20140224

Faut-il mourir sans regrets ?

mourirsansregrets

(Merci de laisser vos breloques sacrées à l’entrée, nous étudierons ici la fin de vie à la lumière du seul pragmatisme impartial ou presque).


(Merci de laisser vos breloques sacrées à l’entrée, nous étudierons ici la fin de vie à la lumière du seul pragmatisme impartial ou presque).

Non, rien de rien…
Il est de la mort comme de la sodomie dans un vieux couple : toutes deux sont désagréables autant qu’inéluctables et tant qu’on repousse l’échéance, il sera toujours temps d’y passer. Et si il est un élément prédominant dans toutes les représentations symboliques de la mort, de la plus fantasmée à la plus réelle, c’est bien le regret. 

Que faut-il regretter à sa mort ? Faut-il mieux partir sans regrets et bienheureux ou bouffé par le poids de ses ratés ? Enquête. 

 

DEMANDER PARDON POUR TOUT, À TOUT LE MONDE 

L’imagerie populaire est remplie de ces morts héroïques où, bravant la souffrance et la peur, le mourant prend le temps d’énumérer ses fautes et d’implorer le pardon de tous ceux qu’il a blessé. Alors qu’Hollywood nous abreuve de ses héros qui consacrent leur dernier souffle à l’allègement de leur conscience, on se prend à croire au rêve romantique de la bonté des derniers instants. Pourtant, dans la vie réelle, il semblerait que cette option soit loin d’être la meilleure. 

Déjà parce qu’en terme de timing, ca peut s’avérer compliqué. La mort ne prévient pas toujours, et il n’est pas garanti que votre cousine Berthe sera dispo pour voler à votre chevet écouter vos excuses pour le coup du GHB à Noël 94. 

 

Ensuite, ca servirait à quoi ? A ce qu’une poignée de vos consanguins gardent un souvenir agréable de vous le reste de leur misérable existence ? De toute façon, dans 100 ans plus personne ne se souviendra ni de vous ni de moi, alors à quoi bon ? En plus pour ça, il faudrait que vos dernières heures sur cette terre soient employées à vous repasser l’intégralité des moments pourris de votre vie. On ne vous dit pas de vous vautrer dans une orgie de coke et de putes – quoique -, mais autant profiter un peu, justement… Où au moins partir avec le sourire en pensant à toutes ces choses qui ont rendu votre existence moins atroce.

 

L’avis de la rédaction : Déconseillé, sauf aux dépressifs masochistes. 

 

LE ROI DU SILENCE 

Le lien familial est indéfectible. Vous le savez bien, vous qui avez tant essayé de semer les abrutis qui vous servent d’entourage familial. Vous n’avez jamais rien eu à leur dire, et eux pas grand chose à répondre. Depuis de longues et douloureuses années ils s’attèlent à vous rappeler sans bruit ces origines dont vous avez tant honte.  Et maintenant, alors que le nombre de vos souffles est compté, les voici à nouveau, vieillis et puants, à jouer les miroirs déformants au bord de votre lit. 

 

Notre conseil, ne changez rien. Ca risquerait de perturber le silence gênant qui règne sur votre famille depuis un million d’années, et tonton Bob a le cœur fragile. A la moindre charge émotionnelle, ce radin pourrait bien vous voler la vedette et la dernière place dans le caveau familial.

 

Les limites de la technique sont toutefois à considérer. L’ennui peut conduire à des envies d’euthanasie que le personnel médical n’est pas habilité à satisfaire, et il y a une très forte probabilité pour que quelqu’un allume la télé et que vous partiez sur une blague de Drucker. Not cool.

 

L’avis de la rédaction : Recommandé pour les Alzheimer, impatients s’abstenir. 

 
J’ASSUME ET JE VOUS EMMERDE

Tata Paulette se penche sur votre lit, un crucifix à la main. Pour elle vous êtes l’incarnation du diable, et on n’est jamais trop prudent. Depuis votre enfance cette bonne femme détestable était la cible de vos conneries, toujours plus créatives et crétines. Puisque l’univers n’a pas su empêcher cette désagréable dernière visite, il faut agir. Rentabilisez le voyage de Paulette en lui racontant devant l’infirmière et en détails l’agonie de Mirza, son teckel à poils longs décédé 20 auparavant dans de mystérieuses circonstances. Ce chien était toute sa vie, et le souvenir de sa perte suffira largement à écourter la présence de tata à votre chevet, qu’elle fuira en vous maudissant sur 7 générations.

 

Cette méthode, réservée aux professionnels – on ne s’invente pas méchant – comporte bien évidemment de nombreux risques. Celui d’être enterré dans un cercueil en carton recyclé sans vos dents en or, ou alors de vous retrouver transféré au fond du service, dans la chambre de René, le vieux Parkinson qui passe ses nuits à se secouer la nouille.

 

Ses bénéfices sauront cependant convaincre les amateurs, qui savent que s’en aller en tendant les deux majeurs à la vie n’a pas de prix.

 

L’avis de la rédaction : Pour les plaisantins / sociopathes.