20140513

Najat et Thierry, nouveaux dindons de la farce

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Le téléphone sonne. C’est le Premier ministre. Enfin. Depuis le temps qu’ils attendaient son appel… « Allo? » « Oui bonjour monsieur le Premier ministre. » « Vous me nommez ministre? » « Quel honneur vous me faites, merci. » « Mais ministre de quoi au juste? L’Economie, les Finances, la Justice? » « Ah… les Sports… » « Bon, je prends quand même ». Parent pauvre des gouvernements successifs, le ministère des Sports a vu défiler quelques cas intéressants. Petit tour d’horizon.


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Comme vous le savez, la débâcle du PS aux municipales a obligé François Hollande à remanier son gouvernement. Une valse des ministres à l’image des changements d’entraîneurs en Ligue 1. Les mauvais résultats en politique, c’est comme en foot, ça ne pardonne pas, alors on fait un grand ménage. Et, dans tout ce chamboulement, le ministère des Sports n’y a pas échappé. Valérie Fourneyron, ministre des Sports, de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative, cède sa place à un nouveau duo : Najat Vallaud-Belkacem – Thierry Braillard.
Ce dernier est le tout fraîchement nommé secrétaire d’Etat chargé des Sports du ministère des Droits de la femme, de la ville, de la jeunesse et des sports, dirigé donc par Najat. Voilà pour le titre de noblesse. Mais au fait c’est quoi ministre des sports ? Quel est son rôle ? Car, depuis les passages de Rama Yade, Roselyne Bachelot, Bernard Laporte et Valérie Fourneyron, le ministre des Sports nous fait plus penser au bouffon du roi. Rappel des faits.

UNE BARRE HLM, UNE ASSO ET UN BALLON DE FOOT

Un portefeuille ministériel aux allures de débarras, de vide-greniers… Le genre de ministère donnant l’impression de récupérer les restes d’un remaniement éclair. A la base, François avait même oublié les sports, trop perturbé par le FN, l’abstention, les textos jaloux de Julie Gayet devant le retour de Ségolène Royal au gouvernement.
Face à ce trop plein de stress, Hollande avait laissé les sports sur la touche. Et c’est en regardant une vidéo de Sarkozy en pleine séance de footing que le président a rattrapé in extremis la bourde. « Merde, les sports ! Vite, une solution. Ou est-ce que je pourrais bien foutre le rugby et le water-polo ? Justice, non, économie, non plus, ville et jeunesse, c’est pas mal ça, dans le trip insertion des jeunes par le sport. Joli slogan, ça a toujours fait des bons titres. Vendu ! »
Ce scénario n’est que fiction mais pourrait prendre tout son sens pour un ministère dont on ne comprend pas encore vraiment la signification et qui est plus reconnu pour les bourdes de ses ministres. Sur le site du ministère des Sports, on peut lire les grandes lignes du projet de Najat Vallaud-Belkacem : « Donner toute sa place au sport comme un outil éducatif. Faire du sport un outil de promotion de la santé publique. Résorber les inégalités d’accès à la pratique sportive. Faire du sport un outil de rayonnement international et de développement économique. »
Le poste existe pour exister mais il est noyé dans les autres secteurs des affaires sociales et de la santé. Aujourd’hui, le budget sport ne représente rien dans le budget total de l’Etat. Environ 230 millions d’euros. Une goutte d’eau. Peu de moyens pour mettre en places des réformes, investir ou améliorer les choses déjà existantes. Un budget qui baisse depuis plusieurs années. Crise et austérité obligent. Au vu de l’importance qu’on lui accorde, normal d’y placer des gens qui n’y connaissent rien.

« POURVU QU’ILS NE ME TESTENT PAS SUR LA POSITION DU HORS-JEU »

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Valérie et Roselyne, amateurisme d’Etat. C’est bien beau d’avoir des diplômes prestigieux, une allure d’énarque. Ils ont l’impression de tout connaître mais sont dég’ de récupérer le ministère des Sports. Pas le choix, faudra tout de même faire bonne impression. Alors ils lisent l’Equipe, parlent foot avec leurs gamins mais lorsque l’examen journalistique arrive, l’amateurisme fait cruellement défaut.
Eh oui, même en sport, il vaut mieux connaître ses classiques. Ministre des Sports entre 2012 et mai 2014, Valérie Fourneyron aura lâché quelques pépites qui resteront dans les annales. « On a envie, avec le Président, de pouvoir aller voir plusieurs disciplines, qu’il s’agisse de la boxe, qu’il s’agisse d’aller au judo pour voir notre porte-drapeau Laura Flessel, pour ses cinquièmes Jeux. »
Sauf que Laura Flessel est la plus grande championne de l’histoire de l’escrime française. On sent que Val récite du par cœur, mais qu’à force d’ingurgiter, on s’emmêle les pinceaux. A défaut d’avoir un ministère qui lui plait, Valérie veut marquer son mandat par des phrases chocs. Lors d’un discours sur la Coupe du monde, à l’ambassade du Brésil, en septembre dernier, Val nous fait une spéciale Fourneyron. « Ce que je vous souhaite, pour ce Mondial 2016 avec ce formidable parrain qu’est Cristiano Ronaldo, c’est que vous puissiez vivre […] de grands moments.« 
Deux gaffes pour le prix d’une. Le Mondial 2016 n’existe pas. A cette époque, on parlera d’Euro, qui plus est organisé par la France. Non, Valérie, la Coupe du Monde, c’est cet été. L’été 2014. Et le parrain qui t’accompagnait n’est pas Cristiano Ronaldo mais Ronaldo tout court. Le seul, l’unique, le bien surnommé « Gronaldo », l’ancien joueur de foot brésilien, la star de l’Inter, de Barcelone, du Real. Je sais qu’en ce moment on parle davantage du Portugais, à qui tu faisais référence, mais bon, ça la fout mal. Surtout à l’ambassade du Brésil !

T’inquiète Valérie, tu pourras toujours te défendre en disant qu’à droite, eux aussi n’y connaissent rien. Roselyne avait fait sensation aussi en twittant « Super, énorme nos basketteurs » pour les féliciter de leur titre olympique, à Londres, en 2012. A l’époque, Roselyne n’est plus ministre des Sports. Elle a raccroché les crampons depuis deux ans mais nous prouve bien qu’elle ne captait rien quand elle était à la tête du ministère. Car pour la petite histoire, ce sont les handballeurs qui sont devenus champions olympiques ce jour-là, et non la bande à Parker.

BERNARD LAPORTE, LA METHODE BEAUF DE SARKO

Dans le monde du ministère des Sports, il y a une tendance qui amène le Président à nommer une personnalité du sport à la tête du ministère. A la manière du Real, Sarko aimait faire sensation sur le marché des transferts en attirant des noms qui en jettent sur le papier. Bernard Laporte et David Douillet, potes de Sarkozy, font partie de ceux-là. Au moins, ils répondront correctement aux questions qui se rapportent au sport. C’est assez juste.
En revanche, en ce qui concerne le reste…Olé ! Magnéto. Hésitations, phrasé approximatif, syntaxe d’adolescent, Bernard Laporte, secrétaire d’Etat aux Sports entre 2007 et 2009, a bien amusé ses collègues pendant deux ans. Ne devient pas politicien qui veut ! Connu pour ses gueulantes devant ses joueurs de rugby, Bernard fait moins le fier devant les députés. Et lorsque la confiance revient, Laporte la joue plaquage de demi de mêlée. En toute finesse.

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Lors d’un voyage officiel aux Antilles, il rencontre Aimé Césaire, 94 ans, ancien maire de Fort-de-France et son ancien adjoint, Pierre Aliker, 101 ans. Comme l’ancien sélectionneur de l’équipe de France de rugby, s’emmerde pendant les discours, il y va de sa petite boutade « Celui-là (M.Aliker) il ne jouera pas le prochain tournoi des VI Nations », en gratifiant les journalistes d’un rire bien gras. Pauvre Bernard, la troisième mi-temps lui manque tellement.
Autre fait d’armes, en 2008. Assia El Hanouni, remporte quatre médailles aux Jeux paralympiques de Pékin mais dénonce le manque d’intérêt et de soutien de la part de la classe politique française : « Le président s’est déplacé à Pékin pour les valides, pas pour nous. (…) Aucun mot, aucun encouragement « . Ce à quoi Bernard Laporte répond : « Assia devrait plutôt nous remercier, elle a gagné 140.000 euros pour sa performance. C’est le Président qui m’a demandé de donner autant aux athlètes paralympiques qu’aux valides. Elle devrait être contente. (…) Elle fait un caprice de star. » Dire que le chauve aux lunettes rondes avait fait duo pendant deux ans avec Bachelot… ça fait froid dans le dos ! Des casseroles comme celles-là, il y en a plein. Mais on va s’arrêter là, vous aurez compris le principe.
Toutefois, on ne va pas jeter la pierre à tous les ministres des Sports. Ce serait injuste et exagéré. A l’image de Marie-George Buffet et de Jean-François Lamour, les politiciens prouvent aussi qu’ils peuvent être très professionnels et se donner à 100% au sein de leur ministère. En espérant que Najat et Thierry fassent de même.