, elles sont bien des criminel(le)s comme les autres ! En revanche, elles ne procéderont pas de la même façon : leur mode opératoire sera généralement moins violent. Elles auront par exemple plus souvent recours à l’empoisonnement qu’au meurtre de sang-froid. Tout est dans le style donc ! Elles tuent aussi, mais à petit feu, discrètement, secrètement, sans que nul ne s’en aperçoive…

D’où, une des explications de la grande absence des criminELLES en prison : le crime étant plus discret, elles se font moins souvent arrêter. C’est le fameux chiffre noir de la criminalité : les statistiques de la police, constamment invoquées dans le débat public sur la sécurité, ne révèlent pas grand-chose de la criminalité en général, et de la criminalité féminine en particulier. Elles ne montrent que la partie émergée de l’iceberg, nécessairement et éternellement.

On dénombre également des femmes parmi les tueurs en série. Elles restent toutefois minoritaires puisqu’on ne compte que 11% de femmes pour 89% d’hommes dans la catégorie des « serial killers ». Mais là encore, les femmes se distinguent par leur mode opératoire, notamment quant au type d’armes utilisées pour tuer :

armes à feu : 22% d’hommes, 9% de femmes

armes blanches : 40% d’hommes (en effet, les hommes cherchent souvent le contact avec la victime afin de prendre la maîtrise sur elle), 12% seulement de femmes (car il faut une certaine force physique pour tuer à l’arme blanche).

instruments contondants : 9% d’hommes et 12% de femmes. Cet instrument est utilisé au moment du passage à l’acte, lorsque le criminel n’a rien d’autre sous la main. Son utilisation nécessite pourtant de faire preuve d’une extrême violence et d’un certain acharnement.

poison : 4% seulement des hommes y ont recours, et 45% de femmes, c’est en effet un mode opératoire discret qui ne requiert aucune force physique, seulement la ruse.

strangulation : 9% chez les hommes et 6% chez les femmes. La strangulation est recherchée, lorsque l’on souhaite voir la vie quitter les yeux de sa victime. L’auteur est alors dans une totale maîtrise de l’autre.

EXISTE-T-IL UN CRIME FÉMININ ?

En dehors des infractions de droit commun (atteintes aux personnes et surtout, atteintes aux biens où les femmes sont beaucoup plus largement représentées : escroqueries, abus de confiance, abus de biens sociaux, vols, abus de faiblesse…), y aurait-il des crimes spécifiquement féminins ?

Et bien, contre toute attente, la réponse est oui !

La différence essentielle tient aux motivations des femmes. Deux motivations principales caractérisent la criminalité féminine : l’argent et le contrôle. Cela se traduit par une grande froideur dans le passage à l’acte. Par ailleurs, ces femmes criminelles sont souvent insérées socialement, avec des enfants. Leurs victimes sont autant connues (issues de leur entourage proche) qu’inconnues.

Voici un panorama non exhaustif des crimes que les psycho-criminologues qualifient de crimes féminins :

les « anges de la mort » : ces criminelles exercent en général un métier lié à la santé, ce sont souvent des infirmières. Ayant par leurs fonctions la sensation d’être investies d’un pouvoir de vie et de mort sur leurs patients, leur jouissance est vraiment dans le contrôle et la satisfaction personnelle qu’elles tirent de leur passage à l’acte. Celles qu’on nomme les anges de la mort représentent 18% de la population carcérale féminine.

– Il fût un temps pas si lointain où exerçaient également les « faiseuses d’ange » : celles qui faisaient avorter les jeunes filles, se sentant investies d’un pouvoir supérieur de maîtrise des naissances tout en se faisant payer. On retrouve chez elles les deux motivations essentielles que sont le contrôle et l’argent.

– Et puis bien sûr, le crime féminin certainement le plus connu est celui des « veuves noires ». Ces femmes commencent par épouser un mari riche, plutôt âgé et affaibli, qu’elles vont progressivement faire passer de vie à trépas pour toucher le pactole. Elles auraient tendance à récidiver après avoir pris le soin de changer d’endroit. Leur mode de passage à l’acte est généralement l’empoisonnement, ce qui explique qu’elles ne se fassent que rarement prendre.

– Un autre crime féminin s’explique par le syndrome de Münchhausen, qui consiste à se faire du mal à soi-même, mais par procuration, pour éveiller l’intérêt. Certaines femmes développent alors ce syndrome par exemple en faisant du mal à leur enfant, ce qui peut aller très loin : elles vont par exemple faire ingérer du poison à leur enfant ou l’étouffer sans toutefois aller jusqu’au bout, avant de se rendre à l’hôpital. Ce ne sont pas forcément les mères, ce sont parfois les nounous qui commettent ce genre de crimes. Elles agissent ainsi car lorsque le personnel médical s’occupe de leur enfant, c’est d’elles qu’il s’occupe aussi par rétrocession.

– Enfin les crimes féminins peuvent résulter de pathologies périnatales

Le plus connu est l’infanticide résultant du déni de grossesse : certaines femmes n’étant pas aptes à donner la vie, occultent l’existence de leur grossesse au cours de laquelle elles prennent très peu de poids, jusqu’au jour de l’accouchement. À chaque fois, l’entourage ne s’en rend pas compte. Cela aboutit dans 99% des cas à la mort de l’enfant. 

Les dépressions du post-partum, communément appelées « baby blues », peuvent également conduire certaines femmes à enlever un enfant en étant sûres que c’est le leur. Elles passent à l’acte soit au moment de la mort de leur enfant (en enlevant un autre nouveau-né à la maternité), soit à un moment correspondant à la date d’anniversaire de la mort de leur enfant (mais l’enfant étant plus âgé, il va réclamer ses parents, le risque d’homicide est alors très grand).

LES FEMMES NE SONT DONC PAS DES CRIMINEL(LE)S COMME LES AUTRES.

S’intéresser à la criminalité féminine impose alors de sortir des critères habituellement utilisés pour analyser la criminalité masculine. Les différences physiologiques et psychiques entre hommes et femmes se retrouvent ainsi dans l’étude du passage à l’acte des femmes (motivation, mode opératoire, choix de la victime).

Enfin, et contrairement aux idées reçues, toutes les études criminologiques démontrent qu’au sein de la société, les personnes les plus susceptibles de se rendre coupables d’un crime comme d’en être les victimes sont les hommes, plutôt jeunes.

Gare à vous Messieurs !