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Le Vent se lève? Une tempête destructrice plus qu’une brise romantique

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Vous avez Ponyo en tête? Eh bien oubliez. Le vent se lève est d’une noirceur déroutante. Tellement que ce n’est pas un film pour les petits, et s’il est pour les plus grands, autant savoir qu’on en sortira avec le coeur lourd et pas avec cette si belle tendresse qu’on attache généralement à Miyazaki.


Il a un don pour surprendre, Miyazaki. Son ultime film, Le vent se lève, est d’une noirceur étonnante. Un testament d’un pessimisme rare. « Le vent se lève, il faut tenter de vivre »… Miyazaki cite Paul Valéry, en français dans le texte, et prière de se démerder avec ça. Et comme ce vent a tout de la tempête destructrice et pas grand-chose de la jolie brise romantique, on en sort un peu sonné.
On est si loin de Ponyo… Le Vent se lève est une fresque qui gagne en crédibilité et véracité historique ce qu’elle perd en onirisme. La beauté des sentiments ? La légèreté de l’ensemble ? Le rêve, l’amour et l’amitié, plus forts que tout ? L’enfance idéalisée ? On oublie… Tout est gris. Triste à foison. L’homme est un loup pour l’homme, et ça nous saute à la gorge, sans nous lâcher du début à la fin.

jiro gauche

Y ENVOYER VOS ENFANTS ? OUBLIEZ 

Si bien que l’on est presque content de sortir et, pire, Miyazaki nous fait oublier ce si délicat parfum suave de Ponyo ou Totoro. On erre dans la rue avec l’idée entêtante que ce bas monde n’est qu’une vile saloperie, une vaste immondice qui n’est pas près de changer.
C’est voulu, bien sûr. Car Miyazaki veut mettre l’accent sur ce temps perdu en bêtises. Sur ces priorités que l’on se donne, et qui n’en sont pas. Ou qui ne devraient pas en être. Le message est intéressant. Délivré comme toujours par Miyazaki, avec talent. Sa soif de détails est toujours somptueuse. La qualité de ses animations. Celle du scénario, aussi. Même, si parfois, on peut trouver le rythme un peu trop lent.
Ce n’est donc pas un mauvais Miyazaki, évidemment. Mais pas non plus le meilleur, loin de là. Le plus troublant étant le traitement. Miyazaki, pour tirer sa révérence, a voulu rompre avec ses habitudes. Et, à trop vouloir dérouter, il a tendance à nous perdre un peu.
Je crains d’ailleurs, à voir la horde de nains pressée de s’engouffrer dans la salle à chaque séance, qu’il n’y ait comme une méprise. Ce film n’est franchement pas pour les petits. Et s’il est pour les plus grands, mieux vaut être prévenu de ce qu’on va voir, histoire de savoir où on met les pieds.

jiro droite

LA TRISTESSE PREND LE PAS SUR LA TENDRESSE 

C’est l’histoire « vraie » de Jiro Horikoshi. Un jeune homme des années 1920, qui ne rêve que d’avions. Idéaliste dans un monde belliciste, il est ingénieur aéronautique et brûle de construire le plus beau des avions avec, pour modèle, le travail effectué par Giovanni Caproni. Engagé chez Mitsubishi, il n’a que cette idée en tête alors que l’entreprise, au nom du gouvernement, ne jure que par des chasseurs et des bombardiers.
Avançant visiblement avec des œillères, Jiro ne rêve que de beau et associe l’avion à la légèreté, à la liberté. Tout son travail, auquel il s’adonne sans rechigner, n’a d’autres objectifs que d’améliorer l’avion pour en faire une arme de guerre, redoutable. Le mariage des deux met un poil mal à l’aise. Au point de se demander si cet idéalisme de Jiro, loin d’être poétique, n’est pas plutôt calculé. Genre tentative de réhabilitation un brin malsaine : je construis des engins de mort, mais j’étais animé des sentiments les plus purs…
Car ce brave Jiro n’est autre que le créateur des célèbres Zéro, qui firent tant de dégâts pendant la Seconde Guerre mondiale. Ceci dit, le concepteur n’est pas forcément responsable de ce qu’on fait de son joujou… Et admettons, d’ailleurs. Jiro, pour autant, n’apparaît pas follement sympathique. Trop accaparé par son travail, il oublie de vivre. Et, une fois encore, le rêve de sa vie prend le pas sur l’essence même de la vie.

ON RESTE SEC 

Jiro est aimé de Nahoko. Et Nahoko, elle, ça oui alors, elle est pure. Pure et belle. Gentille. Dévouée. Tuberculeuse aussi. Elle se sacrifie, fait des efforts, pour vivre son amour. Mais le contraire n’est pas forcément vrai. Jiro l’aime en retour, bien sûr, mais qu’il lâche son travail, enfin ! Qu’il s’occupe d’elle ! Qu’il l’aime, boudiou !!
Or sa tête n’est remplie que de rêves d’avions. Et Nahoko, c’est quand il y pense. C’est-à-dire rarement. Alors, quand le temps de l’amour arrive enfin, sous fond de drames imminents, cette émotion qui, d’ordinaire, avec Miyazaki, affleure ne vient pas. On reste sec quand on voudrait déborder de tendresse. Et on sort en se disant « mais qu’est-ce que c’est triste », quand on voudrait pouvoir dire « mais qu’est-ce que c’est beau ».