20140219

Pourquoi fallait-il être à Sotchi la première semaine !

sotchi_pictogrames_2014

Les Jeux Olympiques d’hiver ont posé leurs valises à Sotchi, en Russie, cette année. Une station balnéaire des bords de la mer noire remodelée en station de ski pour 36 milliards d’euros… Mais promis, je n’irai pas plus loin dans les allusions extra-sportives. Bon, un petit peu seulement. Mais juré craché, je n’évoquerai point la vodka, ni le tsar Poutine, ni la lutte LGBT sur la place rouge et encore moins la deuxième guerre d’Ossétie du Sud qui avait eu lieu à quelques kilomètres de Sotchi en 2008… Non, car les J.O, avant tout, c’est la fête des sports d’hiver.


Les Jeux Olympiques d’hiver ont posé leurs valises à Sotchi, en Russie, cette année. Une station balnéaire des bords de la mer noire remodelée en station de ski pour 36 milliards d’euros… Mais promis, je n’irai pas plus loin dans les allusions extra-sportives. Bon, un petit peu seulement. Mais juré craché, je n’évoquerai point la vodka, ni le tsar Poutine, ni la lutte LGBT sur la place rouge et encore moins la deuxième guerre d’Ossétie du Sud qui avait eu lieu à quelques kilomètres  de Sotchi en 2008… Non, car les J.O, avant tout, c’est la fête des sports d’hiver. 

L’occasion de montrer que la luge est plus qu’un délire entre potes, que le balai sert aussi à frotter la glace et que les rois ne sont pas les footeux mais bien les hockeyeurs. Oui, ça fait plaisir. On change de dimension pour une mise en lumière temporaire de sports et d’athlètes peu habitués à truster la une des journaux sportifs. Aujourd’hui, séance de planté de bâton version saut à ski féminin, slopestyle et luge par équipe. Trois nouvelles disciplines qui ont fait leurs grands débuts aux Jeux olympiques, trois bonnes raisons d’enfiler la combinaison et d’aller voir ça de plus près !

PREMIÈRE BONNE RAISON:
LE SAUT À SKI FÉMININ
(pour voir Mattel mater les machos et Coline voler)

Sotchi-Mattel
Honneur aux dames et direction le tremplin du site RusSki Gorki. Trente nanas se disputent la médaille d’or en saut à ski pour la première fois dans l’histoire olympique. Car figurez-vous, cette discipline était réservée seulement aux hommes, le CIO (Comité International Olympique) estimant que le concours était trop dangereux pour ces demoiselles qui n’avaient pas le niveau nécessaire pour relever le défi. Et attendez mesdames, ce n’est pas fini: ce sport serait aussi trop dangereux d’un point de vue médical. Selon des études douteuses du début du 20ème siècle, la discipline aurait été jugée dangereuse pour le bien-être de l’utérus et pourrait engendrer des problèmes de fertilité. En gros, faut avoir des c… pour s’éclater dans les airs ! Bande de gros machos ! Bref, toutes ces pensées débiles ne valent pas le coup de rentrer dans les détails. Une chose est certaine, cela a gravement retardé le développement de ce sport chez les filles. Il a fallu cravacher, lutter pour voir des filles sur les tremplins et pour voir les premières compétitions féminines de saut à ski. Avant le graal et l’accès aux J.O En 2014. Attention les mecs, la donne change et les femmes ont elles aussi le droit de voler. 

En haut du tremplin, elles répètent leurs gammes. Casque vissé sur la tête, visière serrée, elles sont trop sex avec leur combinaison fluo, proche du corps pour donner un effet aérodynamique, style Bioman. Le tout avec des skis de trois fois leur taille. Rien à foutre des moqueries. On va aussi prouver qu’on peut voler. Une Française s’élance: c’est Coline Mattel. Les fesses posées sur la barrière d’élan, elle respire profondément. Les skis sont parfaitement alignés sur le tremplin. Elle a l’air concentrée la petite. Elle fait abstraction du bruit, des flashs qui crépitent. Regarder cette ligne, à l’horizon. Puis vient le gong et cette descente, le cœur qui bat. Ça y est c’est parti ! Prendre le plus de vitesse possible, atteindre 100km/h avant de s’élancer dans le vide. Rester droit, les skis en V, pour rester le plus longtemps possible dans les airs. Pour voler tout simplement. Oui voler. Quelques secondes d’adrénaline dans la nuit de Sotchi avant d’atterrir sur la piste enneigée. La séance de voltige sera répétée deux fois. Sauter le plus loin possible tout en alliant justesse technique et esthétique durant le vol et l’atterrissage. L’ensemble de ces critères fait l’objet d’une note globale attribuée par les juges. La sauteuse qui récolte le plus de points sur les deux sauts gagne le concours.

Pour Coline, ce sera deux bonds proches de la ligne des 100 mètres (99.5m et à 97.5m) et un total de 245.2 points. La médaille de bronze est dans la poche. La performance est historique ! Je suis  bluffé car elle n’a peur de rien la petite. A 18 ans, elle remporte la première médaille française olympique du saut à ski féminin. Mais à mon grand désespoir, elle ne mérite pas la Une de l’Equipe le lendemain, lui préférant une Une foot anglais… no comment et revenons-en à Mademoiselle Mattel ! 

Coline, née dans les montagnes, s’éclate depuis toujours dans la poudreuse. C’est ça son terrain de jeu. Ski alpin, ski de fond, c’est déjà une crack en compétition alors que certains n’ont même pas leur première étoile ! A 7 ans, elle tente le saut histoire de varier les plaisirs: vrai coup de foudre et révélation ! Elle a kiffé et ne lâchera plus jamais ces skis surdimensionnés! Les goûts ne s’expliquent pas. Force est de constater qu’elle a eu raison. Car du haut de 18 ses piges, Coline possède déjà un CV bien garni avec notamment deux victoires en coupe du monde et une troisième place aux mondiaux de 2011. En 2018, aux prochains J.O d’hiver, en Corée, Coline visera l’or cette fois. Pour s’envoler toujours plus loin et pour continuer d’écrire l’histoire du saut à skis féminin aux Jeux-Olympiques.

 

DEUXIÈME BONNE RAISON:
LE SLOPESTYLE 
(pour assurer le show aux JO)

Je sors de ma sieste. Le curling m’a mis K.O, j’ai tenu cinq minutes. Finalement, voir des mecs qui frottent la glace avec un balai, c’est plus efficace que de compter les moutons. J’ai besoin d’un petit remontant ! Un shot ? Non, j’ai dit que je ne toucherai pas à la vodka ! Et si j’allais voir un peu de Slopestyle? Il paraît que ça décoiffe ! 

sotchi-slopestyle
Changement de décors. La patinoire est derrière moi et je retrouve les pistes de ski.

Celle du slopestyle est particulière. Une longue descente avec des bosses et des barres de fer (celles qu’on trouve dans les skate-park), changement d’ambiance. Le slopestyle, c’est le côté jeune, cool et spectacle des J.O. Si tu ne veux pas retrouver les surfeurs et les surfeuses qui se la racontent sur la plage de Lacanau, tu n’es pas au bon endroit. Car ici, tu as les mêmes, version sports d’hiver avec une combinaison en guise de short. L’épreuve de slopestyle se décline en skis et en surf. Beaux et belles gosses sont dans la place. Dans un univers à part entière, avec ses codes, son vocabulaire et son atmosphère. Les concurrents se tapent quatre fois dans la main, ils se checkent « Gimme five mec !». T’es largué quand tu les entends parler et tu comprends vite que tu dois te remettre à l’anglais sur fond de run, rail, ride et backfleep, grabs ou grinds. All right !

Dans les faits, les concurrents doivent descendre la piste en enchaînant les figures et les sauts les plus spectaculaires via les barres de fer, les bosses et les tremplins. L’attraction du concours s’appelle Shaun White. L’Américain est THE star du slopestyle. Grosse tignasse rousse, bandana noir sur la face, ce mec a un vrai look de cow-boy. Point de Jolly Jumper mais un surf pour faire voler la poudreuse et se lever les foules à coups de gros saltos. Son run (la course) commence. Les midinettes sont comme des dingues en bas de la piste. Un petit grind (glisser en équilibre) sur la barre de fer pour commencer tranquille histoire de se chauffer et de prendre de la vitesse. Puis il s’élance sur la première bosse et réalise un 360 en l’air. Là ça va de plus en plus vite. Parfait pour réaliser un back fleep (salto arrière) à la sortie du tremplin, avant de conclure avec une bosse et s’élever à dix mètres de hauteur pour nous gratifier d’un grab (attraper une partie du snowboard avec sa main). Grosse performance ! Au bas de la piste, l’Américain lève les bras au ciel, baisse le bandana et affiche un sourire colgate devant les caméras. 

Ces acrobaties sont notées par des juges. Le gagnant est celui qui se voit attribuer les meilleures notes. Le slopestyle vaut vraiment le coup d’œil. Plus qu’un sport, un vrai spectacle ou la médaille est attribuée à celui qui apportera le plus de folie sur la piste et qui se lâchera le plus dans les airs. Le slopestyle  s’inscrit dans la lignée du ski acrobatique, du ski bosses et du Half Pipe. Un bon coup de piment à la monotonie du ski alpin. Et un pari réussi pour les membres du CIO. Bref, une claque bien sympathique pour se réveiller.  Si Shaun ne remporte pas la médaille d’or cette fois ci, je vous laisse apprécier les prouesses du rouquin en vidéo.

 

TROISIÈME BONNE RAISON:
LA LUGE RELAIS
(Pour faire oublier Boccalandro ou pas)

Avant de quitter le monde merveilleux de Sotchi, je me suis laissé tenter par une séance de luge. Tout est parti d’une bonne blague. Pour ces 22èmes olympiades d’hiver, le CIO veut donner plus de crédit à la luge et mettre plus de lumière sur un sport qui passe assez inaperçu. Comment ? En intronisant une nouvelle épreuve dans la discipline : la luge en relais ou plus justement nommée,  l’épreuve de luge par équipes. Je me marre. Impossible. Depuis 2002, et les J.O de Salt Lake City, je n’ai qu’une image en tête quand je pense à la luge. Un bêtisier sportif et au gros moment de solitude vécu par Mlle Boccalandro. De nationalité vénézuélienne, elle était venue défier les lois impitoyables du tube de glace. L’essai avait tourné au carnage ! Vous vous souvenez ? Grosse gamelle et buzz. La pauvre n’avait pas tenu un virage. Jusqu’à être surnommée « la loutre ». La faute à un physique ingrat ? Un manque de préparation ? En live, ça avait donné ça ! Culte et à consommer sans modération !

Jacques Rooge, ancien président du CIO jusqu’en 2013, avait très mal vécu cette affaire. La luge a déjà du mal à exister dans certains pays, la chute de Mlle Boccalandro n’avait pas arrangé les choses. Pas facile de faire de la pub à un sport en manque de reconnaissance quand on se casse la gueule au bout de dix secondes. En France, par exemple, on ne compte qu’une dizaine de licenciés et une seule piste de luge, elle se situe à La Plagne. De plus, les lugeurs doivent se partager le site avec leurs cousins du bobsleigh et du skeleton. Y a mieux comme conditions d’entraînement. En ajoutant un concours de plus aux épreuves de luge, Rooge donne un peu plus de visibilité médiatique. Pour prouver que la luge est un sport sérieux. Qu’il mérite qu’on y prête attention. Car ce sont de véritables athlètes qui posent leurs fesses sur la machine. Allongés sur le dos, ils descendent une piste glacée de 1380m avec  des pointes pouvant atteindre 140km/h. Un sport qui allie agilité, concentration, maîtrise de soi et justesse technique.

Le concours par équipe rajoute une touche collective. Afin d’essayer de mettre plus de suspens, plus d’imprévus, plus de retournements de situation. Et une touche d’originalité puisque l’équipage est mixte. Joli clin d’œil à la parité hommes-femmes. L’épreuve voit descendre successivement un lugeur, puis une lugeuse et un biplace masculin. A la fin, on additionne les temps et le pays qui réalise le meilleur chrono monte sur la plus haute marche du podium. Pour les imprévus, on repassera car, que ce soit en équipe ou en individuel, à la fin ce sont toujours les Allemands qui gagnent. La luge chez les Allemands, c’est comme le ping-pong pour les Chinois. Une vraie tradition. Tu ne peux pas testes. Ils sont trop forts. Malgré un résultat prévisible, le CIO avait préparé une vidéo de promo bien sympa pour attirer du monde autour de ces fous de vitesse.

En amoureux du sport, je respecte les efforts réalisés pour faire aimer la luge mais je ne suis toujours pas convaincu. Qu’il y en ait un ou quatre qui descendent, tu ne vois rien. Comme en Formule 1, c’est le départ le plus intéressant. Après, tu n’as pas le temps d’apprécier car ça va trop vite.  En fait, le meilleur moyen d’apprécier la luge, c’est de regarder l’Indien Shiva Keshavan lors de l’épreuve individuelle. Le mec a tout compris. Pour le faire marrer les Français qui ne connaissent rien à la luge, l’Indien nous gratifie d’une petite chute en milieu de descente. Mais pour faire plaisir au CIO et aux fans de luge et pour démontrer qu’il est un vrai athlète, Shiva, par je ne sais quelle prouesse, arrive à se remettre sur sa luge pour terminer la course. Cocktail parfait pour satisfaire tout le monde. Chapeau bas Monsieur Keshavan. Et qui sait, ça donnera peut-être des idées pour une nouvelle discipline olympique ?

Pour être bien sapé à Sotchi, ce développement mode: l’enfer des pistes.
Et pour aller encore un bobsleigh plus loin, un très bel article de Graphéine sur l’identité visuelle de Sotchi 2014.