20140317

Diplomatie, un huis-clos entre personnes aux mains sales qui donne la nausée

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Si Paris vaut bien une messe, elle vaut bien, aussi, une nuit blanche. Celle du 24 au 25 août 1944, où le gouverneur Von Choltitz, qui a pour ordre de détruire la ville, reçoit la visite de Nordling, qui tente de l’en dissuader. Un huis-clos qui, malheureusement, ne tient pas ses promesses.


On a vu des huis-clos plus haletants. Des tensions plus palpables. Des joutes verbales plus affûtées, plus paroxystiques. L’ennui, avec ce Diplomatie, c’est qu’il ne tient pas ses promesses. On attendait une montée en puissance jouissive, un feu d’artifice de rhétorique. On n’a rien d’autre qu’un film paresseux, sans inventivité ni, surtout, de dialogues percutants. Et pire : un film visiblement bien loin de la vérité historique… On dit « visiblement » car on n’est pas expert de la question, et on s’en reporte, sans trop savoir ce que ça vaut, aux articles du Point, ici, ou de Rue89, .
Une fois ceci posé, on en revient à notre sujet. Le cinéma (mot à prononcer tout haut, de la manière la plus pédante possible). D’abord pour dire notre malaise face au choix d’un réalisateur, Volker Schlöndorff, de prendre deux personnages historiques – on entend par là ayant vraiment existé – pour en tirer un scénario complètement fictif : l’histoire de l’une de ces nuits où le destin d’une nation est censé se jouer. Celle du 24 au 25 août 1944, où se décide le sort de Paris. Doit-elle être détruite, ou sauvée ?

L’HISTOIRE D’UN HUIS-CLOS QUI N’A JAMAIS EXISTE

A ma gauche, Von Choltitz, gouverneur de Paris, officier allemand qui a reçu de Hitler l’ordre de faire sauter Paris avant que les Alliés ne libèrent la ville. Un dur de chez dur, le Von Choltitz… Rotterdam? Détruite. Sébastopol? Rasée. Les Juifs? Envoyés à la mort, sans ciller. Au moins 50.000 d’entre eux. Par laisser-faire, peut-être, plus qu’en y ayant une part active, mais quand même, cela revient au même… Voilà son tableau de service, à Von Choltitz. Presque 60 ans en 1944. Un militaire. Comme son père, son grand-père et même le père de son grand-père. Un homme habitué à obéir. Coûte que coûte, et quoi qu’il en coûte. Sans discuter.
A ma droite, Nordling, consul suédois en poste à Paris. Représentant d’un pays neutre, faisant son métier de diplomate en naviguant d’un camp à l’autre, il est, à 63 ans presque sonné, l’un des hommes clés de cette libération de Paris qui se prépare, s’activant en coulisses pour sauver ce qui peut encore l’être.
Ces deux-là ont existé, bien sûr. Ces deux-là se sont rencontrés, évidemment. Mais pas cette nuit-là. Pas dans ces conditions-là. Et pas, surtout, pour négocier avec autant d’âpreté que Schlöndorff le souligne le sort de Paris…
L’histoire, en somme, d’un huis-clos qui n’a jamais existé. Un brin intellectuellement dérangeant, déjà. Mais bon… En soi, voilà qui ne serait rien si, pour autant, le film tenait l’autre de ses promesses. Pensez-donc. Diplomatie. Un titre choc qui sous-entend, c’est dans le contrat de base, d’assister à un film dont les dialogues sont taillés au cordeau.

Quand la lumière ne vient que de la clope, c'est... embêtant.

Quand la lumière ne vient que de la clope, c’est… embêtant.

ARESTRUP SE BONIFIE AVEC L’AGE

Il n’en est rien. Il n’en est foutrement rien, et c’est une déception terrible. C’est plat. Quelconque. Terne. A aucun moment on ne s’arrête sur une phrase, une expression, un mouvement de tête ou de recul qui pourrait nous faire penser que ça y est, le combat est engagé. Et si les dialogues ne font pas mouche, que dire, alors, de la photographie, grise, et de la mise en scène, sans aspérité ? Que dire de ces images d’archives insérées dans le film, et dont on se demande bien à quoi elles servent ?
Ou plutôt, si, on sait. On ne sait que trop. Elles puent trop le réalisateur conscient de ses faiblesses, ces images d’archives. Ohlala se dit-il, soudain désemparé, je suis en train de perdre mon rythme avec ce huis-clos que je ne maîtrise pas, vite, vite, sortons de cette pièce pour se donner un peu d’air…
C’en est presque triste à voir car, en réunissant Niels Arestrup et André Dussollier, qui avaient joué ces rôles au théâtre précédemment, Schlöndorff disposait sous la main de deux acteurs majeurs. Or, si jamais on avait encore un doute, c’est maintenant officiel : deux grands acteurs peuvent surnager dans un naufrage, mais pas empêcher le film de couler.
Tant pis pour ce Diplomatie, qui ne restera franchement pas dans les mémoires. Mais que cela ne nous fasse pas oublier le talent de ces deux-là, Arestrup et Dussollier. Il est immense. Et tout particulièrement celui d’Arestrup qui, décidément, en vieillissant, acquiert ce petit quelque chose, dans la voix, dans le regard, dans le physique, dans le jeu, qui le fait basculer dans la case, pas si encombrée que cela, des acteurs qui sont susceptibles de nous donner envie d’aller voir un film juste parce qu’ils sont au générique.

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