20140320

J’étais, soudain, je vis.

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La phrase de Paul Valéry « le vent se lève… il faut tenter de vivre ! » qui a servi de titre au dernier film de Myazaki me hante.


C’est presque ça, mais pas exactement. Je n’ai pas la patience de Flaubert ni son talent. Je n’ai plus non plus l’exhibitionnisme de l’adolescent ou l’Ego du poète révolté.

La phrase de Paul Valéry « le vent se lève… il faut tenter de vivre ! » qui a servi de titre au dernier film de Myazaki me hante.

Phrase parfaite, équilibré, profonde et légère, ce conseil convaincu, cette proposition de se tenir debout face à l’incertitude me renvoie à l’Ukraine, à la Syrie, en Centre-Afrique, à la crise économique, sociale et morale en France, aux gens qui m’entourent, à mon quotidien.

Elle devrait être diffusée avant et après chaque journal télévisé, voire même pendant, ou à la place.

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Alors, je cherche ma phrase, je paulvaléryse à proclamer moi aussi que le monde change, qu’il faut affronter l’adversité, qu’il faut être un Homme debout, que demain est un nouveau jour, qu’après la pluie, encore la pluie. Et qu’il va falloir écoper, et tout un fatras de phrases qui ressemblent plus à des slogans publicitaires pour banques & épargnes, des punchlines d’ateliers d’écritures rap hors périodes scolaires et des mots écrits à l’encre bleue Waterman sur un coin de table de permanence…

Je hais les publicitaires qui souillent chaque jour un peu plus la langue française. Je les hais d’utiliser les mots, les images et les sons de notre quotidien pour leur faire faire le tapin. Je les hais d’avoir Benetton qui s’impose à moi quand je vois des personnes de différents horizons ensemble, je les hais d’avoir Ricoré comme vision de famille modèle au petit déjeuner, d’avoir Coca comme icône de foule heureuse, de penser à du dentifrice quand je regarde une photo de personnes souriantes. Les poètes mettent en musique notre réalité, les publicités la défigurent.

J’étais parti pour faire une ode à Paul Valéry et me voilà à râler sur l’envahissement consumériste. Je n’ai pas de télé, je n’écoute pas la radio, j’ai installé adblocker, je lis principalement de la presse sans publicité, mais je prends le métro, je me promène dans la rue, et je me sens comme le héros d’« invasion Los Angeles » à voir des OBEY partout où je regarde.

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Il faut que je paulvaléryse, il faut que je paulvaléryse… le monde continue à craquer, la soit-disant guerre froide mijote toujours autant, notre belle démocratie, toujours aussi inégalitaire s’intoxique au rejet de l’autre et à la pensée simpliste, mais il faut tenter de vivre.

Tenter de s’entourer de gens qui nous veulent du bien, et remettre au goût du jour l’idée de bienveillance sans naïveté, ni aveuglement. Alors, pour mes prochaines chroniques, je m’engage à me convaincre (et ensuite vous, mais chaque chose en son temps), que la bienveillance est un acte rebelle, un acte pirate, révolutionnaire, un sport de combat, une arme, et un levier tout aussi puissant que la haine, le complotisme, la mesquinerie ou la vengeance.

Il y a du boulot, mais il faut tenter de vivre !