20140317

Data center, électricité et écologie

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Les data center grossissent de jour en jour, et gaspillent des ressources énergétiques colossales. Et ce n’est que le début ! Une fatalité ?


Plus notre quotidien devient virtuel et plus il consomme d’énergie. Les data centers qui contiennent vos mails, vos profils Facebook, Instagram ou autres Tumblr (sans parler de vos  factures EDF ou de vos relevés de banque) s’enflent chaque jour de nouvelles données (NSA style !). Demain, tout le monde aura  des requêtes dans le nuage (le cloud). Et ce nuage n’est pas qu’un espace virtuel de stockage : la partie immergée, elle, est un paquet de disques durs, tout vibrant de réalité.

data-centerLes data centers, en vrai, ce sont d’énormes hangars remplis d’armoires qui clignotent. Ils ne servent pas qu’à stocker les données, mais également à faire des calculs. Si vous avez besoin d’un ordinateur puissant pour quelques heures, parce que vous êtes graphiste, chercheur, architecte ou n’importe qui avec un projet gourmand en calculs, vous pouvez louer à distance quelques grammes de la puissance d’un data center.
C’est également là que se trouvent tous les serveurs qui répondent aux requêtes de vos petits doigts bouffis cliquant frénétiquement sur une souris graisseuse. C’est véritablement le nerf de la guerre des géants d’internet. Sans tous ces ordinateurs, alors impossible de satisfaire plusieurs milliards de clients à travers la planète qui surfent tous en même temps. Le problème c’est que ça coûte cher : Facebook vient ainsi d’annoncer qu’en optimisant l’utilisation de leurs serveurs, il ont économisé près d’1,2 milliard de dollars en 3 ans. Ils sont très gourmand en énergie et pas très écolos.

BONJOUR RÉCHAUFFEMENT TU VAS BIEN?

Ces grandes pièces pleines de câbles sont des puits à énergie : tout ce qu’elles consomment, elles le rejettent sous forme de chaleur. D’un point de vue thermodynamique, l’électricité est entièrement dissipée par effet joule. En fait, ce sont de grands radiateurs. Par conséquent, 50% de l’énergie consommée par un data center sert à le refroidir !  En 2010, 1.5% de la consommation mondiale d’électricité était due au data center. Sachant que le cloud computing est en train d’exploser, que leur croissance en consommation entre 2005 et 2010 était déjà de 56%, on peut imaginer un avenir florissant aux radiateurs inutiles. D’ailleurs, Google construit un site à 273 millions de dollars en Finlande pour réduire les coûts de refroidissement (pas con le mec!). C’est que Google consomme 1,9 milliard de kWh par an …
La NSA, elle, a bizarrement  toujours un coup de retard (les adresses mails françaises qu’elle surveillait le plus étaient les adresses wanadoo !?) : elle copie une ancienne technique de Google en récupérant les eaux usées dans le Maryland : jusqu’à 5 millions de gallons par jour, tout ça pour refroidir vos mails et vos photos de vacances.  Quand je dis 5 millions de gallons je ne parle pas d’uniformes militaires usagés, mais d’une unité anglo-saxonne super pratique pour mesurer les volumes : 5 millions de gallons ça fait 19 000 mètres cubes de flotte directement sorties des toilettes pour protéger grande nation USA.

Mais est on réduit à rejeter inutilement des tonnes de C02 à chaque fois que l’on recherche une photo de Candeloro nu ? Faut il que la planète fonde et que les pingouins transpirent des palmes à cause de la multiplication des selfies, des vidéos de chats qui ratent leur saut du canapé et de l’incommensurable masse de photo HD de votre déjeuner (trop belle la béchamel, trop mignons les brugnons, trop sexy l’aïoli) ?

LES DATA CENTERS VERS UN MONDE MEILLEUR?

Et bien non,  toute cette chaleur bien inutile et bien dangereuse lorsqu’elle est ventilée à l’extérieur, peut nous aider à construire un monde meilleur: il suffit pour cela de récupérer au maximum cette chaleur pour la diffuser là où on en a besoin. Cela peut paraître plus ou moins utopiste, mais cela existe pourtant déjà au pays de Mickey et Rousseau, j’ai nommé Disneyland Paris. Là bas, le fournisseur d’énergie Dalkia utilise l’énergie dissipée par un data center pour chauffer 600 000 m² dans les batiments de Disneyland. Take that Google ! Un peu moins bête comme méthode que d’aller tout jeter en Finlande. Parce qu’avec leur connerie, le Père Noël risque vite  de distribuer  les cadeaux en bikini. Nous en revanche, on l’utilise pour chauffer les miches de Cendrillon gratos. Chacun son projet.

Certains Français vont même plus loin (plus fort, plus vite, jusqu’au bout de l’extrême limite ?). La société Qarnot Computing propose carrément une révolution : les data centers sont gourmands en énergie (en France, 80% du prix provient de électricité engloutie), tant et si bien qu’il n’est plus autorisé d’en construire autour de Paris. Pourtant, de nombreuses personnes ont du mal à se chauffer. Alors pourquoi on ne décentraliserait pas les data centers ? On met quelques ordinateurs dans votre immeuble, et hop ! Chauffage quasiment gratuit, plus de perte d’énergie : le coût d’utilisation du data center baisse, et il devient beaucoup plus accessible ; les chercheurs sans le sou pourront utiliser de grandes capacités de calcul pour pas grand-chose. 

En gros, on renverse le problème : pourquoi se payer des radiateurs électriques stupides, alors qu’on peut se payer des radiateurs intelligents qui non seulement chauffent mais qui en plus, calculent pour nous plein de trucs très intéressants (le séquençage de maladies géniques,  les paires de nombres premiers, les galaxies lointaines …) et accélèrent internet  (pour pouvoir enfin stocker tout NRJ12 dans le cloud, et revoir à l’envie « On relooke les Chtis collectionneurs de nains de jardins »).

Cette solution est déjà à l’essai, et pourrait bien devenir un succès. Alors gardez un peu de place dans votre cave, vous pourriez bientôt y stocker quelques serveurs pour skyblog.