20140319

The Other Hollywood, le porno par le petit bout de la lorgnette

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L’histoire du porno américain par ceux qui l’ont fait. Qui mieux qu’eux, après tout, pour raconter ce si pittoresque cinéma de l’intérieur? Un récit bourré d’anecdotes. Et qui, surtout, en dit long sur l’évolution de la société depuis 40 ans.


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The Other Hollywood, ou l’histoire du porno américain par ceux qui l’ont fait…
C’est tout un programme que nous proposent les auteurs, Legs McNeil et Jennifer Osborne. Un programme offert sous la forme d’entretiens avec les protagonistes de ce qui est, depuis plus de quarante ans au moins, un thème phare de nos sociétés modernes.
De quoi y découvrir ce monde un peu obscur, hautement fascinant et depuis peu tellement accessible, de l’industrie pornographie. Les auteurs s’efforcent d’ailleurs de briser un peu le mythe – on allait dire fantasme – de la femme mi-pute, mi-camée, obligée de s’envoyer en l’air avec des porcs… A ce titre, certains témoignages sont étonnants, souvent contradictoires et toujours très humains.

Dans cet imposant pavé, très peu d’images racoleuses. Que des textes, souvent sous la forme de dialogues. Entre acteurs. Entre pros du cinéma, agents du FBI (pendant les années naissantes et la traque sans relâche), même entre spectateurs : les premiers témoins…

UNE ACTRICE EXPERTE A L’ORAL

Certaines histoires sont tragiques : suicides, déprimes, accidents. D’autres sont à mourir de rire. Un exemple ? Dans un cinéma ou un peep-show des années 70, une actrice décide de s’exercer oralement sur un spectateur pendant la projection d’un film la mettant en scène. Dans un mimétisme qui l’honore, elle s’exécute évidemment pendant qu’une scène similaire défile à l’écran. L’heureux élu, curieux, pour ne pas dire surpris, baisse la tête pour admirer le travail, et découvre alors que le visage entre ses jambes est similaire à celui projeté en zoom sur le grand écran… Imaginez sa surprise… Magique…
La particularité de ce récit fleuve, vous l’aurez compris, est de proposer des témoignages vivants, des anecdotes, plutôt qu’un texte linéaire et descriptif. C’est évidemment l’avantage et l’inconvénient du format puisque les personnages sont par définition nombreux, et les dialogues croisés, si bien que la cohérence éditoriale est parfois difficile à suivre.

TRACY LORD, UNE SYMPHONIE EN TURLUTTE MINEURE

Cependant, pour ne pas égarer ses lecteurs en route, le livre est divisé en 12 chapitres, tous plus évocateurs les uns que les autres : « l’avaleuse de sabres », « le porno, ça passe mieux avec un peu de coke », etc. Des titres hauts en couleur, qui peuvent paraître racoleurs, mais il n’en est rien.

tracylordsLe choix d’un déroulement chronologique est excellent puisque c’est littéralement l’ensemble de la société américaine que vous sentez évoluer tout au long du livre : des films de charme d’abord, puis des loop (ces petit films illégaux très recherchés), avant que le FBI ne s’en mêle, et ne parte à la traque des mafiosos qui tenaient le business. Puis l’explosion, la starification, la coke (quelques drames) et l’avènement du net qui a ultra démocratisé la chose. Et encore… On résume à grands traits la masse d’informations contenues dans ces 12 chapitres. Comme une espèce d’avance rapide, finalement très caractéristique de la consommation actuelle de porno, n’est-ce-pas ?

Découvrir les ravages de la libération sexuelle, de la drogue, de l’addiction au film de fesse et de ce monde qui a tellement évolué en 40 ans est passionnant. Savoir pourquoi une icône telle que Tracy Lords a foutu dans la merde tant de monde devrait presque relever de la culture générale. La petite gourgandine a tourné la quasi totalité de ses films en étant mineure, ce qui est évidemment interdit, et tout est ici détaillé et surtout raconté par plusieurs personnes en même temps.

JOHN HOLMES ET SA TROISIEME JAMBE

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N’est-il pas toujours nécessaire de disposer de plusieurs sources pour croire aux histoires de ces hommes et femmes jamais avares d’anecdotes et dont la mémoire laisse parfois à désirer ? L’univers même du cul ne repose-t-il pas directement sur le mensonge et l’exagération ? C’est du show-business, merde !!
Même remarque pour l’histoire sanglante d’une autre icône des années 70 : John Holmes, l’homme qui ferait passer Rocco Siffredi pour une petite bite… Et que croire de l’histoire de Linda Lovelace ? A-t-elle été forcée, comme elle seule le raconte, a coucher avec un animal avant de littéralement crever l’écran dans le mondialement célèbre et extrêmement rentable Deep Throat (Gorge Profonde) ?
Comment ce medium, dont 90% des contenus sont produits juste à côté des studios Disney et des majors « traditionnelles », en Californie, est-il passé du statut de loup blanc traqué sans relâche par le FBI à celui machine à cash ? Comment son modèle économique s’adapte-t-il face à l’apparition du piratage ? Port de la capote, délocalisation … Jamais une industrie n’aura autant fait parler d’elle pendant si longtemps et cela n’est certainement pas terminé.