20140422

Pourquoi je n’irai pas voir… Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?

bon dieu

C’est avec de petites cornes de diablotins, on le confesse, plein de mauvaise foi car on n’a rien vu d’autre que la bande-annonce, mais on vous le dit bien haut : n’allez surtout pas voir Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu? Question de survie intellectuelle.


PARCE QUE LA REPONSE EST DANS LE TITRE

Il en faut, une bonne dose d’inconscience, pour avancer avec un tel titre au cinéma. Ou un sacré culot, ce qui revient quasi au même. Car la pirouette est vite faite. Facile, certes, mais ô combien adaptée… Qu’est-ce qu’on a foutrement fait au bon Dieu pour mériter pareille infamie ?
Rarement vu telle beaufitude depuis des lustres. Imaginez donc. On n’invente rien, c’est écrit comme ça, assumé – oui, ASSUME – : « Claude et Marie Verneuil, issus de la grande bourgeoisie catholique provinciale sont des parents plutôt « vieille France ». Mais ils se sont toujours obligés à faire preuve d’ouverture d’esprit… Les pilules furent cependant bien difficiles à avaler quand leur première fille épousa un musulman, leur deuxième un juif et leur troisième un chinois. Leurs espoirs de voir enfin l’une d’elles se marier à l’église se cristallisent donc sur la cadette, qui, alléluia, vient de rencontrer un bon catholique… »
C’est… euh… comment dire… Affligeant. Même pire. Inconcevable. Comment diable le bon Dieu peut-il permettre cela ? Comment ses représentants sur Terre, j’ai nommé les producteurs, ont-ils pu laisser passer cette horreur ?

PARCE QUE CA PUE SUPER DUPONT

Arrêtons-nous deux minutes sur les mots clés.
« Claude et Marie Verneuil ». Verneuil. Rien de plus franchouillard que ce nom. Bien plus encore ancré dans le territoire que Martin ou Durand. Bien plus connoté « bourge » surtout. La vieille France catholique caricaturale et caricaturée – qui, soit-dit en passant n’existe plus guère que chez deux ou trois familles, les Boutin, les Bourges et les De la Rochère.
Un bon point, malgré tout. Il – non, on ne dénoncera pas ce « il », non, on ne crachera pas à la gueule du réalisateur, Philippe de Chauveron… Bon, ben merde, on l’a fait, finalement. Tant pis. On assume.
Philippe de Chauveron, auteur des très non-honorables Ducobu, L’Elève Ducobu et Les vacances de Ducobu, nous évite de nous présenter les « de » Verneuil. C’est déjà ça de gagné…
C’est le seul écueil évité, on en a peur. Pour le reste, ce désastreux Chauveron se vautre – et des deux pieds encore – dans tout ce qu’il y a de plus malsain. Les quatre filles du docteur Verneuil épousent, tout à tour, un musulman, un juif et un chinois. La quatrième, on va vous le spoiler comme des porcs tellement on ne veut pas que vous alliez voir cette daube, va se marier avec un black.
Rholala l’horreur, pensez donc. Un musulman, un juif, un chinois et un black dans une famille tout ce qu’il y a de plus normale. C’est-à-dire blanche, catholique et riche. Ohlalala, comme c’est terrible. Ne manque que le cinquième enfant, un fils, le seul, l’unique héritier mâââââââle, qui pourrait être gay – allons-y gaiement dans les clichés…
On en vient même à se demander pourquoi il n’y est pas, ce fiston gay, tiens. Au point où on en était…
Un film vieille France, qui pue le rance, le cliché communautariste.

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PARCE QUE… CHRISTIAN CLAVIER TOUT SIMPLEMENT

Dans le rôle du papa Verneuil, attention, roulements de tambours… Chriiiiiiiiistian Claaaaaaaaaaavier. Eh oui, le Christian Clavier. L’inoubliable sarkozyste, ex-roi des comiques au sein de la troupe du Splendid reconvertit en réac’ pépère au service de films faciles.
Dernier bon film en date ? Rhooo, il faut remonter loin dans sa pléthorique filmographie. 1995. Les Anges Gardiens. Et encore, on est gentil. Disons qu’on avait assez aimé ce film. C’est dire, déjà, si les pisse-froid peuvent passer leur chemin : les merdes cinématographiques, on n’est pas résolument contre à Apache. Un peu bourré, on peut même dire qu’on ne dédaigne pas se jeter un petit navet derrière l’iris de temps à autre.
Alors poupougne les bien-pensants ! C’est juste que Christian Clavier, même à 4,5 grammes, mêmes sous champis, on ne peut pas. Ça nous fait tourner le foie. Et déjà qu’il un poil imbibé, notre foie, on ne veut pas lui infliger ça.

PARCE QU’ON RENIFLE LA FIN D’ICI 

Vous avez vu le pitch ? Vous avez le casting en tête – pauvre Chantal Lauby, qu’es-tu venue faire dans cette bouse, toi qui fut si talentueusement « Nuls » autrefois – ? Vous devinez donc la fin.
Papa et maman Verneuil vont, c’est une évidence, d’abord être choqués par les irruptions consécutives de ce bougn… pardon ce musulman, ce youp… pardon ce juif, ce niak… pardon de Chinois et ce bambo… pardon ce noir, dans leur si jolie famille.
Puis, bien sûr, chemin faisant, ils vont apprendre à tous les connaître. Pour finir par les apprécier, en dépit de leurs différences. Et même, soyons fous, grâce à leurs différences. Doublement affligeant car, à la bêtise du pitch, on rajoute la mièvrerie de la chute…

Sans nous, donc. Dé-fi-ni-ti-ve-ment.