20140212

Krautrocksampler de Julian Cope

krautrocksampler

Vous aimez le rock? Vous aimez la choucroute? Vous aimez l’Allemagne? Alors vous aimerez Krautrocksampler, de Julian Cope. Une merveille de livre sur le mouvement musical expérimental de la « kosmische musik » qui a enflammé la scène rock dès la fin des années 60.


Krautrocksampler… Un ouvrage fabuleux analysant en détail le mouvement musical expérimental, assez confidentiel, du moins aujourd’hui, de la « kosmische musik » qui a littéralement enflammé la scène rock allemande, dès la fin des années 1960, pour disparaître une décennie plus tard.
Le livre n’est pas une exclusivité (pardon lecteurs adorés). Il a été édité en Angleterre en 1990 par un passionné, Julian Cope, puis fut rapidement introuvable avant sa traduction française en 2005 (et sa réédition en 2008). Peu importe la nouveauté, ce courant musical est de toute façon toujours vivant de par l’influence qu’il a pu avoir, et mérite l’attention de tout amateur d’expérimentations sonores. 

Krautrocksampler
VOUS PRENDREZ BIEN DE LA CHOUCROUTE

Reprenons. Les années 50/60. L’Allemagne est battue, divisée, occupée et honteuse de son passé récent. Les jeunes tournent en rond, se tapent de la pop anglaise et de la folk américaine sans rien produire de leur côté. Mais cela bouillonne, pourtant… Quelques marginaux vont décider d’innover, de tout foutre en l’air en explosant les carcans et de repartir à zéro musicalement. Le krautrock (ou rock choucroute) est né. Et son influence sera considérable, particulièrement sur la new wave, ainsi que sur toute une frange de l’électro actuelle, Kraftwerk par exemple, si cela vous « cause » ?
Les livres traitant de musique sont souvent rébarbatifs, pour ne pas dire carrément chiants. Et on sait ce qu’on dit, on s’en est cognés un certain nombre… Au passage, quand même, on recommande fortement les éditions Allia qui, bien que très techniques, sortent des ouvrages documentés et toujours passionnants, eux, comme Rip it up and start again de S. Reynold notamment. De même, les éditions Camion Blanc valent aussi le détour, avec leur approche plus accessible, illustrée avec une pléthore de belles images (youpi), telle qu’on la retrouve dans L’esthétique New Wave par exemple.
Mais on s’égare, on s’égare. Revenons à Krautrocksampler. Un livre à part, qui ressemble étrangement à la musique qu’il essaie de décrire, donc au kraut !! C’est plein d’humour et de roublardise, parfois. C’est, selon les passages, aussi taré / défoncé / effrayant (rayez les mentions inutiles) qu’un album de Faust. Voire plus planant qu’un disque de Tangerine Dream. Bref c’est souvent le bordel et l’anarchie, mais c’est surtout un livre qui s’ouvre avec l’une des meilleures introductions jamais lue auparavant, à la fois hommage et épitaphe du mouvement kraut. Juste un court extrait, pour vous mettre en appétit :

« Le krautrock n’est pas la musique de n’importe quel groupe allemand des années 70. Ce fut l’attitude puissante de quelques rares pionniers qui annonçaient le punk – ses pères fondateurs, ceux qui en furent l’origine. Le krautrock c’est ce que les punks auraient été si Johnny Rotten avait été aux commandes- une espèce de délire païen sous LSD, une Odyssée gnostique du genre « trouve le Dieu qui t’habite en libérant tes démons ».

Si ces quelques lignes ne vous ont pas mis l’eau à la bouche, voire foutu le gourdin, mieux vaut passer votre chemin. Pour les autres, pour tous les amateurs de Public Image Limited et autres musiques de déglingos, alors cet ouvrage doit absolument finir dans votre bibliothèque !
Vous l’aurez compris, le rock cosmique se cale à une époque charnière de la musique « rock » en général. Il va exploser toutes les barrières et les branches musicales existantes avec l’apparition de groupes comme Can, Kraftwerk ou encore Amon Düül (très politisé), qui inspireront des formations majeures éloignées des contrées allemandes : Joy Division, PIL, les Stooges et même (surtout) le Velvet Underground.
L’auteur, pour simplifier la lecture, compartimente ses chapitres, au nombre de dix, par groupes et par périodes, en prenant évidemment soin de consacrer les premiers à l’émergence et à l’histoire de ce courant musical aussi explosif et bref que la sensation procurée par l’absorption d’une saloperie en soirée.

A MOITIÉ DÉFONCÉ DANS DES SALLES POURRIES

krautrocksampler

Avec son écriture très personnelle et incisive (Cope s’octroie le droit de cracher sur les Pink Floyd jugés trop « soft » dans leurs approches), le mélomane tire à vue et s’enflamme en racontant ses découvertes musicales de l’époque. Le récit de certains concerts vécus jadis ne laisse pas de marbre, et on aurait bien aimé être à côté de lui alors, à triper comme des malades, à moitié défoncés, dans ces salles pourries d’Allemagne de l’Ouest.
Mais, de manière plus prosaïque, il faut aussi noter, et c’est très pratique, l’appendice des 50 meilleurs albums du krautrock, très instructif et personnel (chroniques à l’appui), établi par Cope, qui n’oublie absolument rien.
Si nous devions, nous, résumer très modestement le kraut et son étendue en 5 titres — ce qui est évidemment inacceptable entendons-nous bien — nous dirions ceci… Liste non exhaustive, liste sans véritable ordre ni sens d’ailleurs… Liste à la con, en fait, mais bon… 

1) FAUST (IV) 1973 : Krautrock
2) CAN (Tago Mago) 1971 : Halleluhwah
3) ASH’RA TEMPEL (Schwingungen) 1972 : Suche & Liebe
4) KRAFTWERK (Kraftwerk) 1970 : Stratovarius
5) AMON DÜÜL (Phallus Dei) 1969 : Kanaan

Et, allez, pour terminer, un dernier extrait de cette fabuleuse introduction :

« Pourquoi donc l’ensemble de la scène rock ouest allemande a-t-elle continué à sortir des albums de musique déjantés à l’acide avec des pochettes op’art complètement délirantes, et ce jusqu’à la fin des années 70 ? Et pourquoi le moins radical des albums mentionnés fut-il dix fois plus extrême des équivalents anglo-saxons, à l’exception peut-être d’album légendaires comme Sister Ray, du Velvet Underground ? »

 Croyez-moi, la question mérite vraiment d’être posée…

Krautrocksampler de Julian Cope aux éditions Kargo & L’éclat