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Joséphine, alias Yeyette, la « plus que reine »

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Le musée du Luxembourg nous fait entrer dans l’intimité de l’impératrice Joséphine, dont on commémore cette année le 200ème anniversaire de sa mort. De nombreux objets de sa vie quotidienne sont exposés. La petite histoire dans la grande, en somme. A réserver aux amoureux de l’histoire.


On l’a échappé belle. Le couronnement de Yeyette par Napoléon… On aurait eu l’air fin, tiens ! Déjà que Joséphine, en réalité, s’appelait Rose… C’est à y perdre son latin. Enfin son créole, plutôt, puisqu’elle est née aux Trois-Ilets, en Martinique.
Mais qui, « elle »? Marie Joseph Rose Tascher de la Pagerie. Rose de son prénom usuel, Yeyette de son surnom. Puis Joséphine, enfin, forme féminisée de son deuxième prénom, selon les desiderata de Napoléon, qui n’aimait pas Rose.

FILLE DES ILES

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Va pour Joséphine alors. Joséphine de Beauharnais, du nom de son premier mari. C’est d’un compliqué, dites-moi, ces histoires de prénoms et de famille. L’impératrice Joséphine, dirons-nous désormais par commodité. Voire Joséphine tout court, si l’on se fie à l’exposition qui lui est consacrée au musée du Luxembourg.
Une vie assez dingue que la sienne. Mais ô combien fascinante, aussi. Fille de colons, exploitant des esclaves dans une plantation de canne à sucre en Martinique. Renvoyée en métropole, à 16 ans, en 1779, pour y épouser Alexandre de Beauharnais. Un homme qu’elle n’a bien sûr pas choisi. Pas plus, qu’on se rassure, que lui, Alexandre, ne l’a choisie, elle. Mariage arrangé, mariage malheureux.
Deux enfants, quand même. Eugène, en 1781, et Hortense, en 1783. Pas de quoi réunir un couple que tout oppose. Les époux se séparent. Joséphine, qui n’est encore que Rose, retourne en Martinique, en 1788. La vie est dure, alors, avec ses deux enfants.

 

LA PRISON DES CARMES 

Elle revient à Paris en 1790 pour y être cueillie par la Révolution. Son destin s’emballe. Alexandre, qui est encore son mari, mène une brillante carrière politique et militaire en ces temps troublés. Président de l’Assemblée nationale constituante en 1791, il part faire la guerre dès l’année suivante dans les rangs de l’Armée du Rhin. Il combat au siège de Mayence, en 1793, et se trouve rapidement accusé de la défaite. Prudent, il se retire sur ses terres. Mais on le retrouve. Arrêté en 1794, il voit son épouse le rejoindre, dans la crasseuse prison des Carmes, à Paris, un mois plus tard.
Pauvre Joséphine, qui n’a rien demandé à personne, et ne doit qu’à son nom – celui de son mari, plutôt – que d’être là. De la prison des Carmes, en règle générale, on n’en sort pas. Ou pour aller à la guillotine, seulement. Ce qui arrive à Alexandre. Couic. Tête coupée. Mais pas à Joséphine. Alexandre meurt cinq jours avant la chute de Robespierre. Joséphine a la chance, elle, de ne pas passer sous la lame tranchante avant. Après… Après, tout change.

 

PLUS QUE REINE 

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Elle est libérée. Doublement, même. Libre et veuve. Elle a 31 ans et plus beaucoup de temps à perdre. Elle a alors le mérite de coucher utile. Barras est son amant. Par son entremise, elle rencontre un certain Napoléon Bonaparte, de six ans son cadet. Elle épouse ce prometteur militaire en 1796, juste avant qu’il ne parte conquérir la gloire en Italie.

C’est parti pour 13 ans de folies. L’ascension politique, le consulat, l’empire… La petite fille de Martinique devient « plus que reine », impératrice. Le faste et la démesure de la cour. Le musée du Luxembourg revient sur cette période. Et expose quelques-uns de ses meubles, somptueux. Des robes, des bijoux, ses bottines et son ombrelle. Même un service à thé et des flûtes de champagne, marquées de ses initiales. Un service à dessert, un peu surchargé mais passons sur les goûts de l’époque. La Malmaison, où Joséphine vécut la fin de sa vie, après son divorce d’avec Napoléon, en 1809, en conserve 62 pièces encore.
En clair, Joséphine prend sa revanche. Un petit bout de femme – 1m63 – mais un foutu caractère. On en a, au Luxembourg, un petit aperçu. Petit car, il faut le dire à chaque fois, ce musée est petit. Ce qui ne l’empêche pas d’être cher. Mieux vaut être prévenu à l’avance. C’est parfois un peu frustrant. Disons qu’en 45 minutes, c’est plié. A réserver, donc, aux amoureux d’histoire. Mais ceux-là y trouveront leur compte, assurément, car c’est un beau voyage dans le temps qui est offert.

 

Joséphine
Musée du Luxembourg
19, rue de Vaugirard
Paris VIème
Jusqu’au 29 juin 2014