20140303

Pompéi ? Une éruption de subtilité à zéro sur l’échelle de Richter

POMPEII-affiche

Un film qui n’est fait que d’actions quand on aurait aimé y voir un peu de finesse. Comme si l’on était obligé de mettre en scène des gladiateurs quand on évoque l’époque romaine. Pour autant, et c’est très surprenant, ce Pompéi, en dépit de son côté bourrin, se laisse gentiment regarder.


Pompéi, c’est du bon gros film bourrin. Et il n’est pas complètement caricatural de ne retenir que le côté bourrin de la force. Cela dit, avec cette première phrase, nous avons là réunis, sous nos yeux ébahis, les trois caractéristiques majeures de ce Pompéi. Le bon, le gros, et le bourrin…
Le gros, d’abord. Et pourquoi lui d’abord, vous demandez-vous ? Parce que c’est le plus facile à expédier. Gros dans le sens outrancier. Trop de tout. Trop de trop. De musique, d’effets spéciaux et de bagarres inutiles. Et donc, comme son négatif parfait, pas assez de subtilités et de finesse. Voire aucune, d’ailleurs.

DE BONNES GROSSES FICELLES 

Oh un bourin (ah nan merde c'est John Snow... qui ne sait rien comme d'hab)

Oh un bourrin (ah nan merde c’est John Snow… qui ne sait rien comme d’hab)

Ce qui nous conduit tout droit au bourrin – quatre fois, déjà, qu’on utilise le mot, c’est dire si c’est lourdaud. Ça explose de partout, avec un scénario qui tire sur de grosses et parfois pénibles ficelles, prévisibles quasi de bout en bout. Tout étant cependant dans le quasi.
La fin, si l’on excepte une course poursuite ridicule et même techniquement assez mal faite est, elle, assez surprenante. Agréablement surprenante s’entend. Ou alors complètement ridicule, c’est selon qu’on se dise « ah tiens, ils n’ont quand même pas osé, c’est bien » ou son exact contraire : « ils ont fait pire, c’est épouvantable. » On est, pour ce qui nous concerne, passé d’une analyse à l’autre sans pouvoir choisir.
Reste le bon à voir, donc. Mais, petits impatients que vous êtes, voyons d’abord de quoi il retourne avec ce Pompéi, même si tout est finalement dit dans le titre. Nous sommes en 79 après Jésus-Christ, dans la bonne cité prospère de Pompéi, au pied du Vésuve. Lequel Vésuve s’apprête à se réveiller et à engloutir la ville pour plus de 1500 ans.

PAUL W.S. ANDERSON A TROP REGARDÉ GLADIATOR… 

Force et honneur? Ouais à contrejour c'est gérable les mecs.

Force et honneur? Ouais à contrejour c’est gérable les mecs.

Cassia (Emily Browning) est une riche pompéienne qui revient de Rome. Sur sa route, au sens propre, elle rencontre le Celte, un esclave gladiateur qu’on amène combattre dans les arènes de la ville. Il est joué, ce Celte, par Kit Harington, qui n’a même pas pris la peine de se débarrasser de son costume de Jon Snow dans Game of Thrones, mais passons.
Enfin passons, non, d’ailleurs, ne passons pas. Autant il est très bon, poignant, dans la série, autant il est assez tristement quelconque dans ce Pompéi. Une expression et demie, et basta. Tout dans les muscles — putain de saillants, cela dit — mais c’est à peu près tout. Dommage.
Cassia le croise donc, et le recroise, encore et encore. Mais, sur sa route, au sens figuré cette fois, se dresse aussi le sénateur Corvus. Un Kiefer Sutherland qui ne restera pas non plus dans les annales, le pauvre homme. En même temps, déjà dans 24 heures chrono, je le trouvais pitoyable… Je ne vais pas changer d’avis maintenant.
Un classique et très banal trio, en somme. Pour dire les choses clairement, Paul W.S. Anderson ne s’est pas trop cassé le cul. À voir sa filmographie, cela dit, on n’attendait pas grand-chose de lui… Il a vu Gladiator et il a tenté d’en prendre le meilleur. Comme si, quand on évoquait les Romains, il fallait à tout prix y voir des jeux et des gladiateurs. C’est d’un facile…

…ET PAS ASSEZ AGORA

Il aurait mieux fait de voir Agora, Anderson, ça lui aurait donné des idées de finesse. Pourquoi j’évoque Agora, et sa sublime Hypatie ? Parce que ce Pompéi, à certains moments, m’y fait penser. Pour mieux le regretter. Il était si bien, si subtil ce Agora. Un film d’époque, avec des Romains et des esclaves, qui parie sur autre chose que des scènes de combats et des explosions en pagaille…
Et le bon alors ? Ou est-il dans ce Pompéi ? On a du mal à le voir poindre, hein ? Normal. Il n’est pas là par évidence mais plutôt par élimination. Parce qu’on ne s’ennuie pas une seconde, malgré tout. Et qu’on se laisse, mine de rien, assez joliment embarquer dans l’histoire, en dépit de ses faiblesses. Tellement, d’ailleurs, que si l’on n’est absolument pas bluffé par la technique, mais alors franchement pas, quand le Vésuve explose, par exemple, on suit cependant sans déplaisir.
En fait, ce Pompéi, film très paresseux dans l’ensemble, est un truc parfait pour un soir de semaine où l’on veut, à peu de frais, se vider la tête. Prière de déposer le cerveau avant d’entrer. Et merci, surtout, de le reprendre en sortant.