20140218

Franco est mort… ¡Viva Franco! Les néo-franquistes au pouvoir

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Rétablir l’Espagne de grand papa, c’est tout un programme.
Par Zak Hari, philosophe agréé


Par Thomas Misiaszek

 

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QU’EST-CE QUE LE FRANQUISME?
(ET PAR EXTENSION LE NÉO-FRANQUISME)

Certains le définissent comme un régime totalitaire, d’autres comme un régime autoritaire, d’autres encore comme un fascisme, une dictature militaire, un bonapartisme catholique, un régime autoritaire non totalitaire, peut-être même comme un régime autoritaire un peu totalitaire, catholique et dictatorial, mais pas trop bonapartiste bien que militaire. Bref, on n’en sait rien. Et puis faudrait pas trop pousser, cet article n’a pas la prétention de résoudre les cinquante ans de controverse intellectuelle sur le sujet. Par contre, en donner une petite définition succincte ne ferait pas de mal, surtout si on compte parler du néo-franquisme du gouvernement actuel.
Procédons donc par étape.

Le franquisme, au risque d’énoncer une lapalissade, c’est avant tout le régime de Franco. Il a commencé avec lui à la fin de la guerre civile espagnole (1936-1939) et s’est également éteint avec lui en 1975.

Le franquisme est aussi une dictature. Pas trop de doute là-dessus non plus, Franco est resté près de 40 ans au pouvoir en s’appuyant sur un parti unique -la Phalange-, en interdisant toute opposition et en réduisant drastiquement la liberté d’expression, de manifestation, de réunion, etc…

Troisième caractéristique: la dictature franquiste est de nature essentiellement réactionnaire. Ici, pas de volonté de créer un homme nouveau ou une esthétique propre au régime comme chez les fascistes italiens ou les nazis. Trop compliqué tout ça. Non, en bon militaire, Franco a conquis le pouvoir comme on conquiert une colline, s’est assis tout en haut, et s’est contenté jusqu’à sa mort de défoncer allègrement toute personne essayant de l’en déloger.

Franco tel qu'il se voit...

Franco tel qu’il se voit…

Son projet politique? Rétablir l’idée qu’il se faisait de l’Espagne de grand-papa. Recréer un hypothétique âge d’or où l’Espagne serait catholique, où le pouvoir serait centralisé, et puis aussi où tout le monde fermerait sa gueule, parce que grand-papa a toujours raison. Une Espagne “Una, Grande, Libre”. “Una” pour le centralisme, “Grande” pour l’exaltation de la force, des valeurs morales et spirituelles, et “Libre” parce qu’un peu de cynisme ne fait pas de mal. Ses alliés? La Phalange, l’Église et l’armée. Ses ennemis? Démocrates, nationalistes basques et catalans, communistes, franc-maçons et progressistes en tous genres.

Une définition minimale du franquisme pourrait donc être celle d’une dictature réactionnaire dirigée par Franco.

Et puis il est mort de sa belle mort, le vieux. En 1975, toujours en haut de sa colline. En laissant le soin au jeune roi Juan Carlos de perpétuer son héritage. Surprise-surprise, le jeune se retourne contre son mentor, promeut la transition, et en 1978, une nouvelle constitution est votée. L’Espagne entre officiellement dans l’ère démocratique. Qu’en est-il aujourd’hui? Le vieux est-il toujours en vogue?

Oui, mais faut pas le dire… Il est toujours là, le vieux, mais il est caché. Depuis son frigo, il guide toujours dans l’ombre la ligne politique du parti de la droite au pouvoir, le Parti Populaire, ou Partido Popular (PP).

PLUS TOUT À FAIT FRANQUISTE MAIS BIEN RÉFORMISTE

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Les moyens ont changé, bien sûr. Maintenant, il faut gagner des élections pour pouvoir former un gouvernement et diriger le pays. Ça, le PP l’a accepté. C’est pour cela qu’il n’est plus tout à fait franquiste.

Mais les fins, elles, demeurent les mêmes. L’idée est toujours de rétablir l’Espagne de grand-papa. Une Espagne catholique, une Espagne centralisée, une Espagne où tout le monde la ferme. La fin ne justifie plus les moyens, mais les moyens légitiment la fin. En d’autres termes, si Franco était putschiste, le PP est réformiste. Le PP n’est plus franquiste, mais bien néo-franquiste.

Tant la structure de ce parti et du gouvernement qui en est issu que de nombreuses mesures adoptées depuis le début du mandat de Mariano Rajoy en 2012 témoignent. 

La structure, d’abord. Le PP est fondé en 1989, et est l’héritier principal d’Alliance Populaire, Alianza Popular, qui s’est unie lors de son IXème congrès aux modérés du Parti Libéral et aux Démocrates Chrétiens. Alianza Popular avait été fondée en 1976 par Manuel Fraga, ministre franquiste de l’information et du tourisme de 1962 à 1969 et vice-président du gouvernement de 1975 à 1976. Il rassemblait sept associations politiques dirigées par d’autres caciques du franquisme. Au moment de la création du Partido Popular, Fraga devient le président du nouveau parti avant de céder rapidement sa place en 1990 à un jeune pupille également issu d’Alianza Popular, José María Aznar (qui poussera à son tour Mariano Rajoy, lui aussi un ancien d’AP, à la présidence du parti en 2004). Manuel Fraga reste président d’honneur du PP jusqu’à sa mort, en 2012. Voilà pour les liens de filiation avec le franquisme.

Oui, mais il y a également des modérés, des démocrates chrétiens et des libéraux dans le parti, direz-vous. Certes, mais Mariano Rajoy s’est arrangé pour placer aux postes-clés de son gouvernement des anciens membres d’Alianza Popular: Alberto Ruiz-Gallardón (disciple inconditionnel de Fraga) au Ministère de la Justice, José Fernández Díaz (également membre de la très conservatrice congrégation catholique de l’Opus Dei) au Ministère de l’Intérieur, et José Ignacio Wert au Ministère de l’Éducation, pour n’en citer que trois. En gros, Rajoy a remis au goût du jour la tactique du salami utilisée par les communistes pour infiltrer les gouvernements des démocraties populaires, mais l’utilise à l’envers pour infiltrer son propre gouvernement de droite. Une tactique du boudin noir, en quelque sorte.

LES MESURES DE L’ESPAGNE DE GRAND PAPA: SUPPRIMER LE DROIT À L’AVORTEMENT, MORALISER L’ENSEIGNEMENT ET NE PAS PERTURBER L’ORDRE PUBLIC.

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Quant aux mesures prises par le gouvernement pour recréer l’Espagne de grand-papa, elles sont légion. Trois d’entre elles sont particulièrement symptomatiques:
– le “projet de loi organique pour la protection de la vie de l’être conçu et de la femme enceinte” (vive le novlangue) ou loi sur l’avortement, promue par le ministre de la justice Alberto Ruiz-Gallardón;
– la loi organique pour l’amélioration de la qualité de  l’enseignement, promue par le ministre de l’éducation José Ignacio Wert;
– et la loi de sécurité citoyenne, promue par le ministre de l’intérieur, José Fernández Díaz.

Le “projet de loi organique pour la protection de la vie de l’être conçu et de la femme enceinte critiquée au sein même du Partido Popular pour son extrémisme, vise à supprimer le droit des femmes à avorter librement. Jusqu’à présent, toute femme avait le droit d’avorter librement, c’est à dire sans avoir à se justifier, pendant les 14 premières semaines de grossesse. Le projet de loi présenté par le gouvernement aspire à abolir cette liberté, et à ne contempler la possibilité d’avorter que sous deux conditions: en cas de viol jusqu’à la douzième semaine, et s’il existe un risque grave pour la santé de la femme enceinte jusqu’à la 22ème semaine. Les malformations ou maladies incurables de l’embryon ou du foetus ne sont pas un motif valable pour avorter. Quelles sont les justifications d’un tel changement, qui fait de l’Espagne un des pays d’Europe les plus rétrogrades en la matière? L’Espagne catholique de grand-papa,  bien sûr! La formulation de la loi, qui désigne le foetus comme un “être conçu” (un concebido) ou encore, comme le dit Gallardón, comme un “non-né” (no-nacido) ou “nascituru” (futur né, en latin), relève d’une conception religieuse considérant le foetus comme une personne à part entière dès sa conception. Et considérant également que les femmes ne sont pas aptes à décider de leur corps. Un peu de paternalisme et de morale catholique, voilà qui remettra les idées en place à tout le monde.

La loi organique pour l’amélioration de la qualité de  l’enseignement (connue comme la LOMCE), élaborée par le ministre de l’éducation José Ignacio Wert, reprend cette idée de morale catholique et y ajoute une bonne dose de centralisme. Comme l’aurait aussi voulu grand-papa… Entre autres mesures, la loi réintroduit l’enseignement de la religion dans l’école publique comme une matière optionnelle et remplaçable par un cours de “valeurs sociales et culturelles” ou de “valeurs éthiques”. Chacune de ces matières est sanctionnée par une évaluation, comme n’importe quel autre cours. Une telle place n’était plus donnée à la religion dans l’enseignement public depuis la loi générale d’éducation, promulguée sous Franco en 1970 (1). La loi permet également d’octroyer des subventions publiques aux écoles privées séparant les garçons et les filles. “Les garçons et les filles doivent être éduqués séparément parce que leurs cerveaux sont différents”, qu’il a dit le ministre (2). Enfin, et voilà pour le centralisme et de la négation de la diversité culturelle en Espagne, la LOMCE fait de l’espagnol (le castillan) et de la première langue étrangère des matières de tronc commun, reléguant les langues co-officielles des communautés autonomes (le basque, le catalan, le galicien) au rang de spécialité obligatoire. De ce fait, l’immersion linguistique dans une des langues co-officielles devient impossible. “Il faut espagnoliser les enfants catalans”, qu’il a encore dit, le ministre (3). La devise franquiste, c’était “España Una, España Grande, España…” quoi déjà?

Ah oui, “Libre”. Le projet de “loi sur la sécurité citoyenne” (ley de seguridad ciudadana) veille en effet à la liberté des espagnols.
Ce projet, appuyé par le ministre de l’intérieur, José Fernández Díaz, décrit un certain nombre de conduites passibles d’amendes pouvant s’élever jusqu’à 600.000 euros. Parmi elles, “la perturbation très grave de l’ordre public” sera passible de 30.000 à 600.000 euros d’amende, les “offenses ou outrages à l’Espagne, ses communautés autonomes et entités locales, ou à ses institutions, symboles, hymnes ou emblèmes” pourront coûter jusqu’à 30.000 euros, et le fait de “menacer […] ou insulter les agents des forces de l’ordre alors qu’ils veillent au maintien de l’ordre public” pourra être sanctionné de 1000 euros.
En ce qui concerne cette dernière mesure, il faut comprendre qu’il sera désormais impossible d’insulter de “lâches” les policiers anti-émeutes qui ont, soit dit en passant, open-bar depuis l’arrivée du PP au pouvoir pour matraquer les têtes des manifestants. Quant aux deux autres mesures, leur manque de clarté a poussé le Conseil de l’Europe à considérer la loi comme “hautement problématique” et à douter de ce que “ces restrictions soient nécessaires dans une société démocratique” (4). Entre autres remarques, un haut dirigeant du Conseil de l’Europe relève que certaines expressions – comme les “offenses à l’Espagne” ou “la perturbation très grave de l’ordre public” se caractérisent par un évidente opacité pouvant mener à une application arbitraire de la loi. Il n’avait certainement pas pris en compte la clarification du ministre de l’intérieur effectuée quelques jours plus tôt dans ces termes: “une offense est ce qui est offensant” (5). Tout est en effet plus clair: l’Espagne est bien “Libre”, l’Espagne doit la fermer.

On l’aura compris, tant le projet de Franco que celui du PP visent à rétablir l’”Espagne de grand-papa”, ou un âge d’or hypothétique et perdu. Il faudra peut-être se rendre compte un jour que grand-papa est mort, et que les âges d’or ne reviennent pas. Quant à Franco, espérons qu’on puisse le sortir de son frigo, et le jeter une bonne fois pour toutes dans la grande poubelle de l’Histoire.

 


FRANCO HA MUERTO… ¡VIVA FRANCO!
LOS NEO-FRANQUISTAS AL PODER

 


¿Qué es el (neo-)franquismo?

Algunos lo definen como un régimen totalitario, otros como un régimen autoritario, otros más bien como un fascismo, una dictadura militar, un bonapartismo católico, un régimen autoritario no-totalitario, igual hasta como un régimen autoritario un poco totalitario, católico y dictatorial, pero no bonapartista aunque militar. En fin, que no se sabe, y tampoco nos pasemos, este artículo no tiene la pretensión de resolver cincuenta años de controversia intelectual. En cambio, dar una pequeña definición del asunto no vendría mal, sobre todo si tomamos en cuenta que queremos hablar del neo-franquismo del gobierno actual.

Procedamos pues por etapas.

 

El franquismo es ante todo, y a riesgo de enunciar una evidencia, el régimen de Franco. Empezó con él al final de la guerra civil española (1936-1939) y se acabó también con él en 1975.

 

El franquismo es también una dictadura. Tampoco cabe aquí mucha duda, ya que Franco se quedó cerca de 40 años en el poder, apoyándose en un partido único -la Falange- prohibiendo toda oposición y reduciendo drásticamente la libertad de expresión, de manifestación, de reunión, etc.

 

Tercera característica: la naturaleza de la dictadura franquista es por esencia reaccionaria. Aquí, no hay voluntad alguna de crear un hombre nuevo o una estética propia del régimen, como en la Italia fascista o en la Alemania nazi. Esto es demasiado complicado. No, como buen militar, Franco conquistó el poder como se conquista un colina, se sentó arriba, y se dedicó hasta su muerte a zurrar alegremente a todo aquel que intentaba arrebatarle su posición. ¿Su proyecto político? Restablecer la idea que se hacía de la España del abuelo. Recrear una hipotética edad de oro donde España sería católica, el poder centralizado, y también donde todo el mundo cerraría el pico, porque el abuelo siempre tiene razón. Una España “Una, Grande, Libre”. “Una” por el centralismo, “Grande” por la exaltación de la fuerza, de los valores morales y espirituales, y “Libre” porque un poco de cinismo nunca viene mal. ¿Sus aliados? La Falange, la Iglesia y el ejército. ¿Sus enemigos? Demócratas, nacionalistas vascos y catalanes, comunistas, masones y progresistas de todo tipo.

 

Dicho esto, una sencilla definición del franquismo podría ser la de una dictadura militar dirigida por Franco.

 

Y se murió de viejo, Franco. En 1975, todavía sentado en la cima de su colina. Dejando al joven Juan Carlos la misión de perpetuar su herencia. Sorpresa-sorpresa, el joven se vuelca contra su mentor, promueve la transición, y en 1978, una nueva constitución es votada. España entra oficialmente en la era democrática. ¿En qué punto se sitúa hoy el país? ¿Sigue el viejo estando de moda?

 

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Sí, pero no lo digan… El viejo sigue aquí, pero se esconde. Desde su frigorífico, guía en la sombra la línea política del partido de la derecha al poder, el Partido Popular

 

Ya no del todo franquista, pero sí reformista

 

Los medios han cambiado, claro. Ahora, hace falta ganar elecciones para poder formar un gobierno y dirigir el país. El PP ha aceptado estas nuevas reglas del juego. Por ello, el partido ya no es del todo franquista.

 

Pero los fines siguen siendo los mismos. La idea sigue siendo la de restablecer la España del abuelo. Una España católica, una España centralizada, una España donde se cierra la boca. El fin ya no justifica los medios, pero los medios legitiman el fin. En otras palabras, si Franco era un golpista, el PP es reformista. El PP ya no es franquista, pero sí neo-franquista.

 

Tanto la estructura del partido y del gobierno del PP como las numerosas medidas adoptadas desde el principio del mandato de Mariano Rajoy en 2012 avalan esta postura. 

 

La estructura, primero. El PP se funda en 1989, y es el heredero directo de Alianza Popular, que se unió durante su noveno congreso con los moderados del Partido Liberal y los Demócratas Cristianos. Alianza Popular había sido fundada en 1976 por Manuel Fraga, ministro franquista de la información y del turismo de 1962 a 1969 y vice-presidente del gobierno de 1975 a 1976, y reunía siete asociaciones políticas dirigidas por otros caciques del franquismo. En el momento de la creación del PP, Fraga se hace presidente del partido antes de ceder rápidamente su sitio a un joven pupilo, también proveniente de Alianza Popular, José María Aznar (que a su vez cederá su sitio a otro antiguo miembro de Alianza Popular, Mariano Rajoy, en 2004). Manuel Fraga sigue siendo presidente de honor del PP hasta su muerte, en 2012. He aquí los vínculos de filiación con el franquismo.

Sí, pero también hay gente moderada en el partido, demócratas cristianos y liberales, podríais decir. Es verdad, pero Mariano Rajoy se las ha arreglado para nombrar a antiguos miembros de Alianza Popular en puestos claves de su gobierno: Alberto Ruiz-Gallardón (discípulo incondicional de Fraga) en el Ministerio de Justicia, José Fernández Díaz (miembro de la muy conservadora congregación católica del Opus Dei) en el Ministerio del Interior, y José Ignacio Wert en el Ministerio de Educación, para nombrar sólo a algunos. En resumidas cuentas, Rajoy ha vuelto a poner de moda la táctica del salami utilizada por los comunistas para infiltrar los gobiernos de las democracias populares después de la segunda guerra mundial, pero la utiliza al revés para infiltrar su propio gobierno con la derecha del PP. Una táctica de la morcilla, por así decirlo.

 

En cuanto a las medidas tomadas por el gobierno para restablecer la España del abuelo, tres son particularmente sintomáticas:

  • El “proyecto de ley orgánica para la protección de la vida del concebido y de los derechos de la mujer embarazada” (¡Viva la neolengua!) o ley del aborto, promovida por el ministro de justicia Alberto Ruiz-Gallardón
  • La “ley orgánica para la mejora de la calidad de la enseñanza”, promovida por el ministro de educación José Ignacio Wert;
  • La “Ley de seguridad ciudadana”, promovida por el ministro del interior, José Fernández Díaz.
  • El  “proyecto de ley orgánica para la protección de la vida del concebido y de los derechos de la mujer embarazada”, criticada dentro del mismo Partido Popular por su extremismo, aspira a suprimir el derecho de las mujeres a abortar libremente. Hasta ahora, toda mujer tenía derecho a abortar sin tener que justificarse durante las 14 primeras semanas de embarazo. El proyecto de ley presentado por el gobierno apunta a abolir este derecho y a supeditar la posibilidad de abortar al cumplimiento de dos condiciones: en caso de violación hasta la semana 12, y si existe riesgo grave para la salud de la mujer embarazada hasta la semana 22. Las malformaciones o enfermedades incurables del feto no se consideran como un motivo válido para abortar. ¿Cuáles son las justificaciones de este cambio, que hace de España uno de los países más retrógrados de Europa en este asunto? La España católica del abuelo, ¡claro! La formulación de la ley, que designa al feto como un “concebido” o, como le dice Gallardón, un “no-nacido” o “nascituru” (“futuro nacido”, en latín), ilustra una concepción religiosa que considera al feto como una persona desde el momento de su concepción. Y que considera también que las mujeres no son aptas para decidir sobre su cuerpo. Un poco de paternalismo y de moral católica ayudarán a todos a poner las ideas en su sitio.

 

La  ley orgánica para la mejora de la calidad de la enseñanza (LOMCE), elaborada por el ministro de educación y cultura José Ignacio Wert, retoma esta idea de moral católica y le añade una buena dosis de centralismo. Tal y como le habría gustado al abuelo… Entre otras medidas, la ley vuelve a introducir la enseñanza de la religión en la escuela pública como una asignatura opcional y sustituible por otra de “valores sociales y culturales” o de “valores éticos”. Cada una de estas asignaturas está sometida a una evaluación, como cualquier otra. Para encontrar un tratamiento académico equivalente, hay que retroceder hasta la ley general de Educación, promulgada en 1970 durante la dictadura franquista1. La ley permite igualmente otorgar subvenciones públicas a escuelas privadas que separan los niños de las niñas. “Los niños y las niñas deben educarse por separado porque sus cerebros son diferentes”, ha dicho el ministro2. Finalmente, y esto va por el centralismo y la negación de la diversidad cultural en España, la LOMCE hace del castellano y de la primera lengua extranjera asignaturas troncales, relegando los idiomas co-oficiales de las comunidades autónomas al rango de especialidad obligatoria. De esta manera, la immersión lingüística en uno de los idiomas co-oficiales se vuelve imposible. Hay que “españolizar a los niños catalanes”, ha dicho también el ministro3. Eh, el lema franquista era “España Una, España Grande”, ¿España qué?

 

Ah sí, “España Libre”. El proyecto de “ley sobre la seguridad ciudadana” vela en efecto a la seguridad de los españoles. Este proyecto, fomentado por el ministro del interior, José Fernández Díaz, define unas cuantas conductas punibles con multas de hasta 600.000 euros. Entre otras, “la perturbación muy grave del orden público” será castigada con 30.000 a 60.000 euros de multa, las ofensas o ultrajes a España, a las Comunidades Autónomas y Entidades Locales o a sus instituciones, símbolos, himnos o emblemas” podrán costar hasta 30.000 euros, y el hecho de “amenazar […] e injuriar a los agentes de las fuerzas de seguridad cuando estén velando por el mantenimiento del orden público” podrá ser sancionado con 1000 euros. En lo que se refiere a esta última medida, hay que entender que ya no será posible tachar de “cobardes” a los policías anti-disturbios que, hay que reconocerlo, tienen barra libre desde la llegada del PP al poder para aporrear la cabeza de los manifestantes. En cuanto a las dos otras medidas, su falta de claridad ha llevado el Consejo de Europa a considerar la ley como “altamente problemática” y a dudar de que “estas restricciones sean necesarias en una sociedad democrática”4. Entre otros comentarios, un alto cargo del Consejo de Europa explica que algunas expresiones -como las “ofensas a España” o la “perturbación muy grave del orden público” se caracterizan por una evidente opacidad que puede llevar a una aplicación arbitraria de la ley. Le faltó seguramente tomar en cuenta una clarificación del ministro del interior pronunciada unos días antes de su declaración en estos términos: “Ofensa es lo que es ofensivo”5. Todo es ahora más claro: España es definitivamente “Libre”, que España se calle.

 

Lo habremos entendido, tanto el proyecto de Franco como el del PP aspiran a restablecer “la España del  abuelo”, o una edad de oro hipotética y perdida. Quizás haya algún día que darse cuenta de que el abuelo se murió hace tiempo, y de que las edades de oro no vuelven. En cuanto a Franco, es de esperar que se le pueda sacar de su frigorífico y tirarlo de una vez por todas a la gran basura de la Historia.