20140429

Les temps changent

IMG_1183

J’ai appris, petit, que j’étais né après les Trente Glorieuses. Juste après les chocs pétroliers. On disait les années Mitterrand, on disait la crise, et puis après on a dit les « années frics » … On était la génération Sida, la génération chômage, on vivait une « époque formidable ».Comme des homards dans l’eau bouillante, on a grandi dans […]


J’ai appris, petit, que j’étais né après les Trente Glorieuses. Juste après les chocs pétroliers. On disait les années Mitterrand, on disait la crise, et puis après on a dit les « années frics » …

On était la génération Sida, la génération chômage, on vivait une « époque formidable ».
Comme des homards dans l’eau bouillante, on a grandi dans un monde en crise molle. On a vu à la télé des révolutions à l’Est, des pays essayer de devenir démocrates au Sud, et nos pays triomphants un peu moins triompher verser dans l’abstention et l’extrême droite cathodique.

Y a eu les pays sous développés qui sont devenus les pays en voie de développement, et les pays émergents, et les dragons et les PIGS…
On a eu peur pour la couche d’ozone, pour le réchauffement climatique, pour la disparition des animaux, pour les super-virus, la pollution de l’air, de l’eau, les OGM et le clonage.
Y a eu internet et les NTIC qui ont perdus le « N », et qui ont été remplacés par les GRIN, et plein d’autres façons d’expliquer le monde dans lequel nous vivons.
On a continué à parler du sexe des anges et de la masturbation ou non des enfants dans les écoles.

La télé-réalité a nourri les tuyaux des grilles d’émissions, le porno, les réseaux sociaux et Youtube remplissent les serveurs.
Les humoristes remplissent les salles en parlant de nous.
Ikéa est le « roman » le plus lu.
A croire que le miroir est notre paysage préféré. Mon prénom est le livre que je préfère.

On a grandi en foule sentimentale et en génération désenchantée.
On s’est demandé si on était citoyen du monde, soumis à l’Europe, Français de souche ou régionalistes identitaires.

On s’est renvoyé le passé à la gueule, à s’accuser pour les génocides, les guerres, l’esclavagisme, les colonisations.
On s’est méfié, beaucoup, de ceux qui nous gouvernent, ceux qui nous manipulent, ceux qui cherchent à nous envahir, nous voler, nous soumettre.

On s’est retrouvé mêlé à des conflits lointains, à des luttes de classe qui se déguisent en mal-êtres ethniques.
On nous a parlé égalité des sexes et marchandisation des corps. On s’est réfugié dans les religions et les identités. Le féminisme est redevenu un gros mot et la virilité une vertu.
Tout ça a été écrit, rabâché, synthétisé, conceptualisé, éditorialisé, et on a pondu des trucs informes sur la génération X,Y, Z les enfants du papy-boom et ce genre de socio pour hebdos en mal d’audiences et blogs égocentriques.

On pourra vous dire que c’était mieux avant, on pourra vous le prouver, en comparant Mallarmé, Rimbaud et Maitre Gims, et on sera de mauvaise foi.

On pourra vous dire aussi que le monde évolue, que l’on n’éduque plus dans la terreur de l’autorité, dans la soumission du couple à l’Homme, dans l’intransigeance aux dogmes et que la science va permettre à la médecine d’évoluer, à la démocratie de s’imposer et à la créativité de s’épanouir. Nous sommes devenus méfiants et lucides après les échecs des utopies passées.

Bref, on glose, on se croit au coeur de l’Histoire, dans une période critique, dans un moment sans précédent, on s’exalte à penser au changement, mais on oublie qu’à force de généraliser, on parle dans le vide et on se plante.

On est toujours un con. Et ça c’est rassurant.

En vrac:
http://www.youtube.com/watch?v=FIZGNAF1j00&feature=kp
http://www.youtube.com/watch?v=aBJwBmVmcVY
http://www.youtube.com/watch?v=V_SNDGwwGFM
http://www.youtube.com/watch?v=Kb25NABpkjs
http://www.youtube.com/watch?v=FfUmOa_cs_E
http://www.youtube.com/watch?v=Cevih7RwLew