20140407

Aimer, boire et chanter… et re-boire pour oublier

aimer-boire-et-chanter-26-03-2014-5-g

Cruel destin qui veut que l’ultime film d’Alain Resnais soit raté. Du théâtre filmé sans aspérité. Un film qui manque de souffle et d’originalité. Ni de grands dialogues, ni de belle mise en scène. C’est plat, souvent lourd et toujours répétitif. Dommage.


« On n’est pas au théâtre », entend-on fuser dans une réplique, en fin de film. Le problème, c’est que si, justement… On a, de bout en bout, avec « Aimer, boire et chanter« , l’ultime film d’Alain Resnais, l’impression d’assister à du théâtre filmé.
Ah ! On sent d’ici les sarcasmes… « C’est du Resnais, gros patapouf, ça fait vingt-cinq ans qu’il fait du théâtre filmé ». Ce à quoi nous répondrons, en 1/ ce n’est pas vrai, nous ne sommes pas gros. Un peu boudinés, peut-être, mais gros, sûrement pas. Et, en 2/ que oui… mais non. Car, bougres d’insolents que vous êtes, nous n’avions pas eu cette sensation avec le très bon Vous n’avez encore rien vu. Alors qu’on ne vienne pas nous dire, à nous, qu’on ne comprend rien à Resnais.

AIMER+BOIRE+ET+CHANTER+PHOTO3

UN VIBRANT HOMMAGE A RENE LA TAUPE ? 

On aimait ce garçon. On admirait sa jeunesse d’esprit et, surtout, on louait la manière qu’il avait de passer le soc de sa caméra pour y planter la graine de son génie… Ouuuuuch. Arrêtons-nous deux secondes. « Passer le soc de sa caméra pour y planter la graine de son génie » ? C’est nous qui disons cela ? Bayon, sors tout de suite de cet article…
Pardonnez-nous pour cette envolée pseudo-intello qui n’a ni queue, ni tête. Et revenons à nos taupes… Pardon, nos moutons… Encore que, si on parle de taupes, ce n’est pas par hasard. Par deux fois, en fin de film, on voit une taupe apparaître. Une fausse. En carton pâte. Et avec de petites dents acérées, sourire goguenard aux lèvres. Pourquoi ? Mystère… Un putain de mystère qui nous obsède depuis qu’on est sorti de la salle de cinéma. Pourquoi une putain de saloperie de taupe avec un sourire narquois aux lèvres et de petites dents acérées ???
Resnais est mort. Il est parti sans rien nous en dire et il nous faudra donc vivre à jamais avec cette question sans réponse. Pas sûr qu’on se remette. Cela dit, cette mignonne petite taupe (un hommage à René la taupe ?) (on ne sait pas, on cherche…) a quand même un avantage. Celui de créer une belle connivence entre tous les spectateurs dans la salle. Il faut les entendre, les rires nerveux, monter des travées du cinéma…

UNE PREMIERE DEMI-HEURE DIFFICILE 

Enfin cela, c’est uniquement réservé à ceux qui sont restés jusqu’à l’épisode des taupes. Combien d’autres, sans ressources, sont partis dès la première demi-heure ? En même temps, il faut avouer, elle est coton la première demi-heure. Du genre on n’avait pas vu pareil manque de souffle depuis des lustres. Etonnant.
L’intrigue met une plombe à se dessiner. Et c’est dommage car, une fois lancée, on y croit un peu, et on se surprend à se laisser embarquer dans ce joli méli-mélo qui s’installe autour de George.
On vous la fait courte, promis. George, on ne le voit jamais, ni ne l’entend. Pour autant, c’est lui le personnage principal, autour duquel le film se construit. George va mourir. Il a un cancer, et n’a plus que six mois à vivre. Ses plus proches amis, c’est logique, font corps autour de lui.
On a là Colin (Hippolyte Girardot) et son épouse Kathryn (Sabine Azéma) d’un côté, Jack (Michel Vuillermoz) et sa femme Tamara (Caroline Silhol) de l’autre. Ces quatre-là, plus Monica (Sandrine Kiberlain), qui fut autrefois mariée à George, croient se connaître par coeur, mais vont apprendre à leurs dépens qu’il n’en est rien. Chacun, à sa mesure, a une petite (ou grande) histoire à cacher aux autres. Et, à chaque fois, George, de près ou de loin, est au centre de ces petites cachotteries.

UNE MISE EN ABIME INSUFFISANTE 

George, en somme, en révélateur des bassesses et des lâchetés de ces deux couples. George, l’aventurier, le dragueur, le volage, George, l’audacieux, en parfait contre-exemple de ce que sont devenues leurs vies de couples étriquées et routinières.
La mort qui rôde et qui fait éclater les non-dits. Un grand classique. Rajoutez à cela de l’amour et vous avez sous vos yeux les parfaits ingrédients du meilleur des vaudevilles. Lequel vaudeville s’emballe un peu – au bout d’une heure, quand même – quand tous les ingrédients sont enfin balancés sur scène.
Et on dit bien « sur scène » car, avec ses décors de carton-pâte, ses grandes bâches suspendues en fond de plans, et ses massifs de fleurs en plastique, Resnais assume pleinement son influence théâtrale. Il a bien raison, d’ailleurs. Car cela lui avait plutôt bien réussi avec Vous n’avez encore rien vu.
Mais, ici, cela ne fonctionne pas. Pour une raison toute bête. La mise en abîme du cinéaste qui s’amuse des codes du théâtre n’est pas suffisante. Elle était réussie, dans Vous n’avez encore rien vu, parce qu’on avait, sous les yeux, une vraie troupe qui jouait et, parallèlement, les personnages incarnés par le couple Arditi-Azéma qui vivaient, dans leur quotidien cinématographique, les mêmes choses, les mêmes scènes. Cela collait donc parce que théâtre et cinéma étaient sans cesse mis en opposition.

UN RYTHME TROP MOLLASSON 

Ici, avec Aimer, boire et chanter, on n’a rien de cela. Juste du théâtre filmé et rien pour le contrebalancer. Si bien que le côté sur-joué des acteurs – mention spéciale à Caroline Silhol -, qui a beau être voulu, n’apparaît que comme trop grossier.
C’est plein de lourdeurs, pesant, avec des répétitions mécaniques qui viennent casser un rythme déjà bien mollasson. On parle ici des interludes « dessinés ». Dans ces conditions, le film ne pouvait tenir que par la grâce du jeu d’acteurs. Or, hormis Sandrine Kiberlain, qui s’en sort admirablement presque toujours, c’est très plat. Pas de grands dialogues. Et, surtout, une mise en scène paresseuse, répétitive. Du Resnais en roue libre. Et c’est dommage car c’est la dernière trace qu’il laissera. Tant pis pour lui. Tant pis pour nous, surtout.