20140326

Le roumain et la France : sivouplé misiou, sivouplé madam

roumain

Training Kappa de pacotille, bouche ouverte, dent en or qui brille. Il ne danse pas le mia, il te vole ton macbook.

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Training Kappa de pacotille, bouche ouverte, dent en or qui brille. Il ne danse pas le mia, il te vole ton Macbook. Celui que tu as laissé dépassé de ton tote bag de graphiste, toi qui a grandit dans la naïveté et le confort, en te faisant prier par ta mère célib pour finir tes asperges parmesan. Lui, se faisait courser par des chiens errants à Bucarest.

Ah la France, la Sorbonne, la culture, les lumières, liberté, égalité, Beyoncé.

Depuis quelques années, le terme roumain (là soit tu ricanes, soit tu bad trip sur un flashback gare du nord) est devenu ce qu’il y a de plus péjoratif pour qualifier un être humain, quelque part entre antisémite et Nabila.
Pas de campagne de sensibilisation, de touche pas à mon pote pour nous les Roumains. C’est comme pour les chinois. C’est marrant un chinois hein,? Et puis quand on lui crache sur le pied il sourit comme un con.

Les preuves que les Français n’ont rien compris aux Roumains s’entassent dangereusement comme des BAC+7 au pôle emploi. Vous essayez de les foutre dans des bus climatisés tous frais payés direction la mère patrie, qui nous rappellent à quel point nos Dacia sont à chier. Votre Claude Guéant et ses « opérations d’envergure » sur les Champs prenait déjà la pose il y a des années, devant les caméras en featuring avec de ventrus flics roumain au look de chanteur de manele (sorte de gitanerie musicale roumaine, entre raï et pop de l’Est), promettant de régler le « problème roumain ».

A côté de ça, sortie de la plume ou de la bouche de ceux qui pensent y comprendre quelque chose, la guimauve sucrée des droits de l’homme dégouline pour s’insurger face à cette « stigmatisation des Roms » -pas des Roumains hein, les Roms, tu sais ceux avec les accordéons et les robes à fleurs, oh… Bandante Esmeralda, Victor Hugo aurait dû nous la foutre en cloque à 14 piges et avec de l’acné plutôt.

Alors on va oser l’analyse d’insider. Elevé aux lumières de l’occident aussi bien qu’enraciné dans ses gènes de gitans de l’Est. Qu’importe que la Roumanie soit une culture romane dont la langue est la plus proche du latin et que sa capitale ait été le petit Paris de sa région durant des décennies avant sa ruine communiste, c’est à l’Est putain !

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« Un tzigane qui sort un disque en France, ils appellent ça un CD-ROM ! »

Rom c’est vachement proche de Roumain, non ? Si un jour vous surmontez la peur de vous faire taillader au cutter rouillé, ou si vous avez laissé tous vos objets de valeur chez vous, tentez l’expérience Fear Factor de discuter avec un Roumain, et parlez-lui de « roms ». Laissez-moi vous épargner ce moment de terreur : à moins d’être un peu formé à vos médias, il ne vous comprendra pas, puis finira peut-être par vous dire « Ah ! Vous voulez dire un tzigane ! » (Enfin, plutôt « ah tou vou dir tzigane misiou ! »)

En effet, ce néologisme récent, mal senti par sa proximité, ne traduit en rien la réalité historique, culturelle et polymorphe du phénomène des ethnies nomades en Europe. On pourrait décrire les tziganes, majoritairement présents en Europe de l’Est dans des pays comme la Roumanie (environ 2 millions selon des recensements approximatifs), la Bulgarie mais aussi la Slovaquie ou bien d’autres, comme une ethnie nomade ayant migré du sous-continent Indien il y a un paquet de siècles.

Les Tziganes parlent le tzigane. En général en plus de la langue du pays qui les a vu naître. Ils ont une morphologie héritée de leurs origines indiennes, et ça allait pas trop mal à l’époque où c’était OK de se balader à travers le monde en roulotte pour bouffer ce qu’on trouvait, fabriquer des petits bidules avec ses mains ou jouer du violon pour grailler (et créer des influences musicales majeurs dont on profite encore à ce jour). Bon, ça c’était avant les cartes d’identité à puce, l’obligation d’avoir une adresse et les génocides.

Tout ça pour vous dire que si « problème rom » il y a, il ne s’agit pas d’un « problème roumain ». Il s’agit d’un problème millénaire, celui de la culture nomade alternative, de l’incompatibilité de nos systèmes de vie, entre le leur et le nôtre.

Le feu secrétaire général du parti communiste et dictateur devant l’éternel, Nicolae Ceausescu a bien essayé de les forcer à intégrer de beaux HLM grand luxe (téléphone, eau courante, chauffage, télévision avec 3 heures de propagande communiste par jour) construits rien que pour eux. Rien n’y fit ! Ça a fini en breakdance autour du feu au bas des tours, avec le parquet en guise de bûches, mec.

Le premier élément à faire comprendre aux Français est donc que les « roms » sont des tziganes, pas des Roumains (c’est là que tu m’envoie des mails d’insultes), avec une culture et un style de vie très différents des nôtres, Français et Roumains. Aussi, les prendre comme des victimes d’un racisme primaire injustifié est digne du Pays de Candy. Tout autant que de croire que les foutre dans des bus Mercedes ne les fera pas revenir pour plus de fun dans les rues de Paris un mois plus tard. Nomades on te dit !

Il faut donc apprendre à comprendre le tzigane spécifiquement, pas le roumain. Et se mettre à être un peu créatif, les gars ! Une population nomade incompatible avec la locale, c’est pas comme enrayer le tag ou le deal de shit.

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« Le métal ça s’écoute pas, ça se vend ! »

Eugene Ionescu (aka Ionesco, le dramaturge roumain qui a changé de nom pour vous plaire), le sculpteur Constantin Brancusi qui décore votre Centre Pompidou, l’homme de la révolution de l’aviation Henri Coanda, les musiciens, les intellectuels, Nadia Comaneci, tous ces siècles de francophonie… Tout ça pour n’être en 2014 qu’un mec en training vert qui joue le générique du Parrain à Barbesse ?

Tout ceci agace très fortement les Roumains (ça nous rend putain de dingue) ! Ils se disent que vous ne voyez pas du tout la big picture. Non, vous ne recevez aucune information sur la Roumanie, à part les Tziganes, que ce soit chez vous ou chez nous. Pour quel pays un quidam (ou « individu lambda ») n’est-il pas capable de pondre un seul autre mot clé que « gitan » ? Pas une ville, pas une spécialité culinaire, pas un personnage connu, un fait marquant, une marque de merde, RIEN.

Aucune idée pour les occidentaux de ce que peut bien être la Roumanie. Les brésiliens, au moins, on pense à une paire de seins moelleux ou un gamin qui jongle avec un ballon de foot. Un truc un peu chaud et réconfortant, quoi ! Roumanie ? BORAT ! GREAT SUCCES !

Le deuxième « conseil » ce serait donc: Manuel Valls, si tu nous entends, informe tes citoyens sur notre beau pays. Lui aussi regorge de consommateurs avides de Pitchfork, de jeans japonais et de cinéma dépressif-contemplatif. Je ne sais pas encore pourquoi, mais je sens que ça pourrait aider, quelque part dans le processus.

Ah au fait, ne pas pensez que votre problème ROM (le prochain Daft Punk ?) empêche les roumains de cuver leur alcool de prunes à 85° tranquille.

Avec ta gueule de roumain

 Ceci dit, le troisième bilan est assez triste : les Roumains n’ont pas la réponse à votre « problème rom ». Entre la scolarisation forcée des plus jeunes, la répression, l’isolation et la sédentarisation forcée par la construction de quartiers dédiés, les négociations avec les leaders de communautés tziganes (les tziganes ont un bulibacha, sorte d’empereur qui dirige plus ou moins la communauté sur un territoire donné), rien n’a réellement fonctionné.

La cohabitation roumano-tzigane peut sembler un peu schizophrène de l’extérieur : le Roumain, qu’il assume cette idée ou non, a une certaine sympathie pour la culture tzigane: l’imagerie de liberté qui y est associée à travers les contes et l’histoire, son sens de la musique et de l’hédonisme. D’un autre côté, un propriétaire de restaurant roumain par exemple, ne laissera jamais entrer des « clients » tziganes dans son établissement. Ce qui est assimilé et accepté par les deux parties. Et qui illustre aussi un peu l’état d’esprit. Par contre, avec un groupe de musique ou pour être attaquant du club local, là…

Etre tzigane en Roumanie au final, c’est peut-être comme être d’origine africaine en France : soit tu joues au foot, soit tu chantes. Peut-être une piste pour nos amis Parisiens ?