20140313

C’est pas marqué sur ta gueule…

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Vous voulez savoir ce que je pense ? Pas besoin, c’est marqué sur ton Barbour.


Ne jugez pas selon l’apparence. Cela sonne comme un précepte évident à suivre. Et pourtant, moi ça me titille… Moi qui m’habille en Kiabi, Tex, Celio, -Que-mon-frère-ne-porte-plus, avec ma dégaine d’électeur potentiel du MoDem au premier tour, je suis fasciné par les gens dont les vêtements s’apparentent à des uniformes de prêt-à-penser.

monkey

Je voudrais assommer un hipster à barbe, cheveux à vague, bonnet en laine, et chemise à carreaux puis le torturer jusqu’à ce qu’il avoue ce qui le pousse à enfiler ce total look si cliché. Pour se démarquer, il s’accoutre comme ses congénères d’une panoplie sans originalité, ça n’a pas de sens. Se vêtir en caricature pour se distinguer ? Cela défie tout entendement, voire pire, ça me fait saigner du nez.

Dans le registre branchouille, il y a la p’tite nénette à frange, peau pale et lèvres rouges. Fuyante dans le métro comme si le monde l’outrageait, je l’aperçois sur les plateaux de Canal+.

J’ai de furieuses envies de parler des émissions de Canal+, mais je me retiens, je sais me tenir. (Putain le conformisme, putain le moralisme, putain le parisianisme, putain le nombrilisme, putain l’élitisme, putain le snobisme, putain l’arrogance, putain le vide, le pseudo-culturalisme, le populisme classe moyenne, la bonne conscience Ikéa… désolé j’en ai mis partout, j’essuie)

Je serai cinéaste, je filmerai des réunions de stagiaires du tertiaire ou des concerts, ou des expos, ou quelconques endroits de masse regroupant ces jeunes filles en fleurs aux looks photocopiés. Se rendent-elles compte dans leurs verres apéro post-brunch pré-before qu’elles ont la même tronche que seul l’acné d’une peau fragilisée par la surabondance de cosmétiques à étaler permet d’égayer ?

L’hipster et la p’tite nénette The Kooples ont-ils une pensée de tribu ? Des idéaux communs ? Ou partagent-ils seulement les bons plans fripes & baggels ?

En parlant de pensée commune, (j’introduis mes phrases comme un blaireau de stand-up, merci pour moi, c’était Monsieur Grabeuz) je suis tout autant impressionné par le total look politisé. Je ne parle pas du jeune ado en mal de révolte affichant ses badges et ses icônes sur ses t-shirts et son sac noir, le tout tagué (de blanco ou tipp-ex selon votre collège d’affectation). Il faut bien que les hormones s’expriment.

Je parle de ceux que l’on a vu défiler ces derniers temps, que l’on retrouve plus facilement du côté de Versailles qu’à la Goutte-d’Or, qui semblent parfois sortis du formol ou d’un film satirique des années 1980. Je serais sans doute mal placé avec mon daltonisme de l’esthétisme pour parler de faute de goût. Mais il se dégage de leurs chemises bleux ou vichy sagement rentrées dans leurs pantalons jadis noirs ou beiges, mais manif-pour-tous oblige, désormais couleurs pastels, de leurs mèches lissées au brushing, une impression qu’on pourrait lire leurs opinions sur l’Europe, l’Islam ou la place de la femme dans les lignes de leurs velours côtelés. C’est vertigineux.
Vous voulez savoir ce que je pense ? Pas besoin, c’est marqué sur ton Barbour.

J’espère sincèrement me tromper, que ce n’est qu’un hasard, que c’est plus complexe que ça, mais peut-être me dis-je naïvement que c’est fait exprès. Regardez comment je m’habille attire mes semblables et repousse ceux qui pensent différemment. Le tradi-réac, proche de l’ordre naturel fait comme l’insecte qui se pare de certaines couleurs pour éviter les prédateurs et charmer sa femelle.

Il y a encore une autre catégorie qui me fascine. Celle de la jeune fille au hijab, sac à main de luxe, et baskets de marque. Elles ont souvent le visage fier de celles qui portent leurs convictions sur le dos. Et elles doivent en avoir des convictions pour supporter les regards et les commentaires que leurs vêtements suscitent sur leur passage. Ce mélange d’élégance, de religieux et de combat social me met souvent mal à l’aise. Le look bonne sœur des jeunes cathos coincées m’afflige et me fait rire, le total-style gothique m’amuse et m’interroge sur le mal-être intérieur plus ou moins sublimé de cette armée des zombies mangeurs de cervelles insouciantes. La jeune femme voilée me fait l’effet d’un tract politique, d’une revendication religieuse, d’une banderole sociale dont le message s’impose à tous sans pour autant qu’il soit forcément compréhensible. Lire ici

Comme face au hipster à chemise bucheron, je voudrais sonder l’âme de ma voisine de métro, de la greluche de plateau télé, du jeune homme propre-sur-lui, tête haute, mains propres, et décortiquer tout ce qui fait qu’un beau matin sa garde robe devient un étendard identitaire et non plus un morceau de tissu qui sert à se couvrir ou à faire rire les copains quand on dessine un symbole phallique dessus…

Une seule vie et tant à comprendre. Si vous avez des liens pertinents, je prends !