20140213

Délit de capuche

histoireduhoodie

Mariano Rajoy, le premier ministre espagnol n’est pas un rigolo. En vertu de la sécurité citoyenne, manifester vous coutera votre assurance vie. Et pour celui qui aura le malheur de se couvrir le visage, avec capuche ou foulard, 30 000€. En cause, le sweat à capuche « le hoodie » qui n’est le bienvenu nulle part.


Vous n’étiez certainement pas au courant, mais l’État français a aussi sa fashion police.  Elle n’interdit ni les fausses compensées Isabelle Marant, ni les slims panthère mais de porter un hoodie pendant une manifestation. Depuis les années 1990 et ses émeutes populaires, c’est devenu un symbole de menace et de criminalité. Tandis que le Royaume-Uni et la France ont patienté jusque dans les années 2000 pour sévir, l’Allemagne interdit depuis 1985 de manifester « dans un accoutrement destiné à empêcher que soit constatée leur identité. » Gloire au modèle allemand… Et après les émeutes de banlieue de 2005, il fallait sévir. Depuis 2009, grâce à Michèle Alliot-Marie, porter un hoodie vous coutera 1500€, le double en cas de récidive. Comme le rappelait Jacques Kerouach dans le WAD #52 « Riot Issue » : « telle est quasi aujourd’hui l’image du sweat à capuche : l’attribut des personnes à buts interlopes. » Bon depuis, le hoodie est entré dans le vestiaire scolaire au Royaume-Uni, seulement si les conditions l’exigent. Mais en Géorgie aux États-Unis, porter un hoodie dans la rue est un délit, exception faite pour Halloween.
Quand même, ils ont des vraies valeurs.

CHAMPION, PREMIER SUR LE HOODIE

"Secret d'histoire"

« Secret d’histoire »

Ces nouveaux délits ne sortent pas de nulle part. Toute une mythologie s’est constituée autour du hoodie. Quand au XIIe siècle, les ancêtres des hooligans se battaient contre la politique ou la religion, ils le faisaient capuches sur la tête pour dissimuler leurs identités. Au XVIIe siècle, les femmes infidèles sont représentées capuchées alors qu’elles visitent leurs amants.
Bon, le sweat n’existe pas encore…

Mais le hoodie n’eut pas que cet usage.
Aux États-Unis, dès les années 1930, il était porté par les travailleurs, les pauvres quoi, mais bon il était encore en mal de fashion credibility. C’était sans compter sur les marques sportswear. Il apparaît dans les catalogues de Champion, Russell, Sears et Roebuck avec le slogan « c’est bon pour les garçons. » C’est seulement dans les années 1950 qu’il est récupéré par la culture jeune pour devenir « un objet mode » dans le milieu étudiant. Oui oui, les sweats avec le flocage de l’université…


Et puis certains captent vite qu’une capuche, et ben ça cache. Gros potentiel pour les activités illicites. Accessoire indispensable du look hip-hop, il obtient son label « bad boy. » Les 70’s et New York voient la consécration d’un vêtement issu du sportswear avec les graffeurs et les gangs qui le portent pour cacher leur identité.

Denis Wilson, un homme visiblement éclairé écrivait d’ailleurs à cette époque dans le New York Times :

« Hip-hop trendsetters used the hoodie also to cloak and isolate themselves, and lent it a sinister appeal… The sweatshirt hood can work much like a cobra hood, put up to intimidate others. But even more important is its ability to create a shroud of anonymity. This came in handy for at least two types of people operating in hip-hop’s urban breeding ground: graffiti writers and so-called stick-up kids, or muggers. Wearing a hoodie meant you were keeping a low profile, and perhaps up to something illegal.»


LA FAUTE À ROCKY

Et puis et puis, Rocky ! En 1976, Sylvester Stallone monopolise tous les écrans, vêtu d’un hoodie gris quand il parcourt les rues de Philadelphie. C’est maintenant pour le monde occidental LA fringue de la rue, genre ultra virile. Jacques Kerouach date le début de son association officielle à ces mecs qui voulaient tout péter des émeutes de 1992 à Los Angeles. 55 morts et plus de 2000 blessés en 6 jours de riots dingues qui ont fait 1 milliard de dommages matériels…

"J'aime la rue."

« J’aime la rue. »

Bon, ils avaient quand même leurs raisons. Un jury composé de 10 blancs, un latino et un asiatique avait acquitté quatre officiers de police qui ont passé à tabac Rodney King, un noir-américain. Parce que le chômage faisait rage et qu’être noir n’était pas (encore) cool. La police veut sanctionner. Mais avec la capuche rabattue, les identifications vidéos sont inefficaces. Le journaliste rappelle que « dans un long processus qui en vint dans l’esprit des autorités à poser l’équivalence du port du hoodie et de la délinquance en puissance. » La messe est dite. Le hoodie n’est plus un simple vêtement sportswear, il est le symbole de la révolte.

« WE’RE UP TO NO GOOD »

En Grande-Bretagne aussi, ça commence à déraper. Porté par les « chavs », les premiers arrêtés contre le port du hoodie tombent à la fin des années Blair. Parce que les voleurs aimaient bien le hoodie pour se protéger de la CCTV. Alors il fut interdit en 2005 d’entrer dans un centre commercial capuche sur la tête. Il n’en fallait pas plus en Europe pour accréditer le hoodie comme fringue la plus rebelle.

"L'attente"

« L’attente »

Comme le confirme Jacques Kerouach, depuis les années 1990, le hoodie « fait partie de l’uniforme ghetto, et le ghetto, c’est chouette. » Bon, ce qui est moins chouette pour sa crédibilité, c’est que les skaters et les surfers lui font une belle place dans leur armoire. Retour en Californie, bien plus respectable que les chavs banlieusards au mauvais goût qui affectionnent tout particulièrement les casquettes Burberry… Mais porter du sportwear au Royaume-Uni n’est pas anodin. La rigidité vestimentaire des écoles en fait une manière de rejeter l’uniforme scolaire ou le costume de worker. Anti-système en fait. C’est une manière de dire, non, moi je ne vis pas dans ton monde et oui je revendique un héritage musical : le hip-hop et le rap. Je suis un marginal, je suis le danger, je suis hyper en colère, j’ai grave la rage. Un beau programme qu’on peut résumer par « I’m up to no good.»

CONNARDS DE RICHES

Donc, le ghetto, c’est chouette. Super chouette même. À tel point que le hoodie atterrit dans les vestiaires de Tommy Hilfiger, Ralph Lauren, Gucci, Armani, qui sentent le filon de la tendance. Après, en tout bon émeutier, les inscriptions sont proscrites. Vous êtes pauvres et aussi réacs. Et exhiber le poney Ralph Lauren, croyez-moi ou non, mais c’est pas très rebelle.

Trendy in Gucci

Trendy in Gucci

Mais dans les mentalités, il reste un symbole de criminalité. Quand Trayvon Martin fut assassiné par George Zimmerman car « il avait un comportement suspicieux », il portait un hoodie. En réponse, les « Hoodie Marches » témoignent de la solidarité. Et les artistes de récupérer le symbole. Wycleaf Jean, dans son discours au show 106 & Park de BET (Black Entertainment Television) portait la capuche. Il est interdit depuis 2006 aux joueurs de la NBA de se photographier le hoodie relevé.

Le vêtement idéal pour les retraités

Le vêtement idéal pour les retraités

LA SOLUTION FINALE: LE HOODIEGATE

Ah et puis il y a ceux qui n’ont toujours pas changé de vêtement depuis l’université. En cause, les nerds.

Mark Zuckerberg en tête de liste, Aaron Schwartz aussi, enfin moins depuis qu’il est mort. Ces jeunes milliardaires (à gros potentiel marital et hyper célibataire) ont un principe : « college is cool. » Et puis comme disait Mark à la journaliste Kara Swisher « I never take off the hoodie. » Bon, ça a fait toute une affaire quand il a rencontré les actionnaires de Facebook ainsi vêtu. Mais c’est vrai quoi, après tout, on devrait toujours porter nos fringues du dimanche.

Ami(e)s sociopathes, Apache lance le grand contre-hoodiegate.