20140520

Je m’en fous

jemenfous

Les commémorations sur l’abolition de l’esclavage où l’on parle plus du maire FN et du fait que Taubira ne chante pas la Marseillaise que de l’abolition elle-même.Je m’en fous. Une personne en robe et barbue qui gagne l’Eurovision et qui suscitent des torrents de commentaires. Je m’en fous.Farida Belghoul qui défile avec Civitas et une […]


Les commémorations sur l’abolition de l’esclavage où l’on parle plus du maire FN et du fait que Taubira ne chante pas la Marseillaise que de l’abolition elle-même.
Je m’en fous.
Une personne en robe et barbue qui gagne l’Eurovision et qui suscitent des torrents de commentaires.
Je m’en fous.
Farida Belghoul qui défile avec Civitas et une certaine extrême droite devant Jeanne d’Arc.
Je m’en fous.
Dieudonné qui appelle à la journée de retrait dans les classes contre le « gender ».
Je m’en fous.
L’abstention aux prochaines élections.
Je m’en fous.
Manuel Valls, premier ministre.
Je m’en fous.
Et la Crimée, et le traité transatlantique, et…
etc…

i-honestly-dont-give-a-fuck

Vous avez compris l’idée. Des trucs qui m’auraient fait bondir, hurler, râler, gloser et autre verbes exprimant un besoin d’extérioriser un truc qui me démange, glissent sur moi.
Bon, c’est un peu de la dénégation. Çà ne glisse pas, ça pique. Je ne m’en fous pas. J’aimerai bien m’en foutre. Penser à autre chose. Ne pas me sentir toucher, concerné.

L’abstention par exemple. J’aimerais pouvoir me dire que c’est pas grave, ou que je n’y peux rien ou que ceux qui s’abstiennent ont de bonnes raisons, ou même que c’est positif.
Je me sens encore en colère, ou énervé. Il y a encore pleins de sujets qui me font bouillir. Mais, la polémique commence à m’écoeurer.

Je me dis que c’est la faute de twitter, de youtube, des réseaux sociaux qui font qu’on peut se disputer ad nauseum avec le monde entier. Je me dis que la manif pour tous, le gender, dieudonné et cinq années de Sarkozy ont usé mon goût pour les débats de réthoriques, de mauvaise foi, et d’engueulades stériles.

Mais je crois que c’est pire que ça. 

J’ai eu un petit revival il y a peu de temps sur un sujet qui fût un temps aurait fait  mon bonheur : sexisme & féminisme. Un truc en or. Patriarcat, genre, rapport de force, nature vs culture, tout les poncifs et les idéaux sur un plateau.
J’avoue, j’ai plongé. A coup de références, de citations, d’auteurs, d’expériences, de vécu.

Mais le coeur n’y était pas. C’est triste.

Alors je me suis remis en cause. Je me suis replongé dedans. Une bonne louche de Soral, des vidéos qui parlent d’Hitler et de Rotschild, des vidéos sur la franc-maçonnerie et le satanisme, je me suis farcie des conférences de Civitas. J’ai regardé le petit journal, Ruquier et Patrick Sébastien. J’ai même profité d’avoir une télé sous la main pour me plonger dans les chtis à Rio, les anges de la télé-réalité, le bétisier de la télé et Touche pas à mon poste.

Mais rien.

Ca gratte, ca irrite, mais globalement ça glisse.

J’ai trainé sur le site de Jo le corbeau, de Morandini, j’ai passé des heures sur des profils facebook qui parlent de hugs, de tsouans et de michetonneuses, j’ai épluché des blogs de royalistes et de complotistes reptiliens.

Toujours rien.

Le tumblr de je suis une vraie fille, des blogs de beauté, des vidéos de personnes qui montrent comment elles s’habillent se maquillent, et le contenu de leur sacs de shopping. Un petit tour sur pure people, closer, etc…

Calme plat.

Dernière espoir : les commentaires des lecteurs du figaro.
Oui, c’est bon, oui c’est jouissif, oui c’est à pleurer. Bien mieux que rue89, l’Obs ou le Monde. Subtil mélange de vieil France, de bon sens moisi, de préjugé classique, un arrière goût de rancoeur et d’aigreur. Un festin.
Mais finalement sans surprise. Je me retrouve devant du caviar, et je le trouve fade.
Je me surprends à m’ennuyer en lisant de l’homophobie bon teint, du rejet de l’autre patriotique, du râle aigri de retraité confit.

J’ai perdu ma capacité d’indignation.

Je vieillis ou je mollis.

Et je m’en fous.

Même ma chronique est pourrie, surtout la fin.
Et je m’en fous. Totalement.
S’il y avait un symbole pour dire je m’en fous, je l’aurais mis.
Tiens, en voilà un sujet intéressant. Pourquoi ne pas créer un signe qui signifierait je m’en fous… Un bras d’honneur mou, un smiley avec une joue qui se dégonfle, un point qui traîne la patte, une parenthèse qui hausserait les épaules. 

Bof…

(Et puis, j’ai relu ma chronique, et puis j’ai pensé à tout les articles sur la « génération bof », sur les stéréotypes sur les trentenaires, sur le dandysme et je sens que ça revient, je sens que ça me gonfle, je sens que ça m’énerve, je deviens ou je suis une caricature, et putain, j’ai pas envie de ça, j’ai pas envie d’être le portrait robot ou le portrait mouton d’une tribu, d’un type de… d’un style de…  Ca y est, je suis en colère, dans le vent, dans le vide, mais en colère, et ça fait du bien de se sentir révolté, c’est comme un jogging mental, ça entretient pour le jour où il faudra courir pour de bon…)